L’orient turc des peintres, invitation au voyage. Ziem et ses contemporains

Avec Fédéric Hitzel, commissaire de l’exposition à Martigues
Comment les artistes français appelés peintres orientalistes ont-ils découvert Istanbul au XIXe siècle ? N’en ont-ils gardé qu’un univers fantasmé de Mille et une nuits ? Que sont-ils venus chercher sur les rives du Bosphore ? Le voyage Marseille-Istanbul s’est imposé comme passage obligé pour ces artistes en quête de nouvelles sensations et de nouveaux espaces. Visite de l’exposition L’Orient turc de Ziem et de ses contemporains , présentée au musée Ziem de Martigues, en compagnie du commissaire Frédéric Hitzel.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : CARR655
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Date de mise en ligne : 14 mars 2010
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 Félix Ziem (1821-1911), Constantinople, huile sur bois, 70x106
Félix Ziem (1821-1911), Constantinople, huile sur bois, 70x106
© Martigues, musée Ziem

Le nom de Félix Ziem est attaché au monde de la peinture du XIXe siècle, aux voyages d’orient comme aux paysages de l’Ecole de Barbizon ou encore ceux de Provence ou de Venise... Ziem séjourna à Martigues et fit don à la ville d’une collection pour un musée qui porta d’emblée son nom, il y a un peu plus de 100 ans, 2 ans avant sa mort en 1910. Comblé d’honneurs de son vivant, il est à la fois un peintre d’Orient et d’Occident. Son œuvre évoque Fontainebleau, la Normandie, Martigues, Marseille, Venise, Istanbul, Damas ou Le Caire. Il a croisé Van Gogh, Théodore Rousseau, Eugène Boudin, Emile Loubon. Son œuvre ne s’intègre à aucune école, et certaines de ses toiles sont entrées de son vivant au Louvre.
Dans le cadre de la saison turque, le musée Félix Ziem de Martigues lui a consacré une nouvelle exposition, L’Orient turc de Ziem et de ses contemporains (elle s’est tenue d’octobre 2009 à janvier 2010).

Comment les artistes français ont-il découvert l’Orient et principalement Istanbul, au XIXe siècle ?

De la prise d’Alger à la question d’Orient, l’orientalisme connaît alors un plein épanouissement qui transite du monde scientifique et politique au monde artistique. L’idée de partir en Orient s’impose dans les milieux artistiques en quête de nouveaux horizons, en prévision du travail d’atelier au retour. Le plus connu d’entre eux, Félix Ziem ne s’y rend qu’une fois pour un séjour d’un mois et demi, en 1856, mais il en revient émerveillé et ne cessa de peindre Constantinople, ainsi nommée à l’époque, sa vie durant. Istanbul fut la ville la plus représentée dans ses toiles après Venise, lui qu’on a qualifié de peintre pré-impressionniste puis pré-fauve et d’orientaliste.

Lucienne Del’Furia, conservateur du Musée Ziem de Martigues, revient au tout début de cette émission, sur l’œuvre de Félix Ziem et le fonds d’atelier de l’artiste dont le musée a hérité en 1893, un fonds composé de ses dessins qu’il ne souhaitait pas exposer de son vivant. L’artiste avait installé un atelier à Martigues en 1860 et le musée organise régulièrement des expositions autour de cette collection. Puis Frédéric Hitzel, chercheur au CNRS et commissaire de l’exposition nous invite, en commentant les œuvres et les objets sélectionnés, a effectuer le fameux voyage de Marseille à Istanbul, très prisé à la Belle Epoque.

