20 mars 1921 : plébiscite en Haute-Silésie

Avec le lieutenant-colonel Rémy Porte, historien, professeur à l’Ecole Militaire
Le 20 mars 1921, en vertu de l’application du traité de Versailles, la Haute-Silésie, est appelée aux urnes pour décider de son appartenance à l’Allemagne ou à la Pologne… Le lieutenant-colonel Rémy Porte, auteur de Haute-Silésie 1920-1922, revient sur un épisode oublié de l’histoire qui pourtant constitue la première opération multinationale d’interposition entre des factions en lutte et déclencha l’une des plus graves crises européennes des années 1920.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références Émission afficher
Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : hist595
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist595.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida5441-20-mars-1921-plebiscite-en-Haute-Silesie.html
Date de mise en ligne : 14 mars 2010

Au lendemain de la Première Guerre Mondiale, les nationalistes polonais prônent la renaissance d’un État indépendant et démocratique dont les frontières devraient être fixées lors de la Conférence de Paix. En attendant, des combats éclatent entre les Polonais et leurs voisins (Allemands, Russes, Ukrainiens, Tchèques, Lituaniens) pour des contestations de frontières. La situation est particulièrement tendue en Haute-Silésie, riche région minière que l’Allemagne et la Pologne se disputent. Alors que le traité de Versailles est en cours de ratification, le 15 août 1919, des gardes-frontières allemands (Grenzschutz) massacrent dix civils silésiens dans la mine de Mysłowice. Ce mouvement déclenche la première insurrection polonaise contre l’autorité allemande en Haute-Silésie et s’accompagne d’une grève générale de 140 000 mineurs polonais. En fait, les mineurs exigent que la police et les autorités soient composées aussi bien de polonais que d’allemands. Environ 21 000 soldats de l’Armée nationale de la République de Weimar et 40 000 soldats réservistes répriment rapidement le soulèvement. Environ 2 500 polonais sont emprisonnés ou exécutés et 9 000 autres se réfugient en Pologne. C’est dans ce contexte qu’est finalement ratifié le traité de Versailles. Que prévoit-il pour la Haute-Silésie ?

Si le traité de Versailles fixe effectivement les limites occidentales du jeune État polonais, le cas de la Silésie demeure flou. Ce territoire, situé au sud-ouest de la Pologne, a été rattaché à la Prusse au milieu du XVIIIème siècle tout en conservant une forte population de culture polonaise, en particulier dans sa partie méridionale, la Haute-Silésie, qui est aussi la plus industrialisée. Dans un premier temps, les alliés répondent positivement à cette revendication polonaise jusqu’à un revirement de dernière minute du premier ministre britannique, Lloyd George, qui se rend aux arguments allemands. Le 14 juin 1919, malgré les mises en garde de Clemenceau, il est décidé que la question de la Haute-Silésie sera soumise à plébiscite (article 88).

Cette annonce est à l’origine de l’insurrection polonaise de l’été 1919. Aussi, afin de mettre fin aux troubles et d’assurer la régularité de la consultation, le traité de Versailles prévoit-il la mise en place d’une commission internationale. Envoyée sur le terrain en février 1920, cette commission prend le nom de Commission Interalliée de Gouvernement et de Plébiscite (C.I.G.P). Elle est dirigée par le général français Le Rond et s’installe à Opole, capitale de la Haute-Silésie. Composée de français, d’italiens et de quelques britanniques, elle ne dispose que de forces réduites et ne parvient pas à empêcher les troubles de se poursuivre. Une seconde insurrection polonaise éclate en août 1920. L’urgence du plébiscite se fait évidente, la date du 20 mars 1921 est alors arrêtée.

