Une histoire du paradis, utopie ou espérance ?

Avec Jean Delumeau, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres
Jean Delumeau nous ouvre les portes du paradis ! Du moins l’historien, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et professeur au Collège de France, évoque-t-il ici les trois volumes qu’il a consacrés à Une histoire du paradis. Voici le bonheur paradisiaque sous toutes ses représentations !


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Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : RC516
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Date de mise en ligne : 28 mars 2010

Après avoir longtemps travaillé sur la peur et sur le péché, à travers différents ouvrages, Jean Delumeau a consacré une série en 3 volumes Une histoire du paradis aux rêves de bonheur de l’humanité occidentale, en explorant de ce fait les différentes figures qu’a pu prendre le paradis du Moyen Âge à nos jours.

- « Les hommes du Moyen Âge l’imaginaient comme une ville aux murs d’or, un royaume des cieux où les élus contemplaient Dieu et connaissaient le bonheur éternel. Un lieu dont les visionnaires ont donné de surprenantes descriptions et dont les beautés ont inspiré pendant des siècles, enlumineurs, peintres, sculpteurs et musiciens. »

Jerôme Bosch, "Le Jardin des délices " Triptyque - Panneau Central, vers 1504
Jerôme Bosch, "Le Jardin des délices " Triptyque - Panneau Central, vers 1504
© Musée du Prado, Madrid

Dans les 3 ouvrages : Le jardin des délices, Mille ans de bonheur, Que reste-t-il du paradis ? Jean Delumeau nous démontre comment les représentations du paradis ont perduré, alors même que l’idée du paradis s’effaçait avec les progrès des sciences : ainsi, alors que le paradis s’éloigne peu à peu de la terre, le ciel se déconstruit, mais non l’au-delà que les croyants définissent désormais comme une « utopie », c’est-à-dire comme un non-lieu, et aussi comme une nouvelle vie où les hommes se retrouveront près d’un Dieu d’amour, dans une fraternité universelle.

Nous proposons ci-après aux auditeurs de Canal Académie la lecture d’un extrait d’un superbe texte en pages 467 et 468 du tome 3 d’Une histoire du paradis :

- « A partir de la révolution scientifique du XVIIe siècle, une constatation s’est progressivement imposée : le ciel et la terre appartiennent au même univers et sont soumis aux mêmes lois. Le ciel n’est pas le lieu de Dieu, ce que vérifia naïvement Gagarine qui, en plein XXe siècle, en était resté à l’ancienne conception du ciel. Dès lors le paradis ne peut plus être défini que comme une « utopie », c’est-à-dire, au sens étymologique de ce mot forgé par Thomas More, comme un « non-lieu ». Est-ce à dire qu’il n’a pas de réalité ? Et redoublement de l’interrogation : les espérances que recouvre le mot « utopie »- cette fois, dans le sens courant- sont-elles toutes des chimères ? L’humanité peut-elle vivre sans utopie ?

Notre mot « paradis » englobe désormais tous les sens de l’ « utopie ». Selon la foi chrétienne, il désigne non pas un lieu mais un avenir par-delà la mort ou, plus précisément, par delà la résurrection. Car le « diamant » de l’espérance née des Évangiles, ce n’est pas que les hommes sont immortels, mais que les défunts, à l’appel de Dieu qui les prend par la main, sortent du trou noir de la mort. Ils entrent alors dans une seconde vie, cette fois éternelle, mais se déroulant dans des conditions encore infigurables par nous.

S’éloignant de la tentation du merveilleux, le croyant d’aujourd’hui doit accepter le vide des représentations relatives à l’au-delà. Perte sévère certes, mais compensée par l’espoir « utopique » d’une réalisation des « béatitudes » dans le monde à venir. Ces « béatitudes » sont en effet des « utopies » comme le paradis lui-même et il existe un lien étroit des unes à l’autre. La face cachée du monde sera celle où la prophétie de Jésus deviendra réalité : ceux qui pleurent seront consolés ; ceux qui ont faim et soif de justice seront rassasiés ; les miséricordieux obtiendrons miséricorde, etc. (Mt 5 et Lc 6). Le paradis sera l’actualisation de ces rêves fous sans la présence desquels la vie sur terre tourne à l’enfer. »

Mieux connaître notre invité

Jean Delumeau, né le 18 juin 1923 à Nantes, est historien, spécialiste du christianisme, en particulier de la période de la Renaissance. Ancien élève de l’École normale supérieure (promotion 1943), agrégé d’histoire, membre de l’École française de Rome et docteur ès lettres, il a enseigné l’histoire à l’École polytechnique, à l’université de Rennes II, à l’École pratique des hautes études et à l’université de Paris I. Par ailleurs, Jean Delumeau a enseigné au Collège de France, où il occupa de 1975 à 1994 la chaire d’« Histoire des mentalités religieuses dans l’Occident moderne ». Il est docteur « honoris causa » de l’Université de Porto (Portugal) et membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1988.

Jean Delumeau prononçant un discours sous la Coupole. Derrière lui, de gauche à droite, Jean Leclant, Bernard Pottier, Jean-François Jarrige
Jean Delumeau prononçant un discours sous la Coupole. Derrière lui, de gauche à droite, Jean Leclant, Bernard Pottier, Jean-François Jarrige

- Jean Delumeau à l’Académie des inscriptions et belles-lettres

Jean Delumeau est l’auteur dans la collection Pluriel de La peur en Occident et de Rome au XVIe siècle. Il a aussi publié L’aveu et le pardon (Fayard), Des religions et des hommes (livre de poche) et a dirigé Le fait religieux (Fayard) et Histoire des Pères et de la paternité (Larousse).






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