Charles Labbé (1821-1885), Le Kief, repos du vendredi
Charles Labbé (1821-1885), Le Kief, repos du vendredi
© Périgueux, musée des beaux-arts

En fait, ces artistes attendent de ce voyage de l’exotisme et ne trouvent pas l’Orient qu’il s’étaient imaginé. L’empire ottoman est alors en pleine transformation sociale et économique. Déçus, ils recomposent des architectures et des paysages urbains, comme des scènes de rues, sans rapport avec la réalité. Ils s’inspirent des "petites gens", dans le milieu des marins et des commerçants modestes, qu’ils habillent de vêtements traditionnels, pour désigner les habitants d’Istanbul. La présence du tabac, du café, de chameaux, de chiens, comme les positions oisives des personnages, sont autant d’éléments qui reviennent souvent dans les compositions picturales des peintres orientalistes.
Mais les photographes de l’époque recherchent, eux aussi, cet orient chargé d’exotisme, pour satisfaire le goût de touristes de la fin du XIX e siècle.

Pourquoi préfère-t-on représenter hier comme aujourd’hui un orient pittoresque, imagé, imaginé ? Qu’est-ce qu’un peintre orientaliste ? Les réponses de Frédéric Hitzel contextualisent les œuvres de Ziem, d’Auguste Mayer, de Germain-Fabius Brest, Edouard-Jacques Dufeu ou d’Henri Duvieux. Au fil du temps, Istanbul n’est plus recherchée pour son exotisme par les artistes mais reste une source d’inspiration et de recherche pour des peintres comme Emile Bernard qui ne succombent pas au pittoresque. Le caractère du pays n’est plus une fin mais le moyen d’enrichir sa conception picturale.

Fabius Brest (1823-1900), Caravan sérail à Trébizonde, huile sur toile, 113x167 cm
Fabius Brest (1823-1900), Caravan sérail à Trébizonde, huile sur toile, 113x167 cm
© Marseille, Musée des beaux-arts

Pour en savoir plus

- Musée Ziem de Martigues
- Conservateur en chef du musée Ziem de Martigues : Lucienne Del’Furia
- A l’occasion du centenaire du Musée Ziem, est sorti le livre de Nathalie Bertrand, Le XIXe siècle de Ziem, Images en Manœuvre Editions, juin 2008.

- Biographie de Frédéric Hitzel : Frédéric Hitzel est docteur en histoire et diplômé de langue turque de l’Institut national des langues et civilisations orientales. Ancien pensionnaire de l’Institut Français d’Études Anatoliennes à Istanbul (1990-1995), il est chargé de recherches au CNRS au Centre d’histoire du Domaine Turc à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Spécialiste de l’histoire ottomane à l’époque moderne, il est l’auteur d’Osmân Agha de Temechvar, Prisonnier des infidèles. Un soldat ottoman dans l’Empire des Habsbourg (Sindbad/Actes Sud, 1998) ; L’Empire ottoman, XVe-XVIIIe siècles (Les Belles-Lettres, 2001) ; Artisans et commerçants du Grand Turc (Les Belles-Lettres, 2007) ; de Couleurs de la Corne d’Or. Peintres voyageurs à la Sublime Porte (ACR Édition, 2002) ; avec Mireille Jacotin, Iznik. L’aventure d’une collection. Les céramiques ottomanes du musée national de la Renaissance (Paris, Réunion des musées nationaux, 2005).
Passionné d’art, il a été membre du comité scientifique des expositions pour le musée de Versailles en 1999 et pour le Louvre en 2000.
Dans le cadre de la Saison de la Turquie en France, il a été commissaire de l’exposition De Marseille à Istanbul. L’Orient turc de Ziem et de ses contemporains (musée Félix Ziem de Martigues)

- Saison turque
- Les artistes d’origine turque sont mal connus, alors que nombre d’entre eux ont été très impliqués dans les mouvements artistiques parisiens. Cette exposition regroupe les œuvres de 9 peintres : Fikret Mualla, Abidin Dino, Hakki Anli, Selim Turan, Avni Arbas, Mubin Orhon, Albert Bitran, Nejat Devrim, Remzi.

Exposition du 25 février au 4 avril 2010 - L’Ecole de Paris Turque - Paris au Musée du Montparnasse

A écouter aussi sur Canal Académie Les céramiques ottomanes d’Iznik ou l’aventure d’une prodigieuse collection






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