Francisco Goya ( 1746-1828) par André Malraux

extraits sonores du film ’journal de voyage d’André Malraux à la recherche des arts du monde entier."
Avec André Malraux, Canal Académie vous emmène sur les pas de Francisco Goya (1746-1828). Pour cette émission, nous avons choisis des extraits des 13 films de Jean-Marie Drot disponibles aux éditions Doriane Films. Sur Radio Chrétiennes Francophones (RCF), Claude Carrez avait reçu Jean-Marie Drot.


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Date de mise en ligne : 19 août 2010

Dans ses promenades en compagnie de Malraux, la caméra de Jean-Marie Drot nous plonge dans le cœur de la pensée esthétique de l’ancien Ministre de la culture. Ces 13 épisodes qui nous emmènent dans un tour du monde artistique peuvent être considérés comme le testament philosophique et spirituel de l’écrivain.

André Malraux en 1974, à Verrières-le-Buisson.
André Malraux en 1974, à Verrières-le-Buisson.
© Louis Monier

Pour cette émission, nous nous sommes inspirés des 13 films de Jean-Marie Drot aux éditions Doriane Films, proposés par Claude Carrez sur Radio Chrétiennes Francophones (RCF) de Lyon, qui a eu la délicate attention de les offrir à Canal Académie.

Nous voilà donc en Espagne, un pays cher à Malraux puisque dès 1936, il rejoignit les républicains espagnols. Accueilli par son ami écrivain José Bergamin, Malraux mit sur pied une escadrille d’une vingtaine d’avions, appelée l’ « España. » cette escadrille rebaptisée « escadrille André Malraux », à l’intérieur de laquelle André Malraux, observateur ou mitrailleur, combattra jusqu’en 1937. L’ Espagne reste donc un pays qui a largement marqué la vie de Malraux. De son expérience ibérique, il écrira le roman L’Espoir en 1937 qui prendra comme toile de fond, la guerre d’Espagne. En 1939, toujours inspiré par cette guerre, son film Sierra de Teruel vit le jour.

<i>Ici non plus. Désastres de la guerre</i>, vers 1812 de Goya.
Ici non plus. Désastres de la guerre, vers 1812 de Goya.

Mais son Espagne, c’est aussi celle du bouillonnement artistique. Ses nombreuses amitiés espagnoles (Rafaël Alberti, Antonio Machado, Pablo Neruda, Leo Felipe) en témoignent. Avec Rembrandt, Francisco Goya est un peintre qui a accompagné Malraux tout au long de sa vie. Il voyait en lui « le plus grand montreur de fantastique depuis le moyen-âge. »

La vie même du peintre et graveur espagnol toucha André Malraux. D’abord, il y a eu les débuts difficiles ou tout du moins des débuts qui n’étaient pas à la hauteur des talents du peintre selon Malraux. Fransisco Goya débuta sa carrière en honorant des commandes pour les Bourbon d’Espagne. Il réalise alors plusieurs tapisseries et des gravures des œuvres de Diego Velázquez, un peintre pour qui il a beaucoup d’admiration comme le rappelle André Malraux : « Goya affirmait n’avoir eu que 3 maîtres : Velázquez, la nature et Rembrandt. »

En 1786, Goya devient le peintre officiel du roi d’Espagne Charles III. Mais avec l’arrivée au pouvoir de Charles IV et les prémices de la Révolution de 1789 dont Goya partageait quelques idées, le peintre se vit prudemment éloigner de la Cour… Arriva l’année 1792 et, si chez certains artistes, la souffrance agit consciemment ou inconsciemment sur la créativité, c’est le cas pour Goya. Tout du moins, c’est une idée que partage Malraux lorsqu’il évoque cette surdité soudaine à laquelle est confrontée Goya. Pour l’auteur de La Condition Humaine, l’espagnol perdit l’ouïe mais gagna autre chose : « Il [Goya] découvrit son génie le jour où il osa cesser de plaire. Nul génie ne semble plus spontané que le sien. Il invente à la fois ses rêves et ses réalités, son style.[…] »

<i>Sarturne dévorant un de ses enfants</i> (1819-1823)
Sarturne dévorant un de ses enfants (1819-1823)

Malraux évoque ce nouveau visage de l’artiste en soulignant sa capacité à capter tout ce qui sort du cauchemar ou du rêve tout en ayant un regard extrêmement précis sur l’Histoire. Monstres, sorcières à la fois maléfiques et comiques, peuplent les œuvres de Goya. Un univers imaginaire qui ne va pas sans déplaire à Malraux, touché par l’esthétisme à la fois onirique et effrayant de Goya, de Saturne dévorant un de ses enfants (1819-1823) aux Caprices , Malraux prendra conscience que « L’homme peut être arraché à lui-même par d’autres moyens que ceux de la beauté. » Et le noir aussi, envoûtant dans ses gravures autant que dans ses monochromies, un emploi du noir que personne ne faisait à l’époque et qui fera dire à Malraux que dans ses œuvres, « Goya précise ses cauchemars, et nous voyons qu’il en était venu à rêver ses dessins. » _


<i>Le chien</i> (1820-1823)appartient à la série des peintures noires (14 fresques) de Goya.
Le chien (1820-1823)appartient à la série des peintures noires (14 fresques) de Goya.

Description du tableau Les fusillades du 3 mai 1808

Arrêtons-nous sur un tableau en particulier : Les Fusillades du 3 mai 1808 peint par Goya en 1814. Ce tableau représente l’exécution d’un groupe de rebelles par les soldats de Napoléon 1er. Goya n’assista pas à cette scène mais la peignit de son plein gré, sans avoir reçu de commande particulière. Picasso s’intéressa fortement à ce tableau, et fût interpellé par le noir, encore ce noir de Goya, comme il le confie à Malraux :
« Le ciel noir n’est pas un ciel, il est du noir. L’éclairage, il y en a deux, un qu’on ne comprend pas, il éclaire tout comme un clair de lune[…] mais il éclaire bien plus que la lune […]et puis il y a la lanterne par terre, énorme, au centre. Elle, qu’est-ce qu’elle éclaire[...] ? »

<i>Les fusillades du 3 mai 1808</i> (1814).<i>« J'ai toujours eu l'impression d'un tableau envoûté »</i> confie André Malraux à propos de cette oeuvre.
Les fusillades du 3 mai 1808 (1814).« J’ai toujours eu l’impression d’un tableau envoûté » confie André Malraux à propos de cette oeuvre.

Il est vrai que cette lanterne aux dimensions étonnantes capte toute l’attention du spectateur parce qu’elle est placée au cœur du tableau et que son éclairage nous permet d’assister à la scène. Mais cette lampe est aussi un symbole : « La fameuse lampe posée au sol devant les fusillés selon Picasso, est la mort. » Malraux, à son tour fut aimanté par cette lampe, mais surtout par l’élément qu’elle met en valeur. Pour lui, cette lumière insiste sur cet homme en chemise blanche qui lève les bras.

« L’homme au bras dressé symbolisait nos copains pendant la guerre d’Espagne. » L’ancien chef d’escadrille durant la guerre d’Espagne se laisse captiver par ce « V que dessine ce geste des bras. »


- Laissez-vous guider sur les traces de Goya par l’œil de Malraux. Un voyage esthétique qui vous fera découvrir ou redécouvrir les peintures et les gravures du peintre espagnol.


En savoir plus :

- Retrouvez les 13 films de Jean-Marie Drot édités en DVD (2 coffrets avec photos et textes) par Doriane films 18






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