Jean-Christophe Rufin : ses prédécesseurs sur le 28e fauteuil de l’Académie française

avec Mireille Pastoureau, directeur conservateur de la bibliothèque de l’Institut
Le 12 novembre 2009, Jean-Christophe Rufin a été reçu sous la Coupole au vingt-huitième fauteuil de l’Académie française, occupé précédemment par Henri Troyat. Vingtième titulaire de ce fauteuil, il y fut précédé par des personnalités variées, évoquées ici par Mireille Pastoureau, directeur conservateur de la bibliothèque de l’Institut, qui réunit les bibliothèques des cinq Académies composant l’Institut de France.


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : HAB681
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Date de mise en ligne : 23 mai 2010

Le texte ici présenté est un résumé du document établi par Mireille Pastoureau. On peut le lire en intégralité, et pour plus de détails et de références, dans le document joint ci-dessous. On peut aussi consulter le site de la bibliothèque www.bibliotheque-institutdefrance.fr

Jean-Louis Guez de Balzac (entré en 1634)
Jean-Louis Guez de Balzac (entré en 1634)

1. Jean-Louis GUEZ de BALZAC (1597-1654). Admis à l’Académie en mars 1634. Conseiller du roi, essayiste. Il représente le modèle de l’éloquence et du goût français à l’époque classique, l’équivalent pour la prose de Malherbe en poésie. Né à Angoulême, il étudia chez les Jésuites de Poitiers puis à Paris et à l’université de Leyde où il fut très proche de Théophile de Viau. De retour à Angoulême, il fit partie de la maison de Louis de Nogaret, archevêque de Toulouse puis cardinal de La Valette, qui en fit son agent à Rome pendant deux ans. En 1624 parurent ses Lettres, qui traitaient de l’actualité mondaine, politique et littéraire dans un style qui souleva l’enthousiasme. Balzac devint en peu de temps la coqueluche des salons littéraires parisiens. Admirateur des orateurs latins, il visait « la perfection du genre sublime » et prônait le style « noble et magnifique », gonflé par l’hyperbole. Il fut surnommé « le grand épistolier ». Richelieu voulut le fixer à la Cour en lui accordant une pension et les brevets d’historiographe et de conseiller du roi et lui proposa, ou plutôt lui imposa, de devenir l’un des premiers membres de l’Académie française lors de sa création en 1634. Guez de Balzac était alors définitivement retiré à Balzac, en Angoumois, car son ouvrage Le Prince, paru en 1631, avait fait l’objet d’attaques qu’il jugeait injustes. La fin de sa vie fut pieuse et austère et il ne vint assister qu’à une seule séance de l’Académie, en 1636, au cours de laquelle il lut des fragments de l’une de ses œuvres. Balzac gardait cependant des relations suivies avec les milieux littéraires parisiens et correspondit avec plus de cent trente contemporains parmi lesquels sa cousine Madame de Rambouillet, les érudits du cercle Dupuy et ses confrères de l’Académie française Séguier, Boisrobert, Pellisson, Voiture, Conrart, Chapelain et Perrot d’Ablancourt. Arbitre du bon goût en matière de style, il donnait son avis sur les auteurs et les œuvres. Il intervint dans la « Querelle du Cid » pour soutenir Corneille, en affirmant que la règle des règles pour l’écrivain est de donner du plaisir. À sa mort, il légua une somme d’argent pour fonder le premier prix d’éloquence de l’Académie.

Hardouin de Péréfixe de Beaumont (élu en 1654)
Hardouin de Péréfixe de Beaumont (élu en 1654)

2. Paul-Philippe Hardouin de Beaumont de PÉRÉFIXE (1605-1671). Élu à l’Académie française en 1654. Homme d’Église, historien. Né à Beaumont, près de Chatellerault, Hardouin de Péréfixe fit ses études à l’université de Poitiers, puis en Sorbonne où il fut reçu docteur. Sans doute grâce à son père qui était maître d’hôtel de Richelieu, il fut nommé précepteur du dauphin, futur Louis XIV, devint son confesseur et jouit toute sa vie de ses faveurs. Il rédige à l’intention du dauphin une Histoire du roy Henry le Grand qui parut en 1661 et connut un très grand nombre d’éditions. Après avoir été abbé de Saint-Michel-en-l’Herm, il fut nommé évêque de Rodez en 1649 et élu membre de l’Académie française en 1654. En 1662, Louis XIV le nomma archevêque de Paris, proviseur de Sorbonne, et commandeur et chevalier des ordres du roi. La réputation d’intransigeance de Monseigneur Hardouin de Péréfixe est solidement établie. Engagé dans la lutte contre le jansénisme, il publia en 1644 une ordonnance qui avait pour objet de contraindre les religieuses de Port-Royal-des-Champs à signer un formulaire condamnant les thèses jansénistes. Il se rendit plusieurs fois à Port-Royal, priva les récalcitrantes des sacrements, puis ordonna leur captivité. L’affaire se solda en 1669 par une nouvelle ordonnance qui imposa la soumission des religieuses. C’est aussi lui qui fit interdire le Tartuffe de Molière dès le lendemain de sa première représentation publique au Théâtre du Palais-Royal en 1667.

