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Au pavillon français à Shanghai, sept chefs-d’oeuvre du musée d’Orsay

Présentation par Sylvie Patin, correspondant de l’Académie des beaux-arts, invitée d’Anne Jouffroy
À l’exposition universelle de Shanghaï, le pavillon français exposera sept œuvres d’art prêtées par le musée d’Orsay - une sculpture, L’Âge d’Airain de Rodin, et six peintures : L’Angélus de Millet, Le Balcon de Manet, La salle de danse à Arles de Van Gogh, La Femme à la cafetière de Cézanne, Les Bananes ou Le Repas de Gauguin et La Loge de Bonnard. Sylvie Patin, conservateur général au musée d’Orsay et correspondant de l’Académie des beaux-arts présente ici ces œuvres et explique pourquoi Guy Cogeval, président du musée d’Orsay, et son équipe les ont choisies.


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : carr667
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Date de mise en ligne : 20 avril 2010
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Plus de 240 pays et régions participeront à l’exposition universelle de Shanghai dont l’ouverture est prévue le 1er mai prochain. 70 millions de visiteurs sont attendus jusqu’au 31 octobre, date de la fermeture. Le pavillon français est donc la vitrine de l’excellence culturelle et artistique de notre pays.

Commandé par un collectionneur américain qui n’en prit jamais livraison, L’Angélus de Millet (1857-1859) appartint à plusieurs prestigieuses collections belges avant de revenir en France. Présenté lors de la vente du collectionneur Secrétan à la galerie Sedelmeyer le 1er juillet 1889, le tableau est acquis par une association artistique américaine. Devant l’émoi que suscite le possible départ de l’œuvre outre-atlantique, le collectionneur Alfred Chauchard se substitue au Louvre impécunieux et accepte de débourser la somme faramineuse de 750 000 francs-or pour la conserver sur le sol national.

<i>L'Angélus</i> de Millet
L’Angélus de Millet

Dans cette scène monumentale malgré son format réduit, Millet peint un souvenir d’enfance. Il dispose au premier plan deux paysans interrompant leur récolte de pommes de terre afin de réciter la prière de la fin de l’après-midi à l’appel de la cloche de l’église représentée au loin à droite. Entourés des instruments de leurs travaux, fourche, panier et brouette, ils s’élèvent sur l’étendue déserte de la plaine de Chailly-en Bière, proche du village de Barbizon, où Millet, comme nombre de ses confrères du mouvement réaliste, s’est installé. Pour traiter cette image emblématique du monde paysan et de sa foi profonde, le peintre use d’une gamme de couleurs limitée que vient, néanmoins, animer une lumière crépusculaire issue de l’horizon qui dissimule les visages mais souligne les gestes et les attitudes. Tout comme La Joconde, l’Angélus a été représenté un nombre incalculable de fois sur des calendriers, des canevas, des meubles, des cahiers d’écoliers, etc. Il est devenu une sorte d’icône de la peinture populaire.

<i>Le Balcon</i> de Manet
Le Balcon de Manet

Le Balcon d’Édouard Manet (vers 1868-1869) est un des fleurons de la collection que Gustave Caillebotte légua à l’État. Dans ce tableau tout imprégné du souvenir des différentes versions des Majas au Balcon de Goya, Manet réunit au premier plan la peintre Berthe Morisot assise, la pianiste Fanny Claus et le paysagiste Antoine Guillemet, tandis qu’au-delà il représente un intérieur cossu où un jeune garçon apporte un plateau de rafraîchissements. Chaque personnage apparaît absorbé dans ses pensées et aucun regard ni aucun geste ne les lie, ce qui marque une rupture avec les représentations traditionnelles des scènes de la vie bourgeoise. Le thème n’est pas seul à choquer les visiteurs du Salon de 1869 où l’œuvre est présentée : on reproche aussi à l’artiste sa palette de couleurs acidulées (le vert du balcon et des persiennes ou le bleu de la cravate), l’opposition trop franche des robes blanches et du fond sombre et la différence de traitement des parties quand les fleurs semblent avoir été peintes avec plus d’attention que les visages. « Fermez les volets ! » s’exclama ironiquement le caricaturiste Cham, tandis qu’un critique s’attaqua à Manet en l’accusant de faire « concurrence aux peintres en bâtiments. »

Au Salon de 1880, Auguste Rodin exposa L’Âge d’Airain qui lui valut une médaille de troisième classe, faveur assortie d’un achat de l’œuvre par l’État à destination du plus prestigieux musée d’art contemporain d’alors, le musée du Luxembourg qui, cependant, le présenta longtemps à l’extérieur de ses salles d’exposition. Les honneurs ne s’arrêtèrent pas en si bon chemin et L’Âge d’Airain fut choisi pour participer à la représentation de la sculpture française lors de l’Exposition internationale de Vienne en 1883 et dans les pavillons des beaux-arts des Expositions universelles parisiennes de 1889 et de 1900. Ces marques d’admiration venaient couronner un laborieux travail autour d’un nu masculin dégagé de l’idéalisme qui régnait alors sur la sculpture officielle présente dans les Salons. Un journaliste de L’Étoile Belge affirma que l’œuvre - décidément trop réaliste ! - avait été réalisée à partir d’un moulage sur nature. La polémique se déchaîna mais en vain. L’Âge d’Airain conserve encore aujourd’hui une part de mystère puisqu’au traitement, si réaliste, s’oppose un titre de portée symbolique qu’aucun accessoire ne vient préciser. Elle porta plusieurs noms : L’Homme qui s’éveille, l’Éveil de l’humanité, Le Vaincu, L’Âge de Bronze.

