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Bernard Cerquiglini, apôtre de la francophonie et du plurilinguisme !

Dialogue avec Jean Pruvost autour de la langue française
Le linguiste Bernard Cerquiglini, célèbre dans le monde entier comme "Le professeur", retrace ici son parcours en dialogue avec le lexicologue Jean Pruvost : recherches en linguistique, ouvrages grand public, enseignement dans les universités américaines, fonctions officielles en faveur de la langue française et de la francophonie, bref, voici les convictions et les passions d’un homme qui sait mettre en action son amour de la langue française !


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Émission proposée par : Jean Pruvost
Référence : PAR546
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/par546.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 23 mai 2010

Cette émission met en dialogue deux excellents connaisseurs de la langue française, le linguiste Bernard Cerquiglini, professeur de linguistique à l’université Paris VII, actuel recteur depuis 2007 de l’AUF, l’Agence Universitaire de la Francophonie, et notre collaborateur le lexicologue et lexicographe Jean Pruvost, professeur à l’Université de Cergy-Pontoise, fondateur de la Journée des Dictionnaires, directeur éditorial des Éditions Honoré Champion.

Bernard Cerquiglini aime à évoquer ses originies italiennes et se souvient de l’époque où il faisait de la politique linguistique avec un autre linguiste, Bernard Quemada, d’ascendance espagnole. Puis notre invité raconte qu’il est né à Lyon, dans un quartier populaire, La Guillotière, habité essentiellement par des familles émigrées. Son grand-père venait de Perugia (Pérouse), car Cerquiglini est un nom de cette région. Le latin quercus s’est "dissiminé", comme disent les linguistes, en cercus et donc "Cerquiglini", c’est-à-dire le petit, tout petit chêne ! Et notre invité avoue qu’il aime Lyon, ville de gastronomie, de l’imprimerie : « Je n’oublie pas qu’à la Renaissance, le premier grammairien français à rédiger une grammaire en française s’appelait Louis Maigret (1550), qui fut un grand réformateur de l’orthographe et qui signait ses livres "Louis Maigret, lyonnais". J’aimerais bien faire comme lui mais je n’ai pas son talent ! ».

Études au lycée Ampère, puis l’École normale de Saint-Cloud, agrégation et doctorat. Sa thèse d’État (1979) portait sur la représentation du discours dans les textes narratifs du Moyen-âge, soutenue à l’Université d’Aix-Marseille : « Oui, parce que je voulais faire ma thèse avec Jean Stéfanini, grand médiéviste et maître de linguistique, très ouvert à la linguistique moderne, et comme j’avais commencé à travailler en linguistique contemporaine avec l’école de Chomsky et que je voulais appliquer les méthodes d’Antoine Culioli à l’ancien français, et seul Stéfanini connaissait les deux, j’ai choisi cette université-là et non une parisienne. Belle occasion de donner mon "pot" de thèse sur la Montagne Sainte-Victoire ! »

À l’Université de Berkeley

Ce côté international, notre invité l’a développé en travaillant comme professeur invité à l’Université de Berkeley. Il a traduit Noam Chomsky (au Seuil, 1975) : « C’était mon premier travail, nous avons pris la syntaxe au sérieux, la base de la linguistique. Cette formation m’a permis de travailler sur la syntaxe de l’ancien français qui est mon domaine... Quand on m’a appelé, j’ai cru à une plaisanterie... puis presque chaque année, j’ai enseigné dans une université américaine ».

Le roman du Graal

Jean Pruvost cite quelques-uns des principaux ouvrages rédigés par Bernard Cerquiglini, notamment son Que sais-je ? sur la naissance du français. Et rappelle qu’il a établi, d’après un manuscrit de la bibliothèque de Modène, le texte de Robert de Boron Le roman du Graal. Bernard Cerquiglini rend alors hommage à la mémoire de l’éditeur Christian Bourgois, éditeur de 10-18, qui avait confié la collection « Bibliothèque médiévale » à son maître Paul Zumthor, ce qui a permis à Bernard Cerquiglini de publier le premier roman en prose française : « J’avais proposé une édition bilingue, page de gauche en ancien français, page de droite en français moderne, et Christian Bourgois m’a dit "non, la prose doit pouvoir se lire" et j’ai seulement traduit entre crochets les mots difficiles pour permettre au lecteur d’accéder directement au texte ancien ». Pari courageux et gagné, ce livre a été tiré à plus de 15 000 exemplaires.

Quand le linguiste se fait écrivain

Comme le souligne Jean Pruvost, ce qui transparaît dans le parcours de Bernard Cerguiglini, c’est ce double mouvement : l’érudition la plus absolue, celle de l’universitaire, du chercheur qui donne à la langue française de nouvelles analyses, et puis le travail de celui qui met les travaux des chercheurs à la portée du grand public (par exemple son Histoire de la littérature française, Nathan, 1984). Ses essais montrent que le linguiste Cerquiglini est aussi un écrivain !

