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Joseph Bonaparte : une nouvelle image du frère aîné de Napoléon

Par Vincent Haegele, invité par Laetitia de Witt
L’histoire a porté un jugement sévère sur le frère aîné de l’empereur : faible, paresseux, manquant de courage et de détermination. Avec Vincent Haegele nous découvrons un personnage bien plus complexe et intéressant, un Joseph ni soumis ni gentil mais charmeur et cultivé, imprégné des tragédies cornéliennes et surtout un Joseph ambitieux, fasciné par le pouvoir.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : hist596
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist596.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida5504-Joseph-Bonaparte-une-nouvelle-image-du-frere-aine-de-Napoleon.html
Date de mise en ligne : 28 mars 2010

Dans son ouvrage, Napoléon et Joseph Bonaparte. Le pouvoir et l’ambition, Vincent Haegele s’est livré à une étude comparée des parcours de Napoléon et de son frère aîné, Joseph. On y découvre beaucoup d’informations inédites, en particulier sur Joseph, dont il n’existe pas de biographie récente.

- Né en 1768, Joseph est d’abord destiné à l’état ecclésiastique avant d’opter pour le droit. Ses jeunes années se partagent entre la Corse et le continent où la famille Bonaparte trouve refuge. Installé en Provence aux côtés des siens, Joseph rencontre Julie Clary, fille d’un négociant de Marseille, qu’il épouse le 1er août 1794. Deux filles naîtront de cette union, Zénaïde et Charlotte.

- Après la chute de Robespierre, Napoléon alors à Paris s’essaie dans les affaires sans y parvenir pendant que Joseph, à Gênes, profite d’une situation paisible. L’intervention de Napoléon le 13 vendémiaire inverse les choses. Son ascension est désormais imperturbable : en novembre 1795, il est nommé général en chef de l’Armée intérieure puis général en chef de l’Armée d’Italie. Joseph perçoit aussitôt qu’il peut profiter de l’ascension de son frère. C’est ainsi qu’il devient commissaire des guerres à l’armée d’Italie avant d’entamer, en 1797, une carrière diplomatique qui le mène d’abord à Parme puis à Rome. A son retour d’Italie, il siège au conseil des Cinq-Cents où il avait été élu en 1797. Son rôle y est décisif lors du coup d’Etat du 18 Brumaire. Précisons que les préparatifs du coup d’Etat avaient eu lieu dans sa propriété de Mortefontaine qu’il venait d’acquérir. Tout en conservant sa fidélité à son frère, Joseph affirme peu à peu son indépendance. Ainsi Mortefontaine, propriété magnifique à laquelle Joseph tient beaucoup, devient le lieu de rassemblement d’hommes souvent opposés à Napoléon. Les relations amicales de Joseph avec Germaine de Staël froissent particulièrement le futur empereur. En fait, Joseph se plaît à incarner le représentant officieux de l’aile libérale. Par la suite, il n’aura de cesse de cultiver l’image d’un roi philosophe.

- Sous le Consulat, Joseph poursuit sa carrière diplomatique et se voit confier des missions d’une grande délicatesse : il signe le traité de Mortefontaine (1800) avec les États-Unis, la paix de Lunéville (1801) avec l’Autriche et la paix d’Amiens (1802) avec le Royaume-Uni. Entre temps, il joue également un rôle important dans la négociation du Concordat.

Vers le royaume de Naples
- En 1804, la proclamation de l’Empire soulève la question de l’hérédité et l’amène à défendre ses droits. Dans un premier temps, Napoléon souhaite adopter le fils aîné de Louis pour en faire son successeur. Joseph, outré, manigance pour faire admettre les droits des frères de l’empereur sur la Couronne. Sur ce point, la position de Joseph est claire : il entend bien représenter l’alternative en cas de disparition subite de l’empereur. En définitive, il est titré prince français et assure la régence de l’Empire pendant la campagne de 1805. Cette régence lui assure-t-elle la confiance de Napoléon qui l’envoie peu de temps après à la tête du royaume de Naples ? Ou, au contraire, Napoléon craint-il que son frère ait prit goût au pouvoir, aussi cherche-t-il à l’éloigner ? Selon Vincent Haegele, il s’agit un peu des deux. Toujours est-il que Joseph devient roi de Naples le 31 mars 1806. Que retenir de son règne ? Il fait tout d’abord apparaître un trait de caractère inhérent à la personnalité de Joseph : son besoin d’être aimé. Aussi, met-il un soin particulier à se faire admettre par ses sujets. Il multiplie les voyages dans son royaume pour aller à la rencontre de la population à laquelle il se présente sous le masque du bon père de famille. Plus concrètement, le règne de Joseph s’accompagne d’une régénération complète des institutions. Grâce à une équipe compétente (Saliceti, Roederer…) il réforme le système judiciaire, éducatif et financier. Après deux ans à la tête du royaume de Naples, Joseph est convoqué à Bayonne par Napoléon qui vient d’obtenir la double renonciation des Bourbon au trône d’Espagne. Sur ordre de l’empereur, Joseph remet son royaume à son beau-frère Joachim Murat et accepte la couronne d’Espagne. S’ouvre alors une période difficile pour Joseph marquée par sa rupture avec Napoléon.