<i>L'Âge d'Airain</i> de Rodin
L’Âge d’Airain de Rodin

La Salle de danse à Arles de Van Gogh (1888) offert par M. et Mme André Meyer est un témoignage rare - puisqu’on ne connaît que deux œuvres peintes alors - et émouvant de la collaboration de Gauguin et de Van Gogh, travaillant ensemble à Arles à la fin des années 1888. Le sujet de ce tableau est un soir de fête aux Folies-Arlésiennes, une salle de bal populaire que fréquentèrent les deux peintres. L’influence de Gauguin y est évidente dans la reprise scrupuleuse des principes synthétiques et cloisonnistes que celui-ci avait mis au point à Pont-Aven. S’y mêlent aussi des références au japonisme dans le relèvement de la ligne d’horizon et l’aspect graphique accentué au premier plan où s’entrelacent les courbes et les contre-courbes des coiffures. L’espace saturé de motifs traités dans des couleurs souvent pures et aux oppositions violentes suggèrent une impression d’étouffement et même d’inquiétude. Cette angoisse latente exprime, peut-être, les tensions entre les deux peintres et leur future séparation.

<i>La Salle de danse</i> de Van Gogh
La Salle de danse de Van Gogh

Le Repas ou Les Bananes de Paul Gauguin (1891), offert aussi à l’État par le banquier Meyer et son épouse, se signale par un historique impressionnant. Cette toile fit en effet partie des œuvres vendues le 2 juin 1894 pour venir en aide à la veuve du « Père Tanguy » - dont la boutique de couleurs de la rue Clauzel, à Paris, fut le rendez-vous de la plupart des artistes impressionnistes et post-impressionnistes - avant d’appartenir à un membre de la famille Rouart, Alexis, frère du peintre Ernest Rouart et beau-frère de Julie Manet, fille de Berthe Morizot et d’Eugène Manet. Peinte dans les premiers mois de l’arrivée de Gauguin à Tahiti, cette œuvre ne décrit pas un aspect de la vie indigène mais semble adapter des motifs locaux à un schéma d’inspiration japonisante. La perspective relevée du premier plan, le traitement par masse de couleurs des éléments posés sur la table, les personnages silencieux et l’échappée lumineuse en haut à droite rappellent les estampes que Paris avait découvert dans les années 1860. Dans cette peinture tout contribue à créer une ambiance de mystère.

<i>Le Repas</i> ou <i>Les bananes</i> de Gauguin
Le Repas ou Les bananes de Gauguin

L’imposante Femme à la Cafetière de Cézanne peinte vers 1890-1895 est probablement une des employées de la résidence familiale de Cézanne située près d’Aix en Provence. L’anonymat sert pleinement la volonté du peintre qui ne cherche pas là à faire un portrait psychologique mais à étudier des formes dans leurs relations et leur organisation. Les éléments de la composition, que ce soit la femme, la tasse ou la cafetière qui s’élèvent sur le motif parqueté d’une porte à l’arrière-plan, sont représentés de manière simplifiée. Les lignes verticales et horizontales soulignent les traces de pinceau ou de brosse nettement visibles. Cette géométrisation des volumes et les libertés que prend Cézanne avec la perspective traditionnelle annoncent le cubisme.

<i>La Femme à la cafetière</i> de Cézanne
La Femme à la cafetière de Cézanne

Alexandre Bernheim, le collectionneur et galeriste intimement lié aux peintres nabis, commanda à Pierre Bonnard plusieurs portraits de famille dont cette étonnante Loge (1908), entrée dans les collections nationales en 1989. Dans leur loge à l’Opéra de Paris, sujet « moderne » que la fin du dix-neuvième siècle avait mis à l’honneur, sont représentés Gaston, debout au centre, avec, à sa droite, sa belle-sœur Mathilde, à sa gauche, son épouse Suzanne, et à l’arrière-plan, son frère aîné, Josse. Bien qu’il s’agisse d’une commande, Bonnard ne se livre pas là à un exercice académique mais y développe ses réflexions sur la forme et la couleur, au grand dam de Gaston Bernheim qui accepta mal de voir son visage coupé à moitié par le bord supérieur de la toile. De part et d’autre de sa silhouette, Bonnard développe deux plages de couleurs opposées et il cantonne le personnage de droite sur un fond rouge qui l’isole complètement. L’absence de regards entre les modèles et l’impression de lassitude qui domine rappellent Le Balcon de Manet.

<i>La Loge</i> de Bonnard
La Loge de Bonnard

Monet n’est pas oublié à Shanghai : Les visiteurs du pavillon français seront accueillis, en effet, par une œuvre du peintre franco-chinois, académicien des Beaux-Arts, Zao Wou-Ki. Grand admirateur de Monet, Zao Wou-Ki réalisa en 1991 un triptyque intitulé L’Hommage à Monet qui évoque d’une part le pont et les nymphéas de Giverny et d’autre part le pont que Zao Wou-Ki est parvenu à jeter entre la peinture chinoise et la peinture occidentale. Un paysage onirique à la gloire du génie des hommes.

<i>Hommage à Claude Monet</i>, de Zao Wou-Ki
Hommage à Claude Monet, de Zao Wou-Ki
© Zao Wou-Ki

Ces chefs-d’œuvres qui n’ont jamais été exposés simultanément à l’extérieur de nos frontières témoignent de l’importance toute particulière accordée au succès de Shanghai 2010 par l’État français qui, il faut le rappeler, a exprimé aux autorités chinoises son souhait de voir pérenniser ce bâtiment à l’issue de l’Exposition universelle (les autres doivent être démolis).

Grâce au musée d’Orsay, nul doute que beaucoup de Chinois, et particulièrement ceux - fort nombreux - qui rêvent de venir en France, viendront admirer ces œuvres qui parlent au cœur et à l’esprit de tous les hommes.






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