François de Harlay de Champvallon (élu en 1671)
François de Harlay de Champvallon (élu en 1671)

3. François de HARLAY de CHAMPVALLON, dit aussi « François III de Harlay » (1625-1695). Élu à l’Académie française en 1671. Homme d’Église. La famille de Harlay est une très ancienne lignée française qui donna d’importants parlementaires et hommes d’Église durant l’Ancien Régime. François de Harlay fut abbé de Jumièges dès 1648. Député de Normandie à l’Assemblée du clergé, il fut nommé archevêque de Rouen en 1651, à l’âge de vingt-cinq ans, après que son oncle François II de Harlay eut renoncé à son siège en sa faveur. Il devint archevêque de Paris en 1671, et obtint le premier que le titre de duc et pair fut attaché à cette fonction. La même année, il fut préféré à Bossuet pour remplacer à l’Académie Hardouin de Péréfixe, son prédécesseur à l’archevêché de Paris. Comme ce dernier, il lutta contre les jansénistes de Port-Royal et il fut l’un des inspirateurs de la politique anti-protestante de Louis XIV, prenant part notamment à la révocation de l’édit de Nantes. Il célébra le mariage secret de Louis XIV et de Madame de Maintenon, et refusa la sépulture religieuse à Molière. Son éloquence était réputée. L’abbé d’Olivet, historien de l’Académie au XVIIIe siècle écrivit à son sujet : « Personne ne reçut de la nature un plus merveilleux talent pour l’éloquence. Il rassemblait non seulement tout ce qui peut contribuer au charme des oreilles, une élocution noble et coulante, une prononciation animée, je ne sais quoi d’insinuant et d’aimable dans la voix, mais encore tout ce qui peut fixer agréablement les yeux, une physionomie solaire, un grand air de majesté, un geste libre et régulier. » En raison de ces qualités et de sa fonction, il fut choisi par l’Académie pour haranguer Louis XIV et lui demander de devenir le protecteur de l’Académie.

André Dacier (élu en 1695)
André Dacier (élu en 1695)

4. André DACIER (1651-1722). Élu à l’Académie des Inscriptions et à l’Académie française en 1695. Il fut nommé secrétaire perpétuel en 1713. Philologue et traducteur. Fils d’un avocat protestant, il étudia à l’Académie de Saumur chez Tanneguy Le Fèvre, professeur de grec, et s’éprit de sa compagne d’études, fille de ce savant, Anne, qu’il épousa. Dacier et son épouse, la célèbre helléniste « Madame Dacier », formèrent un rare couple d’intellectuels de l’Ancien Régime, érudits mais aussi engagés dans les débats de leur temps. Tous deux abjurèrent le protestantisme au moment de la révocation de l’Edit de Nantes, ce dont Louis XIV les récompensa par une pension. Dacier et son épouse furent mis par le duc de Montausier au nombre des savants chargés de commenter les auteurs anciens pour l’usage du Dauphin, dans la série des ouvrages « ad usum Delphini ». Ils traduisirent et éditèrent un très grand nombre d’œuvres d’auteurs grecs et latins. L’amour de l’Antiquité poussa Anne, soutenue par son mari, à prendre publiquement position dans la Querelle des Anciens et des Modernes en défendant le parti des Anciens. André Dacier devint garde des livres du Cabinet du Roi, fut reçu en 1695 à l’Académie des inscriptions, et peu après à l’Académie française, dont il devint en 1713 le secrétaire perpétuel.

Le cardinal Guillaume Dubois (élu en 1722)
Le cardinal Guillaume Dubois (élu en 1722)

5. Guillaume DUBOIS, appelé « le cardinal DUBOIS » (1656-1723). Élu en 1722 à l’Académie française, ainsi qu’à l’Académie des Sciences et à l’Académie des Inscriptions. Homme d’Église, homme politique. Fils d’un apothicaire de Brive (Corrèze), chétif et roturier, il fut éduqué par les frères de la Doctrine Chrétienne et reçut la tonsure, sans conviction, à treize ans. Admis dans un collègue universitaire parisien, il se distingua par son esprit vif et son sens inné de l’intrigue, et fut nommé répétiteur de Philippe d’Orléans, neveu du roi, le futur Régent. Jusqu’à la mort il accompagna son élève et s’éleva avec lui. L’abbé Dubois devint un spécialiste de la diplomatie tant officielle que secrète et exerça une influence croissante sous la Régence, à partir de 1715. Ambassadeur, conseiller du régent, il conclut la Triple alliance de la France, de l’Angleterre et de la Hollande contre l’Espagne, en 1717, et fut nommé ministre des Affaires étrangères en 1718. Il reçut l’archevêché de Cambrai, un des plus riches du pays, qui lui fournit également le titre de prince du Saint-Empire romain germanique puis, en 1721, le cardinalat, alors qu’il ne savait pas célébrer la messe et qu’il ne cachait pas son impiété, demeurant ouvertement incrédule devant les miracles et la résurrection. Doté par ailleurs de sept abbayes, il jouissait d’une fortune considérable. Son ascension fut parachevée en 1722 par l’obtention du poste de principal ministre, que Mazarin avait été le dernier à occuper. En 1723, il présida l’Assemblée du clergé de France. Arrivé au sommet de l’ascension sociale et politique, mais ressentant les premières atteintes d’un mal qui devait l’emporter, il émit alors le souhait d’être admis à l’Académie française non par intérêt pour les lettres auxquelles, de son propre aveu, il était indifférent, mais parce qu’« il s’agissait de la seule décoration qui lui manquât ». Duclos, secrétaire perpétuel de l’Académie et historien, expliqua plus tard que les titres littéraires du cardinal étaient bien minces mais, écrit-il, « la puissance spirituelle et la temporelle l’ayant décoré des dignités les plus éminentes et des emplois les plus importants », « pourquoi une simple société littéraire, qui n’avait à lui accorder que les honneurs les plus modestes, aurait-elle eu la prétention ou la mauvaise humeur d’être plus difficile à son égard que la cour de Rome et celle de France ? » Élu en même temps membre honoraire de l’Académie des sciences et de celle des inscriptions et belles-lettres, le cardinal Dubois fut reçu le 3 décembre 1722 par Fontenelle, directeur de l’Académie. Il ne lui restait que huit mois à vivre. Contre l’usage d’égalité entre les académiciens, il exigea de celui-ci, comme de tous les autres académiciens, l’appellation de « Monseigneur », disant qu’elle s’adressait au cardinal, non au ministre. Brillant causeur mais orateur médiocre, le cardinal Dubois laissait quelques discours diplomatiques, des mémoires politiques et une correspondance abondante. La publication de Mémoires apocryphes et la circulation d’innombrables anecdotes généralement malveillantes, le présentant comme un monstre perfide et débauché, contribuèrent à noircir l’image de ce bon serviteur de l’État, pionnier de l’entente européenne.