Le 20 mars 1921, le plébiscite se déroule dans le calme. On compte 707 605 voix pour l’Allemagne, 479 359 pour la Pologne. Les Allemands ont donc une majorité de 228 246 voix. Dès le lendemain, quatre drapeaux noir-rouge-or sont hissés sur le Reichstag pour annoncer la victoire de l’Allemagne qui aussitôt défend le caractère indivisible de la province. De leurs côtés, les gouvernements britannique et français sont en désaccord sur l’interprétation du plébiscite. Le triangle industriel délimité par les villes de Bytom, Gliwice et Katowice est la principale pomme de discorde. Les Français veulent qu’il aille à la Pologne pour y constituer une base industrielle et affaiblir l’Allemagne. Les Britanniques, soutenus par les Italiens, veulent qu’il reste en Allemagne pour assurer le paiement des réparations de guerre. À la fin d’avril, des rumeurs prétendent que la vision britannique l’emporte : la Haute-Silésie resterait allemande. Ces rumeurs déclenchent, le 2 mai 1921, la troisième insurrection polonaise, la plus violente. Au sein de la Commission Interalliée, les dissidences ne font que s’accentuer et bloquent l’action du général Le Rond. Il se trouve en effet à la tête de troupes françaises d’occupation en général favorables à l’insurrection alors que les contingents britanniques et italiens coopèrent avec les allemands.

Après un premier succès des insurgés, qui s’emparent d’une grande partie de la région, les allemands organisent leur résistance. Les conditions d’un armistice sont finalement acceptées par les insurgés polonais et les allemands le 24 juin. Or, le Conseil suprême des forces alliées n’est toujours pas en mesure de parvenir à un accord sur le tracé de la frontière. Britanniques et Français ne peuvent s’entendre sur une solution et finissent par faire appel à la Société des Nations. Celle-ci décide de créer une commission d’enquête regroupant des pays non impliqués dans le dossier. Après avoir interrogé polonais et allemands de la région, la commission préconise de s’en remettre à l’auto-détermination et accorde la plus grande partie du district industriel de la Haute-Silésie à la Pologne. Un compromis est trouvé mais les rancœurs restent profondes. Les Allemands vont parler de "diktat". Le jour de la ratification du texte par le Reichstag, le drapeau allemand est mis en berne. La décision finale est entérinée par une convention germano-polonaise, signée le 15 mai 1922 à Genève en vue de la cession des territoires. Le début du retrait des troupes alliées, remplacées par des troupes allemandes et polonaises, commence le 18 juin 1922.

Présentation de l’éditeur

Aux premiers jours de février 1920, en application du traité de Versailles, une division française renforcée est déployée en Haute Silésie pour préparer un plébiscite qui doit permettre à la population de cette région de choisir entre le maintien au sein de l’Allemagne vaincue et le rattachement à la Pologne renaissante. Des contingents italiens et britanniques doivent participer à cette mission internationale, placée sous l’autorité d’une Commission interalliée de gouvernement et de plébiscite dont le président est le général français Le Rond. Dans le contexte trouble de l’est européen durant l’immédiat après Première Guerre mondiale, les fonctionnaires civils et les soldats alliés doivent à la fois assurer la sécurité et l’ordre public, rechercher les milices et les caches d’armes, se préserver des attentats, tout en garantissant la sincérité des opérations électorales et en apportant aide et assistance aux populations locales en détresse. Confrontée aux combats de grande ampleur qui opposent quelques 100 000 insurgés polonais et irréguliers allemands en mai-juin 1921, la force internationale, numériquement surclassée, parvient pourtant à imposer une zone démilitarisée progressivement étendue à l’ensemble de la province avant sa partition, malgré la crise diplomatique majeure qui oppose Paris, Londres et Rome. Trop souvent oubliée dans l’historiographie générale, cette première opération moderne d’interposition entre des factions en lutte, riche d’enseignements, mérite d’être redécouverte à l’aune des engagements actuels des principales armées occidentales.

Biographie de l’auteur Le lieutenant-colonel Rémy Porte, diplômé de sciences politiques et docteur habilité en histoire contemporaine, est actuellement affecté à l’Ecole supérieure des officiers de réserve spécialistes d’état-major. Son champ de recherches s’étend essentiellement aux opérations extérieures sous les IIIe et IVe républiques, aux rapports politicomilitaires, à l’organisation du commandement, aux questions de renseignement et de logistique.

- Le lieutenant-colonel Rémy Porte est venu présenté le Dictionnaire de la Grande Guerre 1914-1918 sur Canal Académie, retrouvez-le en cliquant ici.






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires