La belle histoire des serres du Jardin des plantes : conservation et diversité

Avec Geneviève Béraud-Bridenne, directrice du département des jardins botaniques et zoologiques au Muséum
Quatre serres ont rouvert leurs portes au Jardin des plantes à Paris le 2 juin 2010 : la serre de Nouvelle-Calédonie, celle des forêts tropicales humides, celle des déserts et des milieux arides et celle de l’histoire des plantes. À cette occasion, Geneviève Béraud-Bridenne revient sur l’histoire des serres au Muséum et nous explique la nouvelle muséographie qui met en avant la richesse et la fragilité de la biodiversité.


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Date de mise en ligne : 30 mai 2010


C’est au XVIIe siècle que l’on voit apparaître les premières orangeries faites de bois et de verre. Elles abritaient les végétaux des rudes hivers. Le mot orangerie désignait un lieu où l’on serrait les plantes, d’où par la suite l’appellation de « serres ».

Initialement, le Jardin des plantes accueillait toute une collection de plantes médicinales. Mais petit à petit, des plantes exotiques, ramenées d’explorations ou offertes par des pays amis, firent leur apparition dans les serres. « Par exemple, un plan de caféier a été donné à Louis XIV par le bourgmestre d’Amsterdam », raconte Geneviève Béraud-Bridenne. « C’est ce caféier qui a généré la création de la première serre en France en 1714. C’est ce caféier qui est devenu le « père » des caféiers des Antilles et de Guyane ». D’autres plantes ont suivi le même modèle avant de faire leur apparition dans les Antilles, comme le vanillier et le bananier.

Serre de l'Histoire des plantes. Vue de la structure reflétant la serre de Nouvelle Caledonie
Serre de l’Histoire des plantes. Vue de la structure reflétant la serre de Nouvelle Caledonie
© Manuel Cohen

Des serres pour conserver un maximum d’espèces au XVIIIe siècle

Pendant presque 50 ans, Buffon devient l’intendant du Jardin des plantes. Il tisse alors un grand réseau de correspondants du roi, qui lui rapportaient des plantes et des graines… cultivées plus tard dans ces serres. « L’idée consistait à collecter et conserver toutes les plantes extraordinaires dont on avait déjà bien cerné les multiples intérêts pour l’homme, en particulier l’intérêt économique » précise Geneviève Béraud-Bridenne.

Serre des forêts tropicales humides. Vue du toit
Serre des forêts tropicales humides. Vue du toit
© Manuel Cohen

Le public de l’époque a soif d’exotisme et de voyage et les serres lui permettent de voyager par les cinq sens. À la fin du XIXe siècle, les plantes, jusqu’alors toutes en pot, sont plantées en pleine terre. C’est ainsi que naît la dénomination de "Jardin d’hiver". Parallèlement, la structure architecturale évolue, laissant place aux structures métalliques et au verre. Véritables œuvres architecturales, la première serre de ce type est construite en 1888 par Jules André. La construction des serres courbes de Rohault de Fleury constitue l’ensemble le plus grand au monde. Et celle construite dans le style art déco est l’œuvre de Berger.

Vue des serres courbes. In ROHAULT DE FLEURY, Charles.- Muséum d'histoire naturelle. - Paris, 1837
Vue des serres courbes. In ROHAULT DE FLEURY, Charles.- Muséum d’histoire naturelle. - Paris, 1837
© Bibliothèque Centrale du MNHN Paris 2010

Le rôle des serres du Jardin des plantes aujourd’hui : mieux comprendre la biodiversité

Le contenu des serres a aujourd’hui totalement changé. Geneviève Béraud-Bridenne l’affirme :« Nous ne sommes plus là pour montrer une collection de plantes mais pour délivrer un message pédagogique. Le contenu a été pensé pour démontrer l’importance de la biodiversité végétale et son utilité pour l’homme. Dans la serre des plantes tropicales, on retrouve des plantes qui permettent à l’homme de se nourrir, de se vêtir... elles sont indispensables à notre vie de tous les jours. »

Serre des forêts tropicales humides
Serre des forêts tropicales humides
© François Gilles Grandin / MNHN

La serre de Nouvelle-Calédonie (île endémique à 76% pour les espèces végétales) a été mise sur pied pour démontrer la fragilité du milieu, conséquence de pressions anthropiques très fortes.

Ainsi conclut notre invitée : « Notre but est de faire passer le message de la préservation de la biodiversité avec une muséographie innovante et pertinente, sans moraliser le public. J’aimerais avant tout que le public se dise en sortant : j’ai enfin compris ce qu’est la biodiversité ».

Geneviève Béraud-Bridenne
Geneviève Béraud-Bridenne
© F-G Grandin / MNHN

Geneviève Béraud-Bridenne est directrice du département des jardins botaniques et zoologiques au Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

En savoir plus :

Fermées depuis 2004, les serres du Jardin des plantes rouvrent leurs portes le 2 juin 2010 après d’importants travaux. Le site est accessible à tout public, à tout handicap.

- Jardin des plantes
- Muséum national d’histoire naturelle

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