Charles-Jean-François Hénault (élu en 1723)
Charles-Jean-François Hénault (élu en 1723)

6. Charles-Jean-François HÉNAULT d’ARMOREZAN, dit « le Président Hénault » (1685-1770). Élu à l’Académie française en 1723 et membre honoraire de l’Académie des Inscriptions en 1755. Écrivain et historien. Fils d’un fermier général (financier qui prenait à ferme le recouvrement des impôts), il fut élève chez les jésuites du collège Louis-le-Grand avant de faire sa philosophie au collège des Quatre-Nations. Ambitionnant une carrière de prédicateur et admirateur de Massillon, il entra dans la congrégation de l’Oratoire mais en sortit au bout de deux ans pour faire son droit. Sa fortune considérable lui permit d’acheter une charge de conseiller au Parlement de Paris. Il devint président de la Première chambre des Enquêtes, fonction qu’il conserva jusqu’en 1731 et qui lui valut le nom de « président Hénault », et même tout simplement de « président » après la mort de Montesquieu. Type accompli du mondain et de l’homme de salon, il entama, une fois veuf, une liaison de plus de dix ans avec Marie du Deffand dont il fréquenta le salon littéraire. Il composa avec succès de nombreuses chansons et des poèmes qui lui valurent un prix de l’Académie des Jeux floraux (1708). Il remporta également le prix d’éloquence de l’Académie française (1707). Il est également l’auteur de deux tragédies. Il fut admis à l’Académie française en 1723, alors qu’il avait encore très peu publié. Il s’y montra disciple de Fontenelle, ami de Voltaire et adversaire de D’Alembert. On prétend que c’est lui qui sauva, au prix de ses manchettes brûlées, La Henriade du feu où, à la suite de quelques critiques, Voltaire l’avait jetée dans un moment de dépit. Le Président Hénault publia alors des œuvres à caractère moral ou historique, et notamment son Abrégé chronologique de l’histoire de France jusqu’à la mort de Louis XIV. La formule était neuve et fut très souvent imitée par la suite. Ce sont les notes des leçons d’histoire reçues par l’auteur au collège Louis-le-Grand, mises bout à bout en forme de questions-réponses, piquées de résumés et enrichies de tableaux chronologiques. Voltaire dit du Président qu’il était «  le seul homme qui ait appris aux Français leur histoire ». L’ouvrage valut à l’auteur d’être élu en 1755 comme membre honoraire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Lecteur de William Shakespeare, le président Hénault eut l’idée d’un théâtre national développant des sujets de l’histoire de France et mit lui-même sa théorie en pratique dans un drame, François II (1747). De 1753 à 1768, il exerça la charge de surintendant de la Maison de la Reine Marie Leszczyńska, qui avait pour lui une particulière amitié et contribua à le tourner vers la religion dont une grave maladie, contractée vers 1735, l’avait déjà rapproché. Il se convertit en 1765 et fit une confession générale.

Charles Juste de Beauvau-Craon (élu en 1771)
Charles Juste de Beauvau-Craon (élu en 1771)

7. Charles-Just de BEAUVAU-CRAON (1720-1793). Élu à l’Académie française en 1771, il est également membre associé de l’Académie des sciences et membre honoraire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1782). Militaire, homme politique. La maison de Beauvau est une très ancienne famille originaire de l’Anjou dont la branche de Beauvau-Craon s’est établie en Lorraine. Charles Just de Beauvau-Craon est le fils de Marc de Beauvau-Craon, qui fut titré prince du Saint-Empire en 1722, et devint donc le 2e prince de Beauvau à la mort de son père. Entré comme volontaire au service de la France, il fut nommé lieutenant de cavalerie en 1738, colonel des Gardes Lorraines en 1740, et se distingua au siège de Prague en 1741. Brigadier en 1746, maréchal de camp en 1748, lieutenant général en 1758, il commanda en chef les troupes envoyées en Espagne en 1762. Il fut nommé gouverneur du Languedoc en 1747, puis gouverneur général de la Provence. Ami des philosophes et protecteur des lettres, il n’avait écrit qu’une lettre à l’abbé Desfontaines quand il fut nommé à l’Académie le 7 février 1771. Il participa cependant activement aux travaux académiques. Il fut chargé par l’Académie de prendre la tête de la délégation qui alla complimenter Voltaire lorsqu’il vint à Paris en 1778 et lui porter les vœux que la Compagnie formait pour son rétablissement pendant la maladie qu’il eut à cette époque. Le prince de Beauvau devint maréchal de France en 1783. En 1789, il fut secrétaire d’État à la Guerre pendant seulement cinq mois. Partisan des réformes, il ne fut pas inquiété sous la Révolution, et mourut dans son lit en plein milieu de la Terreur. Le maréchal de Beauvau laisse son nom à l’hôtel de Beauvau, place Beauvau à Paris, où siège aujourd’hui le ministère de l’Intérieur, dont il fut le locataire de 1770 environ à sa mort. À Saint-Germain-en-Laye, il possédait le château du Val, où il accueillit Benjamin Franklin en 1778.

Philippe Antoine Merlin de Douai (élu en 1803)
Philippe Antoine Merlin de Douai (élu en 1803)

8. Philippe-Antoine MERLIN, dit de DOUAI (1754-1838). Nommé membre de l’Institut national (classe de Langue et littérature françaises) en 1803, exclu en 1816 ; nommé membre de l’Académie des Sciences morales et politiques à sa reconstitution en 1832. Homme politique, avocat. Fils de riches cultivateurs des Flandres, appelé « Merlin de Douai » pour le distinguer de Merlin de Thionville, il fut un éminent avocat et jurisconsulte, apprécié très tôt pour ses talents d’orateur et son immense puissance de travail. La Révolution lui donna l’occasion de se révéler comme législateur et homme d’État et c’est en grand notable qu’il vécut la fin de l’Empire avant de connaître l’exil. Bien qu’anobli depuis 1782, Merlin entra en politique aux côté des révolutionnaires et fut élu député du Tiers État aux États-Généraux de 1789. Sous la Constituante, il participa aux grandes réformes de l’Assemblée et s’occupa particulièrement de l’abrogation du régime féodal. En 1792 il fut élu à la Convention nationale. Homme de la Plaine par nature et par conviction, il se rallia cependant aux Montagnards, sans enthousiasme, et vota la mort de Louis XVI. Comme membre du Comité de législation, il accomplit un travail considérable. Merlin concourut à précipiter la chute de Robespierre. Président de la Convention quelques jours après le 9 thermidor, il fut porté par les vainqueurs au comité de Salut public. Chargé de réorganiser le tribunal révolutionnaire et de dissoudre l’administration de la Commune de Paris, il poussa de tout son pouvoir l’assemblée dans les voies de la réaction et demanda la fermeture du club des Jacobins. Il exerça aussi, au comité de Salut public, une grande influence sur le département des affaires extérieures, entamant des négociations avec la Prusse, l’Espagne et les Pays-Bas, et fit décréter la réunion à la France de la Belgique, du pays de Liège et de la principauté de Bouillon. Merlin de Douai prit ensuite, comme rédacteur et rapporteur, la plus grande part à la rédaction du Code des délits et des peines en l’an IV. Il fut élu au Conseil des Anciens et nommé peu après ministre de la Justice par le Directoire. Un temps chargé de diriger le Ministère de la police générale de création récente, il dut y renoncer pour raisons de santé et reprit le portefeuille de la Justice. Les royalistes lui reprochèrent plus tard d’avoir montré trop de rigueur dans l’exécution des lois contre les émigrés. Au lendemain du 18 fructidor, il fut nommé membre du Directoire mais, devant le mécontentement public, dût se démettre de ses fonctions quatre mois avant le coup d’État de Bonaparte. Le Premier Consul le nomma substitut du commissaire du gouvernement près le tribunal de cassation puis procureur général à la même cour, charge qu’il occupa pendant treize ans. Napoléon le nomma successivement conseiller d’État à vie, chevalier de l’Empire, comte, membre du comité pour les affaires de la couronne, grand-officier de la Légion d’honneur. Sa nomination à l’Institut national en 1803 s’inscrit parmi ces signes de reconnaissance. La Restauration destitua Merlin de ses fonctions et le condamna à l’exil. Il fut aussi exclu de l’Institut en tant que régicide et s’installa en Hollande sous un nom d’emprunt. Il ne rentra en France qu’après 1830. Lorsqu’en 1832 Louis-Philippe rétablit l’Académie des sciences morales et politiques, Merlin y fut nommé par ordonnance dans la section de Législation.

9. Comte Antoine – François - Claude FERRAND (1751-1825). Nommé à l’Académie française en 1816. Magistrat, poète, historien, auteur dramatique. Issu d’une ancienne famille de parlementaires, il entra au Parlement de Paris à l’âge de dix-huit ans, avec une dispense d’âge, comme conseiller à la Chambre des enquêtes. Opposé à la convocation des États Généraux, il attaqua l’Assemblée nationale dans plusieurs pamphlets et émigra dès septembre 1789. La perte de son fils unique et son dénuement l’obligèrent à demander sa radiation de la liste des émigrés en 1801 et il rentra en France. Il vécut alors dans la retraite et l’étude. À l’entrée des Alliés dans Paris en mars 1814, il sortit de sa retraite et fit partie de la délégation royaliste qui alla demander aux empereurs de Russie et d’Autriche le rétablissement des Bourbons sur le trône de France. Le retour de Louis XVIII combla ses voeux. Il fut nommé ministre d’État, Directeur général des Postes, pair de France et membre du Conseil privé. Il participa à la préparation de la Charte et à une commission chargée d’examiner les demandes de restitution des biens des émigrés. Dès sa jeunesse, le comte Ferrand avait écrit des poésies et des tragédies mais celles-ci ne furent jamais représentées. Il est aussi l’auteur d’ouvrages d’actualité et d’histoire. Ses Mémoires renferment à peine quelques lignes sur l’Empire, régime qu’il préféra oublier. Il était lié à la famille Balzac et Honoré de Balzac s’inspira de lui pour créer le « comte de Fontaine », personnage du Bal de Sceaux qui appartient à une vieille famille légitimiste et se rallie avec succès à la monarchie constitutionnelle : « Un de ses principes les plus fixes consistait à ne plus reconnaître en France d’autre noblesse que la pairie, dont les familles étaient les seules qui eussent des privilèges. « Une noblesse sans privilège, disait-il, est un manche sans outil ».