En témoigne son essai sur l’accent circonflexe, L’accent du souvenir (formule de Ferdinand Brunot), publié grâce à l’éditeur Jérôme Lindon, ouvrage qui reçut le prix Georges Dumézil décerné par l’Académie française. Notre invité fournit ici quelques explications sur l’histoire de ce signe d’origine grecque, né en France au XVIe siècle, d’abord refusé par l’Académie puis adopté par elle plus tard, l’accent des réformateurs (souvent imprimeurs) devenant le signe de la conservation... Et il raconte la querelle de l’orthographe à propos de cet accent.

Jean Pruvost et Bernard Cerquiglini
Jean Pruvost et Bernard Cerquiglini

Il s’exprime aussi sur cette réforme de l’orthographe et son regret : « On s’est trop occupé de points secondaires, telle une dernière réforme du XIXe siècle, alors qu’on aurait dû se pencher sur la terminologie et la néologie, sur les mots à créer, car il faut que le français soit la langue de la modernité et qu’elle crée des mots. »

Précisons également que notre invité a rédigé une Histoire de la langue française, avec l’académicien grammairien Gérald Antoine, de l’Académie des sciences morales et politiques.

Quant à son Roman de l’orthographe, avant la faute au paradis des mots, il révèle son goût pour l’humour et les jeux de mots.

On doit à Bernard Cerquiglini d’avoir convaincu le CNRS de mettre gratuitement sur Internet le TLF, le Trésor de la Langue Française, commencé par Paul Imbs et poursuivi par Bernard Quemada : « arme merveilleuse pour la langue et pour la francophonie ».

L’homme des institutions aussi !

Tout au long de sa carrière, il resta au service de la République, tel un haut responsable institutionnel : « Je suis schizophrène par alternance ! Dans certaines phases de ma vie, j’enseigne, je suis universitaire, je donne des conférences, et dans d’autres je suis aux affaires... À 37 ans, Jean-Pierre Chevènement m’a proposé à la tête de l’enseignement primaire, énorme direction ministérielle. »

Puis de 1989 à 1993, il fut Délégué général à la Langue Française, auprès du Premier Ministre, Michel Rocard, mandat de 4 ans au cours duquel certaines rectifications sur environ 400 mots ont été proposées. Puis il a occupé le poste (succédant à Bernard Quémada) de vice-président du Conseil supérieur de la langue française. « Il fallait que la France eût une politique linguistique complète, sans oublier les langues de France... » (son rapport rendu au gouvernement répertoriait 75 langues de France et ses territoires hors de l’Hexagone). C’est d’ailleurs à Bernard Cerquiglini que l’on doit l’expression "Langues de France", patrimoine et bien immatériel de la nation. « Ce n’est pas être ennemi de la République que de défendre ces langues de France ». À ses yeux, il est important que des citoyens français parlent d’autres langues car il faut respecter la diversité du français. Notre invité détaille ici ses convictions sur le plurilinguisme.

Le recteur de l’Agence Universitaire francophone

Après un séjour en Louisiane, il est devenu recteur de l’AUF, un grand réseau mondial de la francophonie, 728 universités francophones ou « partiellement » francophones (ce « partiellement » est un coup de génie, selon notre invité, car il permet de bâtir une francophonie universitaire plus vaste que la francophonie politique) et une communauté scientifique de langue française. Cette agence est une association mais aussi un opérateur de la francophonie, avec des moyens (un budget de 40 millions d’euros, du personnel (452 personnes), et des locaux dans le monde entier, dans 63 endroits dans le monde quelqu’un parle au nom de l’AUF.) Un exemple : les recteurs d’Afrique souhaitaient une formation en gestion : nous avons créé un Institut pour donner cette formation. Il existe aussi des bourses pour les jeunes universitaires, des aides pour les pays en voie de développement. Le recteur de l’AUF voyage sans arrêt !

Prevue qu’un linguiste peut (et doit ?) être aussi un homme d’action...

Ce qui ne l’empêche pas d’être poète, membre élu de l’Oulipo, ouvroir rassemblant des amoureux de la langue, « mon jardin secret, ce dont je suis le plus fier ! »...

Merci professeur !

Reste l’homme qui, grâce à TV5, est devenu le plus célèbre (ou presque) des Français dans le monde, celui qui, en Afrique est salué par « Merci professeur », autant par les ministres que par les vendeurs de rue, les douaniers et les portiers, tous lui demandent des autographes ! Une émission qui existe depuis 4 ans (sur une idée de Jean-Jacques Aillagon) : Bernard Cerquiglini a enregistré 524 mots, une centaine par an, se plie à une grande préparation : « J’ai refusé le prompteur, je les apprends par coeur, quinze par jour durant trois jours d’affilée ! » Son ouvrage « Merci Professeur » reprend les trois cents permières émissions... Et grâce au site de TV5, il reçoit des centaines de courriers et il est apprécié par des millions d’auditeurs...

Conclusion : Bernard Cerquiglini est vraiment, selon l’expression de Jean Pruvost, « une personnalité hors-normes » dont la générosité, la créativité et la disponibilité ne sont jamais prises en défaut... Merci Professeur !

A écouter aussi sur Canal Académie :

- Gérald Antoine Histoire de la langue française (1/3)
- Paul Imbs, linguiste, philologue, fondateur du TLF, Trésor de la Langue française






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