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Secret bancaire et nuances du secret

Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost

L’expression « secret bancaire », qui désigne l’obligation qu’ont les banques de ne pas divulguer d’informations sur leurs clients à des tiers, s’entend dans tous les débats actuels sur les paradis fiscaux ; pourtant, si les deux termes sont anciens, la combinaison des deux est récente. De secret, notre vocabulaire n’en a aucun pour le lexicologue Jean Pruvost, qui perce pour nous les coffres-forts de cette expression.


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Segrettement ou secrètement…

En 1571, c’est à Maurice de La Porte que l’on doit un ouvrage passionnant intitulé Épithètes, destiné à mettre à la disposition des écrivains de la Renaissance des listes d’adjectifs épithètes pouvant accompagner chacun des principaux substantifs. Rappelons que le mot épithète vient du grec épitheton, « qui est ajouté », ajouté en l’occurrence au nom sans lui être relié par un verbe.
C’est dans cette sorte de dictionnaire d’adjectifs qualificatifs qu’on bénéficiera en vérité de l’un des tout premiers articles consacré au secret rédigé en français. En fait, il s’agit du secret ou du segret, les deux prononciations et les deux orthographes étant effectivement jadis possibles.

Comment le secret ou le segret étaient-ils alors qualifiables ? Les adjectifs ne manquent pas : le secret pouvait en effet être « caché, profond, indicible », ou bien « mystérieux, couvert, murmuré, haut, latent, privé, taciturne », ou encore « cellier de l’âme, pensif, mental ». Avouons-le, un secret « cellier de l’âme », en quelque sorte gardé en l’âme comme dans une chambre forte, ou un secret « pensif, mental », voilà quelques formules disparues qui ne manquaient pas de charme…

Il en va de même de la prononciation de la lettre c qui au XVIe comme au XVIIe siècle était différente de la nôtre pour certains mots : ainsi on disait non pas Claude mais Glaude, tout en l’écrivant avec un c, à la manière de « second », mot dans lequel aujourd’hui le c reste toujours prononcé g. « Quelques-uns prononcent segret », rappelle au reste encore Pierre Richelet en 1680, le secret étant, déclare-il, cette « chose cachée qu’on tient cachée sans la communiquer ». La misogynie presque inconsciente du moment pousse d’ailleurs le bon lexicographe à imaginer un exemple qui paraîtrait aujourd’hui incongru : « Il n’y a guère de femmes secrettes », c’est-à-dire sachant garder un secret. On écrivait alors « secrète » avec deux t et sans accent :(...)


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