Casimir Delavigne (élu en 1825)
Casimir Delavigne (élu en 1825)

10. Casimir DELAVIGNE (1793-1843). Élu à l’Académie française en 1825. Poète, auteur dramatique. Fils d’un négociant du Havre ruiné, il commença à écrire des vers dès le collège, où il eut pour condisciple et ami Eugène Scribe, futur académicien lui aussi. Ému par les défaites de l’Empire et l’occupation du pays par les armées étrangères, il chanta très tôt la grandeur de la patrie et l’amour de la liberté, devenant le « poète de la Patrie ». Ses premières Messéniennes, parues en 1818, inspirées par les malheurs récents de la France mais aussi par Jeanne d’Arc, furent un grand succès d’édition pour l’époque, avec 21 000 exemplaires vendus en un an. Grâce au baron Pasquier, garde des sceaux et chancelier de France, le roi créa pour lui le poste de bibliothécaire de la Chancellerie. Il écrivit alors sa première pièce, Les Vêpres siciliennes, qui obtint en 1819 un succès triomphal. En 1822, il publia de Nouvelles Messéniennes dont l’esprit patriotique et libéral effraya le pouvoir et lui firent perdre sa place de bibliothécaire. Le duc d’Orléans, futur Louis-Philippe, lui donna comme compensation la même situation au Palais-Royal et resta son ami jusqu’à sa mort. En 1823, L’École des Vieillards jouée par Talma et Mademoiselle Mars obtint un grand succès. Après deux tentatives infructueuses, Casimir Delavigne fut élu à l’Académie en 1825 par 27 voix sur 28 votants, à l’âge de 32 ans. Benjamin de l’assemblée, il se montra peu assidu aux séances. Les journées de juillet 1830 suscitèrent son enthousiasme. Il composa un hymne favorable à la famille d’Orléans intitulé La Parisienne, hymne au peuple de Paris sacrifié pendant la Révolution de Juillet et ce chant populaire eut, lui aussi, une vogue universelle. Casimir Delavigne fut considéré de son temps comme un poète insurpassé et insurpassable. Lorsqu’il mourut, ayant à peine dépassé la cinquantaine, tout Paris se pressa à ses funérailles. L’œuvre de Casimir Delavigne représente une quinzaine de pièces de théâtre, une trentaine de poésies, des épîtres, des études sur l’antiquité, quatre chants populaires mais aussi de nombreuses nouvelles et autres pièces en prose.

Charles-Augustin Sainte-Beuve (élu en 1844)
Charles-Augustin Sainte-Beuve (élu en 1844)

11. Charles-Augustin SAINTE-BEUVE (1804-1869). Élu à l’Académie française en 1844. Critique littéraire, essayiste, poète. Né à Boulogne-sur-Mer, il entra à vingt ans au journal Le Globe, feuille libérale et principal soutien du mouvement romantique. Il se lia d’amitié avec Victor Hugo, à qui il voua une profonde admiration. Grâce à Hugo, il pénétra dans le Cénacle, groupement littéraire qui réunissait des écrivains romantiques, luttant contre le formalisme classique. Intime du couple Hugo, Sainte-Beuve découvrit bientôt le contraste formé par la vie officielle du poète et la réalité de son couple. Sa liaison avec Adèle fut l’une des causes de sa rupture avec le poète. Lorsqu’il fut candidat à l’Académie, il lui manqua une voix pour qu’il soit élu lors de sa première candidature, en février 1844, et cette voix était celle de Victor Hugo. C’est pourtant à Victor Hugo que revint le soin de le recevoir sous la Coupole le 27 février 1845. Hugo, qui avait voté onze fois contre Sainte-Beuve, se montra fort modéré dans ses compliments au nouvel élu, consacrant plutôt son éloquence au prédécesseur de Sainte-Beuve, Casimir Delavigne, qui bénéficia ainsi de deux éloges au cours d’une même séance. Sainte-Beuve est l’auteur de romans (Volupté), d’études historiques comme Port-Royal et de poésies parues sous le pseudonyme de Joseph Delorme en 1829. Il collabora au Globe, à la Revue de Paris, à la Revue des Deux Mondes, au Constitutionnel, au Moniteur, et réunit ses nombreux articles dans ses Critiques et portraits, Causeries du lundi et Nouveaux lundis. S’appuyant sur une solide documentation, il renouvela le genre de la critique littéraire et ses jugements sur la période classique firent longtemps autorité. La méthode beuvienne part du principe qu’on ne peut séparer la vie d’un artiste de son oeuvre et que le milieu ou les antécédents historiques sont des éléments à prendre en compte pour le critique.

Il fut maître de conférences à l’École normale et professeur de poésie latine au Collège de France. Il fut aussi conservateur de la Bibliothèque Mazarine et le 14 mars 1844, jour où il fut élu à l’Académie française en même temps que Prosper Mérimée, les deux candidats attendirent ensemble le résultat du vote, aux côtés de leurs mères respectives, dans le bureau de Sainte-Beuve à la Bibliothèque Mazarine. Sous le second Empire, Sainte-Beuve qui était un familier du salon de la princesse Mathilde, fut à l’Académie le chef du parti gouvernemental et anticlérical. Il joua un rôle important, mais généralement sans succès, dans les élections. Il combattit avec ardeur Monseigneur Dupanloup, Victor de Laprade, le père Lacordaire, qui furent élus, et il ne parvint à faire nommer ni Théophile Gautier, ni Charles Baudelaire. Certains choix de l’Académie l’irritèrent au point qu’il reprit en 1856 l’idée émise autrefois par L’Événement de Victor Hugo, d’une Académie du suffrage universel et en 1862, il demanda dans le Constitutionnel que l’Académie fût divisée en huit sections représentant chacune un genre de littérature. Il réussit pourtant dans les élections d’Émile Augier, de Champagny et Camille Doucet à faire passer des candidats moins hostiles à l’Empereur. Il fut fait sénateur par Napoléon III en 1865, une manière pour l’Empereur de remercier l’un des fidèles serviteurs du régime, ce qui n’empêcha pas Sainte-Beuve de défendre inlassablement la liberté de la presse.