Le guêpier espagnol

Le règne ibérique de Joseph est largement occupé par les combats menés à la fois contre les insurgés des Cortès et contre les anglais - commandés par le général Wellesley, futur duc de Wellington. Aux difficultés militaires s’ajoutent des rapports houleux avec les maréchaux commandants les forces françaises. Contestant ses capacités militaires, ils refusent en effet de lui obéir. Il faut préciser que la marge de manœuvre de Joseph en Espagne est d’autant plus réduite que le pays est au bord de la banqueroute. Joseph multiplie les appels au secours envers son frère qui, au lieu de lui venir en aide, critique sa façon de gouverner. Il est accusé de mener une politique nationaliste contraire au système impérial. Le contentieux porte sur les indemnités de guerre dues par l’Espagne et sur les dépenses liées à l’armée. Alors que Joseph se débat dans une situation inextricable, Napoléon se lasse des perpétuelles demandes en hommes et en argent faites par son frère et finit par se détourner de l’Espagne.

Si l’on se fie à Vincent Haegele, une des principales erreurs de Napoléon en Espagne a bien été de prendre Joseph à la légère. Pourtant, malgré le contexte ardu, Joseph ouvre le chantier de la réorganisation de l’Etat. Mais, ne disposant ni du pouvoir militaire ni d’argent, il n’est pas en mesure d’imposer les réformes. Obligé de fuir deux fois Madrid devant l’approche des armées ennemies, Joseph finit par quitter son royaume en 1813.

La chute
- De retour en France, il est étonnant de constater la rapidité avec laquelle Joseph revient aux affaires, en dépit de son échec espagnol. Lieutenant-général de l’Empire en 1814, Napoléon lui confie la réalité du pouvoir lors de la campagne de France. Y commet-il sa dernière erreur ? Le 28 mars, il ordonne à la Cour de quitter Paris. Cet acte lui a été vivement reproché. Beaucoup y voient le sacrifice de l’avenir entier de la dynastie.
- Après les Cent-Jours et l’abdication de Napoléon, Joseph se réfugie aux Etats-Unis, près de Philadelphie. Il revient en Europe à la fin de sa vie, d’abord en Angleterre puis en l’Italie où il meurt le 28 juillet 1844.

Présentation de l’éditeur

Personnage contrasté, souvent incompris, malheureux dans sa carrière militaire, Joseph Bonaparte souffre d’une image particulièrement négative au regard de la légende qui auréole la statue de son cadet, Napoléon. " Roi dilettante " ou simple paresseux, le " meilleur des frères " apparaît comme un homme faible acceptant " deux couronnes arrachées à deux familles étrangères légitimes ". Et pourtant, l’aîné de l’Empereur fut un pilier du nouveau régime instauré après le coup d’Etat du 18 brumaire. Devenu roi de Naples puis roi d’Espagne, Joseph tente, sans succès, de marier le principe de solidarité familiale et ses propres conceptions du pouvoir. Ne parvenant pas à éviter les tensions avec le maître de l’Europe, il se mue peu à peu en un opposant résolu.

C’est la relation complexe, et parfois violente, du roi et de l’empereur que présente et explique cette étude. Vincent Haegele, à partir d’archives personnelles et d’une abondante correspondance, aborde leur éducation, leur parcours sous la Révolution, le " laboratoire " napolitain et l’échec espagnol ainsi que les jours sombres de la campagne de France. Voici enfin une lecture précise des liens qui unissaient Joseph et Napoléon Bonaparte ; l’histoire fascinante de deux frères dont les vies furent intimement mêlées à celle de la France de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle.

Biographie de l’auteur

Ancien élève de l’Ecole nationale des chartes, archiviste paléographe, Vincent Haegele a publié chez Tallandier Napoléon et Joseph. Correspondance intégrale, 1784-1818 (2007). Il est aujourd’hui conservateur à la bibliothèque universitaire de Lettres de Picardie.






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