Jacques Duquesne : « Le meilleur moment de ma vie ? La fin ! »

Le co-fondateur du Point se révèle entre moments-clés et vision d’un journalisme moral
Jacques Duquesne, journaliste puis écrivain est aussi co-fondateur du magazine Le Point. Il raconte ici les pires et les meilleurs moments de son parcours professionnel, les rencontres et les défis, ses livres et les nouveaux médias auxquels il croit.


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Référence : PAR547
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Date de mise en ligne : 6 juin 2010

Jacques Duquesne a de quoi remplir l’heure de l’émission consacrée à sa vie et à son parcours. En effet, cet ancien de La Croix cristallise à lui seul une grande période du journalisme français. Une période où les rédactions favorisaient l’enquête sur le terrain, payant le prix de la qualité et de la vérité. Pour ses débuts dans le métier, lui échoit l’Algérie. Il y séjourne de longs mois et s’efforce de voir clair dans la complexité de la guerre.

- « C’était un vrai imbroglio ! Il y avait en fait trois guerres : une guerre franco-FLN, une guerre algéro-algérienne et une guerre franco-française. N’oublions pas qu’en 1962 il y avait des chars devant l’Assemblée nationale ! Nous étions au bord d’une guerre civile. »

Il rencontre le général Massu, se souvenant encore de l’heure exacte, 7 h 30 du matin, et du lieu : un bureau très long perché tout en haut d’Alger et surplombant la baie. La question de la torture est lancée, les réponses sont complexes. Massu fait promettre à Duquesne de ne rien dire sur leur rencontre.

Les débordements politiques et militaires font couler beaucoup d’encre et les articles de Jacques Duquesne figurent régulièrement à la une... de quoi accélérer une carrière. On ne peut que résumer quelques étapes : entrée à Panorama chrétien (1964-70) puis à L’Express (1967-71) où il devient rédacteur en chef.

Jacques Duquesne par Louis Monier
Jacques Duquesne par Louis Monier

- « Un jour l’Express me fait signe. Le magazine n’existait sous sa forme de « news magazine » que depuis 2 ans. Le directeur voulait un style commun à tous les articles du journal. Il trouvait que j’avais le style "Express". Alors, j’ai commencé à y aller le soir pour réécrire. J’ai d’ailleurs réécrit beaucoup de gens célèbres ; ils me regardaient au début d’un œil douteux. Au final, ce travail me passionnait et j’ai fini par m’y rendre tout le temps. J’ai toujours aimé chercher les formes littéraires. »

En 1971, Jacques Duquesne et cinq autres compatriotes quittent L’Express sans trop savoir où le vent les mènera. Jean-Jacques Servan-Schreiber, fraîchement entré en politique, avait donné un nouveau ton au magazine mais la frontière entre journalisme et politique se faisait de plus en plus mince. « La démission était devenue inévitable au nom de nos principes. » Dans le même temps le célèbre patron de presse Jean Prouvost cherche une équipe pour lancer un nouveau magazine.

- « Jean Prouvost avait créé Paris-Soir, Marie-Claire, Paris-Match. Il venait de créer Télé7 jours. Il sentait les choses... Jean Farran nous avait dit : "M. Prouvost voudrait vous voir". Nous y sommes allés et il nous a expliqué : "Je n’ai pas créé le premier news magazine français car ce “p’tit” Jean-Jacques m’est passé devant ! Qu’à cela ne tienne. Je vous engage tous les six à partir du 16 août". Pour nous c’était un beau moyen de rester ensemble ! Nous étions installés à côté de RTL, rue Bayard mais quinze jours après le rêve s’est désagrégé pour je ne sais quelle raison. Alors nous avons décidé de continuer l’aventure seuls. Ce fut un grand bonheur. »

Le temps et les fonctions se succèdent. Aujourd’hui Jacques Duquesne préside l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste. Il compte à son actif une quarantaine de romans et essais, dont une grande partie sur le thème de la religion catholique. Membre du prix Interallié, il est l’auteur du best-seller Maria Vandamme (paru chez Grasset en 1983 couronné du prix Interallié) porté à l’écran par Jacques Ertaud. Il est aussi depuis 1991 président du Bateau Feu, scène nationale de Dunkerque (où il est né en 1930). Mais au fond, que reste t-il ? « Le mal qui m’obsède depuis toujours. J’avais 9 ans lorsque la seconde guerre mondiale a éclaté ; 10 ans quand j’ai assisté à la première grande bataille sur le front occidental. Les gens qui pillent les magasins, les églises qui brûlent... bien sûr tout cela m’a profondément marqué. » Les titres de ses livres paraissent d’un coup plus clairs : Le Diable, Jésus, Marie, Catherine Courage, J’ai choisi d’être médecin chez les Touaregs, etc. De sa vie, garde-t-il un regret ? « Pour ce qui concerne ma vie professionnelle je n’ai pas assez mesuré l’importance des massacres des harkis... » Et le meilleur moment de sa vie ? « La fin ! »






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