Jules Janin (élu en 1870)
Jules Janin (élu en 1870)

12. Jules JANIN (1804-1874). Élu à l’Académie française en 1870. Critique, romancier. Fils d’un avocat de Saint-Etienne, il débuta comme saute-ruisseau (jeune clerc de notaire ou d’avoué chargé de faire les courses) dans l’étude d’un avoué où il côtoya le jeune Honoré de Balzac. Il devint journaliste à la Revue de Paris, à la Revue des Deux Mondes, au Figaro et à la Quotidienne. Il compta parmi les fondateurs de la Revue de Paris et du Journal des Enfants et fut critique littéraire au Journal des débats de 1829 à 1874. Surnommé le « prince des critiques », il tirait gloire d’y avoir écrit 2240 feuilletons hebdomadaires. Il fut l’un des premiers à comprendre l’importance de la presse au XIXe siècle. Dans la préface des Contes nouveaux (1833) il écrit : « Le journal est le souverain maître de ce monde, c’est le despote inflexible des temps modernes ; c’est la seule souveraineté inviolable ; c’est mieux qu’un pouvoir de droit, c’est un pouvoir de fait. Toutes les grandeurs du monde viennent se briser sur cet écueil. » Janin échoua dans sa candidature à l’Académie française en 1863, 1864 - où onze tours de scrutin se soldèrent par une élection blanche - et 1865. Après ce troisième échec, il publia un ironique « Discours de réception à la porte de l’Académie française ». Quatre ans plus tard, l’Académie pensa à lui et, sans qu’il renouvelât ses visites, l’élut le 7 avril 1870. Malade, il ne put lire son discours de réception en entier.

John Lemoinne (élu en 1875)
John Lemoinne (élu en 1875)

13. John LEMOINNE (1815-1892). Élu à l’Académie française en 1875. Journaliste, homme politique. Né à Londres de parents français, il termina en France des études commencées en Angleterre. Entré en 1840 au Journal des Débats, journal modéré dont il partageait la sensibilité orléaniste, il y traita longtemps les questions de politique étrangère et consacra une série d’articles aux écrivains d’outre-Manche. Il collabora aussi pendant vingt ans à la Revue des Deux Mondes. Devenu rédacteur en chef du Journal des Débats, il continua de défendre la monarchie constitutionnelle, mais oscilla, pendant les premiers temps de la présidence de Thiers, entre la politique du centre-droit et celle du centre-gauche, puis se prononça en 1873 en faveur de la république conservatrice prônée par Adolphe Thiers. En 1880, sa candidature comme sénateur inamovible fut adoptée par les gauches du Sénat, et l’emporta à la majorité de 142 voix sur 160 votants. La droite s’étant abstenue, John Lemoinne prit place au centre-gauche. Nommé ministre plénipotentiaire à Bruxelles le 17 avril de la même année, il donna sa démission de ce poste dès le 1er mai suivant, et se consacra, dès lors, exclusivement à ses occupations du Sénat et de la presse. Il se considérait en effet avant tout comme un journaliste et son discours de réception à l’Académie française commençait en ces termes : « Simple journaliste, et succédant à un des princes et des maîtres du journalisme, je dois regarder l’honneur que vous me faites comme s’adressant à ma profession plus qu’aux humbles titres avec lesquels je me présente devant vous. … » Paradoxalement, c’est John Lemoinne, dont Brunetière nous dit qu’il « avait dans sa personne quelque chose d’éminemment britannique, discret, même froid » qui prononça le discours de réception d’Eugène Labiche à l’Académie française.

Ferdinand Brunetière (élu en 1893)
Ferdinand Brunetière (élu en 1893)

14. Ferdinand BRUNETIÈRE (1849-1906). Élu à l’Académie française en 1893. Critique littéraire et dramatique, historien de la littérature, essayiste. Il ne détenait aucun diplôme universitaire supérieur au baccalauréat. Élève au Lycée Louis le Grand, il avait échoué au concours d’entrée à l’École normale supérieure à la veille de la guerre de 1870 et ne s’était pas représenté. Répétiteur dans une institution privée, il y eut comme collègue Paul Bourget, qui fut élu à l’Académie française un an après lui. On lui confia par délégation rectorale, et sans espoir de titularisation, l’enseignement littéraire dans deux classes de sciences de Louis le Grand, jugées ingrates. En 1886, il fut nommé maître de conférences à l’École normale supérieure par Louis Liard. Gros travailleur, lecteur infatigable, orateur brillant, excellent professeur, il fut présenté par Bourget au directeur de la Revue des Deux Mondes et toute sa carrière s’identifia avec cette revue dont il devint le secrétaire de rédaction puis, à partir de 1893 le directeur. Près de 300 articles, les deux-tiers de son œuvre, furent réunis dans Études critiques sur l’histoire de la littérature. Il réunissait dans une même détestation le naturalisme et le positivisme, et prônait un idéal classique car sa préférence allait au XVIIe siècle. Il aurait dû être dreyfusard mais sa conversion au catholicisme et sa haine pour Zola lui firent choisir le parti adverse, même s’il ne fut ni antisémite ni antirépublicain. Élu à l’Académie à la cinquième tentative contre Zola par 22 voix contre 4, il était, selon René Doumic, l’écrivain de France qui avait le plus d’ennemis. Conservateur, antidreyfusard et clérical, on le surnommait « Ferdinand le Terrible ». Selon lui, on ne peut dissocier l’art et la morale, aussi juge-t-il avec beaucoup de sévérité Baudelaire et tous ses successeurs du Parnasse, qui se réclament de la gratuité de l’art. Historien de la littérature, il défendit une théorie de l’évolution des genres littéraires, inspirée des thèses de Darwin, considérant les genres littéraires comme des espèces vivantes soumises aux actions de la vie.

