Les Cahiers de l’Herne, des monographies de référence

Entretien avec Laurence Tacou, directrice, par Jacques Paugam
Laurence Tacou présente la maison d’édition qu’elle dirige, les Editions de l’Herne, petite maison d’une grande exigence intellectuelle, dont la publication des Cahiers constitue un événement toujours très attendu. Plusieurs académiciens ont ainsi un Cahier de l’Herne à leur nom.


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : PAG719
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Date de mise en ligne : 21 mars 2010

A l’origine, Georges Besse et Dominique de Roux, écrivain engagé, volontiers provocateur, personnage à part, auteur de plusieurs romans qui avait commencé à publier des pastiches.

Pour le premier "Cahier" en 1961, Dominique de Roux ne choisit pas la facilité puisqu’il le consacre à un auteur poète quasi inconnu René-Guy Cadou. Ce fut le début des Cahiers de l’Herne. Le deuxième fut consacré à Bernanos. Le lancement de ces Cahiers n’était pas simple. Mais le troisième, sur Céline, en 1963, en assura le succès. A cette date, Céline était "en enfer", écrivain maudit dont personne ne parlait. Il est paru deux ans après sa mort (1961).

Les Cahiers présentent désormais la très belle couverture blanche au service du fond : Beaucoup de témoignages de première main et peu de travaux universitaires. Des textes intelligents mais pas de critiques "de métier". L’Herne voulait se démarquer de la glose érudite. Cette tonalité différente en a fait quelque chose d’à part, jamais hagiographique. S’il fait peu de place aux critiques universitaires (qui n’y sont tout de même pas absents), chaque Cahier obtient un vif succès dans toutes les universités du monde car tous les textes sont de très bon niveau.

Les années Constantin Tacou

Au début des années 70, Dominique de Roux passe la main à Constantin Tacou, le père de notre invitée. "Mon père, roumain, a toujours été intéressé par la littérature française, nourri par toutes les revues qui paraissaient, et c’est naturellement qu’il est entré dans l’Herne".

Chaque directeur imprime en effet sa marque particulière : lui, il fait place à des écrivains des pays de l’Est. "Avec mon père, il est entré des auteurs allemands et des écrivains peu connus (Musil, Meyrink), la littérature fantastique (Ray, Lovecraft) la philosophie (Levinas, Nietzsche, Schopenhauer).

Le Cahier Levinas par exemple, paru en 91, a fait connaitre ce philosophe inconnu, preuve que l’Herne n’a jamais existé pour célébrer des gens connus. "Quand un Cahier sort, il donne une consécration à un auteur" constate notre invitée.

Les choix de Laurence Tacou

En 2001, après trente ans de direction de Constantin Tacou, c’est elle, Laurence, qui prend en mains la maison d’éditions, après avoir été grand reporter et s’être passionnée pour les écrivains sud-américains (Borgès, Octavio Paz, Juan Rulfo, Vargas Lhosa... ).

A l’Herne, rue de Verneuil, lieu de fermentation extraordinaire, tout le monde entrait là, et chacun se refusait à admettre que la maison aurait pu fermer...Laurence s’est donc décidée à prendre la suite de son père.

Elle, elle donne une large place à des auteurs vivants. Certains ne veulent pas s’en mêler (Georges Steiner) ; d’autres au contraire s’en occupent et s’impliquent. Elle accorde aussi de l’importance à la philosophie (Lévi-Strauss, Baudrillart, Ricoeur, Chomsky, Derrida...) parce que, dit-elle, "nous sommes dans une époque de grande interrogation sur l’avenir".

A la place d’un comité de lecture, il existe un "canapé rouge" sur lequel on s’assied pour discuter ! Chaque Cahier est confié à un ou deux directeurs, chaque volume dépassant largement les prévisions ! Et toujours des textes inédits ou disparus (qui peuvent parfois représenter presque la moitié du Cahier), des témoignages, des correspondances, une formule plus complexe qu’il n’y parait. Chaque Cahier exige au minimum deux ans de préparation -bien que celui sur le cabbaliste Scholem ait exigé plus de vingt ans ! Un grand succès d’ailleurs...

- Le prochain ? Yves Bonnefoy. Un Cahier consacré à un poète donc (le quatrième après Michaux, Char, Ponge).

-  Et les académiciens ? L’Herne offre des Cahiers sur Claudel, Mauriac, Lévi-Strauss (qui était réticent...), René Girard et Michel Déon (écoutez notre émission Les passions de Michel Déon, de l’Académie française : lecture, écriture, peinture... et quelques autres aussi ! . Et notre invitée de donner indications et commentaires sur plusieurs de ces Cahiers explicitant ainsi ses choix.

A côté des Cahiers de l’Herne proprement dit, il existe les Cahiers d’anthropologie sociale (publication du laboratoire du Collège de France, dirigé d’abord par Claude Lévi-Strauss, puis par Françoise Lhéritier et Philippe Descola).

De plus, une collection de petits ouvrages est également proposée, "Les carnets" (plus de 80 à l’heure actuelle, après 4 ans d’existence). Des textes rares, surprenants, dans un format homotétique des Cahiers, d’auteurs majeurs. "Une bouffée d’oxygène qui plait beaucoup". Et notre invitée d’évoquer les carnets sur Sagan, sur Proudhon, entre autres...

Le monde de l’édition est toujours inquiet, menacé... Dans ce créneau pointu qu’occupent les Editions de l’Herne, Laurence Tacou se veut lucide : "On est passé à l’ère numérique, qu’on le veuille ou non. S’il existe un intérêt pour le livre par le numérique, tant mieux. Mais tout notre catalogue a été numérisé par Google, avec d’énormes coquilles, sans vérification, aucun soin n’étant apporté à cette numérisation. Mettre certains textes rares à la portée de tout un chacun, c’est bien, violer le droit d’auteur, ça l’est beaucoup moins".

Notre invitée termine par redire son admiration pour les libraires et par évoquer quelques uns de ses projets pour le futur (un Modiano en préparation).

En savoir plus :

- Le site web des Cahiers de l’Herne






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