Henri Barboux (élu en 1907)
Henri Barboux (élu en 1907)

15. Henri BARBOUX (1834-1910). Élu à l’Académie française en 1907. Avocat. Fils d’un avoué de Châteauroux, il renonça à préparer l’École Polytechnique en raison du coup d’état bonapartiste du 2 décembre 1852, car il estimait inacceptable d’entrer dans la fonction publique sous un régime factieux. Les études de droit qu’il entama alors le menèrent vers une brillante carrière d’avocat. Inscrit au barreau de Paris, il acquit la notoriété en 1878 par une plaidoirie dite du « mur mitoyen » contre les Pères du Saint-Sacrement et devint bâtonnier en 1880. Spécialiste des affaires financières, il fut surnommé « le grand conseiller de la richesse française » et s’illustra dans de nombreux procès célèbres comme celui qui opposa Sarah Bernardt à la Comédie-Française pour rupture de contrat ou celui de l’incendie de l’Opéra comique. Ce fut lui également qui défendit la validité du testament d’une autre célèbre actrice, Rachel. Mais il fut surtout l’avocat de Ferdinand de Lesseps lors du scandale de Panama. Cette dernière affaire lui valut d’ailleurs quelques ennemis parmi les porteurs de bons du canal, et faillit lui coûter son élection à l’Académie française. Président de l’Union Libérale Républicaine, collaborateur de la Revue Politique et Parlementaire, président des Sociétés de Législation comparée, des Études législatives, des Études des prisons, Henri Barboux ne siégea que deux ans sous la Coupole. Lors de son décès subit, un de ses confrères lui rendit hommage dans Le Figaro : « Prompt, petit, vif, droit, sec, la tête toute blanche, de l’ivoire enchâssé dans de la neige, la serviette énorme sous le bras, nous ne le verrons plus se hâter, à midi, vers les appels, prêt à plaider ici une lourde affaire hérissée de chiffres, ou là un curieux procès littéraire, ou ailleurs, un divorce sensationnel […] Quelqu’un l’a défini «  une mémoire qui parle  ». On ne peut, je crois, plus lapidairement le résumer. Il savait tout et savait tout dire. Et son savoir universel n’était point une de ces ignorances encyclopédiques, un de ces vernis superficiels qui cachent le vide des idées. Non ! il avait lu, semble-t-il, tous les livres. Nous autres, nous commentons les codes avec les Dalloz, les Sirey, ou les grands traités de droit. Lui, il relisait tous les travaux préparatoires et toutes les œuvres des auteurs des lois. Il aimait leurs ouvrages comme on aime un volume de vers ; le style précis, subtil et savoureux de ces vieux auteurs le ravissait. Quand par hasard, il ne savait pas par cœur à la barre le passage qu’il eut voulu citer, c’est avec une dévotion de bibliophile qu’il tirait de sa serviette le tome richement relié et doré sur tranche qu’il avait pris aux rayons de sa bibliothèque, de ses mains fines, maigres et blanches, il le maniait, l’ouvrait en souriant et lisait comme on savoure un fruit. »

Henry Roujon (élu en 1911)
Henry Roujon (élu en 1911)

16. Henry ROUJON (1853-1914). Membre, puis secrétaire perpétuel de l’Académie des Beaux-Arts (1903). Élu à l’Académie française en 1911. Haut fonctionnaire, essayiste, romancier. Il entama, selon les désirs de son père, des études de droit qu’il abandonna rapidement par manque de vocation. Après avoir passé le concours d’entrée au ministère de l’Instruction publique, il fut nommé, en 1876, au Bureau de l’instruction primaire. Cela devait être le début d’une carrière de plus d’un quart de siècle au sein de ce ministère, au cours de laquelle Henry Roujon allait gravir successivement tous les échelons de la hiérarchie. Membre du cabinet de Jules Ferry, il devint par la suite son secrétaire particulier. En 1891 enfin, le ministre Léon Bourgeois lui attribua la Direction des Beaux-Arts, poste qu’il occupa jusqu’en 1914. En marge de ses fonctions administratives, Henry Roujon se fit une place dans le monde des lettres. Collaborateur, puis secrétaire de rédaction à La République des lettres, revue fondée par Catulle Mendès, où il se distingua par des billets d’humeur pleins de causticité, il fut également chroniqueur au Figaro et au Temps. Il publia en 1887 un roman, Miremonde, couronné par l’Académie française. Président de la Société d’encouragement à l’Art et à l’Industrie, Roujon était membre de l’Académie des Beaux-Arts dont il devint le secrétaire perpétuel.

Louis Barthou (élu en 1918)
Louis Barthou (élu en 1918)

17. Louis BARTHOU (1862-1934). Élu à l’Académie française en 1918. Avocat et homme politique. Issu d’un milieu modeste – son grand-père était forgeron et son père, soldat à Sébastopol, s’était établi à Oloron-Sainte-Marie comme quincaillier - Louis Barthou fit des études de droit à la Faculté de Bordeaux et obtint à Paris son doctorat de droit en 1886. Secrétaire de la conférence des avocats, avocat au barreau de Pau, il fut très tôt attiré par la politique et devint rédacteur en chef de L’Indépendant des Basses-Pyrénées. Âgé de 27 ans, il fut élu en 1889 député des Basses-Pyrénées, comme Républicain modéré. Il devait être réélu sans interruption jusqu’en 1922, date à laquelle il quitta la Chambre pour le Sénat. Sa carrière ministérielle ne fut pas moins précoce : il n’avait que 32 ans quand il obtint en 1894 son premier portefeuille comme ministre des Travaux Publics. Plusieurs fois ministre entre 1896 et 1913, Louis Barthou allait rapidement s’affirmer comme l’un des grands notables de la IIIe République. Le 22 mars 1913, il devint président du Conseil. La victoire de la gauche aux élections législatives de 1914, la déclaration de guerre et la perte, quelques mois plus tard, de son fils tué au front, marquèrent son retrait provisoire de la scène politique. En 1917 cependant, il retrouva une place de premier plan avec le portefeuille des Affaires étrangères. Son élection à l’Académie française, en 1918, consacra son action gouvernementale mais aussi son activité d’homme de lettres, de bibliophile et de musicologue. Victor Hugo, Lamartine et la période romantique n’avaient jamais cessé de le passionner. Sa bibliothèque était l’une des plus belles de Paris et la vente, à sa mort, de sa collection de manuscrits et d’autographes fut la première grande vente de manuscrits littéraires en France. Il possédait aussi une collection de verres de Maurice Marinot qu’il légua au musée des Arts décoratifs. Admirateur fervent de Richard Wagner, Louis Barthou fréquentait assidûment Bayreuth, présida le Comité national de propagande pour la musique et encouragea la construction du Théâtre des Champs-Élysées. Tout au long des années 1920, il continua d’occuper des ministères importants (Guerre, Justice, Affaires étrangères) dans des gouvernements de coalition républicaine. En 1934, lorsque Gaston Doumergue forma un gouvernement d’union nationale pour tenter de stabiliser la politique intérieure, il nomma Louis Barthou à son poste de prédilection, les Affaires étrangères. À ce poste, il essaya de lutter contre les menées hitlériennes en attirant la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Union soviétique dans un front anti-allemand. Il prôna aussi l’isolement de l’Allemagne en montant contre elle une série d’alliances avec les États de l’Europe centrale alliés à la France (Pologne et Petite Entente). Son projet de pacte oriental se solda toutefois par un échec. Le 9 octobre 1934, à Marseille, il fut tué en même temps que le Roi Alexandre de Yougoslavie dans l’attentat perpétré par un terroriste croate. Il est maintenant établi qu’il fut blessé par erreur par l’arme d’un policier et qu’il décéda car il ne fut pas soigné à temps. Après sa mort, en janvier 1935, Maurice Paléologue lut à l’Académie l’ultime discours qu’il avait écrit pour la réception du duc Maurice de Broglie.

Claude Farrère (élu en 1935)
Claude Farrère (élu en 1935)

18. Claude FARRÈRE (1876-1957). Élu à l’Académie française en 1935. Romancier, essayiste, historien. De son vrai nom Frédéric-Charles Bargone, Claude Farrère avait une mère anglaise et un père officier d’infanterie de marine. Il entra en 1894 à l’École navale et, dès 1897, écrivit des articles sur la marine dans les journaux sous le pseudonyme de Pierre Toulven. Il prit part aux campagnes militaires de Chine, du Tonkin et du Maroc (1899-1914). Il avait atteint le grade de capitaine de corvette lorsqu’il démissionna de l’armée en 1919, pour se consacrer à la littérature. Son œuvre était déjà abondante. Pierre Louÿs avait remarqué sa nouvelle, Le Cyclone, publiée en 1903 sous le nom de Claude Farrère, et s’était offert de l’aider dans sa carrière littéraire. Un premier recueil de nouvelles, Fumée d’opium, avait aussi été remarqué en 1904 par son commandant qui n’était autre que Pierre Loti. Son roman Les Civilisés obtint le prix Goncourt en 1905. Il est l’auteur de romans, de récits de voyages, d’ouvrages historiques sur la marine, de contes et d’œuvres théâtrales. Comme Pierre Loti, il s’intéressa particulièrement à la Turquie qu’il visita onze fois à partir de 1902, et au Japon. En mai 1932, en tant que président de l’Association des écrivains anciens combattants, Farrère se trouvait aux côtés du président Paul Doumer au moment de son assassinat. En s’interposant pour le protéger, il fut blessé de deux balles dans le bras. Après deux échecs, Claude Farrère fut élu à l’Académie française le 28 mars 1935 avec l’appui de Pierre Benoit qui le reçut ensuite sous la Coupole. Il obtint 15 voix au second tour, étant préféré à Paul Claudel, qui n’obtint que 10 voix.

Henri Troyat (élu en 1959)
Henri Troyat (élu en 1959)

19. Henri TROYAT (1911-2007). Élu à l’Académie française en 1959. Romancier, historien de la littérature, historien. Voici la notice conçue par Henri Troyat lui-même pour l’annuaire de l’Académie française : « Henri Troyat naquit à Moscou, le 1er novembre 1911. Au moment de la révolution, son père, qui occupait une situation en vue dans le commerce, fut obligé de s’enfuir, et toute la famille entreprit un long exode qui le mena, tout enfant, de Moscou au Caucase (où ses parents possédaient une vaste propriété), du Caucase en Crimée, puis, par la mer Noire, à Constantinople, à Venise et enfin à Paris, où il arriva en 1920. Il fit toutes ses études en France, au lycée Pasteur, à Neuilly. Licencié en droit, il devint rédacteur à la préfecture de la Seine. Entre-temps, ayant été naturalisé français, il partit pour accomplir son service militaire à Metz. Il se trouvait encore sous l’uniforme quand fut publié son premier roman, Faux jour. Ce livre obtint, en 1935, le Prix du Roman populiste. Rendu à la vie civile, il entra à la préfecture de la Seine, au service des Budgets. Le temps que lui laissaient ses occupations administratives, il l’employait à écrire. Coup sur coup parurent en librairie : Le Vivier, Grandeur nature, La Clef de voûte. En 1938, le prix Max Barthou, décerné par l’Académie française, couronna l’ensemble de son œuvre. Cette même année, son nouveau roman, L’Araigne, reçut le prix Goncourt. Démobilisé en 1940, il se consacre entièrement à la littérature. Grand prix littéraire du Prince Pierre de Monaco (1952). »

À écouter aussi :

Cette émission est la 8e de notre série sur les histoires des fauteuils de l’AF. Vous pouvez donc écouter aussi :
- Mgr Claude Dagens : ses prédécesseurs sur ler fauteuil de l’Académie française
- Jean-Loup Dabadie : ses prédécesseurs sur le 19ème fauteuil de l’Académie française
- Max Gallo : ses prédécesseurs sur le 24e fauteuil de l’Académie française
- Dominique Fernandez : ses prédécesseurs sur le 25e fauteuil de l’Académie française
- Philippe Beaussant : ses prédécesseurs sur le 36e fauteuil de l’Académie française
- René Girard : ses prédécesseurs sur le 37efauteuil de l’Académie française
- Jean Clair : ses prédécesseurs sur le 39e fauteuil de l’Académie française






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