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Eclairage sur la politique étrangère de la France avec Jean-David Levitte, de l’Académie des sciences morales et politiques

Le conseiller diplomatique à l’Elysée s’entretient avec Jacques Paugam
Jean-David Levitte, de l’Académie des sciences morales et politiques, est conseiller diplomatique à l’Elysée depuis 1995 et représentant de la France auprès de l’office des Nations Unies à Genève. Ancien ambassadeur à Pékin et à Washington, figure majeure de la politique étrangère française, il analyse ici les grands enjeux internationaux d’hier et d’aujourd’hui, le rôle spécifique que l’Europe et la France ont à y jouer. Entre analyse du passé, décorticage des enjeux actuels et ouverture sur l’avenir, il nous offre un regard éclairant et panoramique sur la France, l’Europe et les relations internationales.


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : ECL612
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/ecl612.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 31 janvier 2010

Emission enregistrée le 21 janvier 2010. Le texte ci-dessous ne retranscrit pas l’intégralité des propos de notre invité mais les résument en les respectant au mieux. Pour en saisir toute la portée et les nuances, il convient d’écouter l’émission.

Jacques Paugam propose d’aborder plusieurs thèmes.
- les changements sur le plan international depuis 1995
- aujourd’hui, les plus grandes urgences
- place de la France, sa spécificité
- questions plus personnelles.

L’évolution des enjeux internationaux : entre harmonie et rivalités

À son entrée en fonction auprès de Jacques Chirac en 1995, explique notre invité, le monde laissait tout juste derrière lui cinq décennies d’ordre bipolaire pour entrer dans une décennie unipolaire. Après la chute du mur de Berlin et le démantèlement de l’Union soviétique, la vie internationale, jusqu’alors structurée par l’opposition entre États-Unis et URSS, se trouvait soudainement dominée par la seule superpuissance américaine. Et ce jusqu’en 2001-2003, années où les attaques du 11 septembre (auxquelles il a "assisté" de son bureau aux Etats Unis) et l’entrée en guerre contre l’Irak ont montré les limites de cette grande puissance.

Jean-David Levitte, Académie des sciences morales et politiques, grande salle des séances, Institut de France, 8 juin 2009
Jean-David Levitte, Académie des sciences morales et politiques, grande salle des séances, Institut de France, 8 juin 2009
© Canal Académie

Depuis 2003, nous entrons progressivement dans un monde multipolaire. Plus qu’à un amoindrissement de la puissance américaine, dont les atouts sont intacts, c’est à l’essor parallèle - et parfois fulgurant - d’autres puissances que l’on assiste. L’évolution la plus massive est bien sûr celle de la Chine, propulsée du rang de pays pauvre à celui de premier exportateur mondial, devant l’Allemagne, et bientôt à celui de deuxième économie mondiale, derrière les États-Unis et à la place du Japon. Mais avec la Chine, ce sont l’Inde, le Brésil et même la Russie (qui retrouve peu à peu ses marques sur la scène internationale). La conjoncture actuelle rappelle un peu « le concert des Nations » du XIXe siècle, situation d’équilibre entre plusieurs pôles, ayant prévalu à partir de 1815, avant d’évoluer vers la cristallisation de deux alliances antagonistes et de déboucher sur la guerre en 1914.
- Aussi la question fondamentale aujourd’hui est-elle aux yeux de Jean-David Levitte de savoir si le nouvel ordre multipolaire du monde demeurera harmonieux ou aboutira, comme le concert des Nations à la fin du XIXe, à des confrontations.
- "la vraie question de notre temps : comment bâtir un monde multipolaire harmonieux ?"

La crise financière... un défi extraordinaire !

Notre invité la voit comme un défi extraordinaire, qui a montré à quel point la coopération internationale est indispensable dans un monde globalisé et évoluant au rythme de l’immédiateté. Les problèmes d’aujourd’hui, qu’il s’agisse du terrorisme, du réchauffement climatique ou des pandémies, ne connaissent pas les frontières et exigent de la communauté internationale une réactivité concertée et rapide. L’écho de la faillite de la banque Lehman Brother, le 15 septembre 2007, n’a mis que quelques heures à résonner à travers le monde, entraînant presque aussitôt la chute spectaculaire des bourses, de New-York à Hong-Kong, de Bombay à Londres et à Paris. Or, constate Jean-David Levitte, "comme nous n’avions alors aucune structure organisée pour traiter ces problèmes dans l’immédiateté, il a fallu inventer".

N’assiste-t-on pas à l’ankylose progressive des structures héritées de la Seconde guerre mondiale telles l’Organisation des Nations Unies ?

En effet, la vie internationale actuelle repose sur des institutions datant de 1945, issues de la charte de San Francisco et des accords de Bretton Woods, rappelle le conseiller diplomatique de l’Élysée. Mais alors que les Nations Unies ne comptaient à l’époque qu’une cinquantaine d’États membres, elles en dénombrent aujourd’hui 192 ! Il faut donc considérer, ajoute notre invité, que la priorité absolue de la vie internationale actuelle réside dans l’adaptation de l’ONU, du Fonds Monétaire International et de la Banque mondiale aux nouvelles réalités de notre temps. Le drame actuel étant précisément que l’on « n’y parvient pas », déplore-t-il : « nous n’avons pas la gouvernance efficace nécessaire pour traiter ces problèmes globaux »

Les grandes urgences internationales actuelles

- Haïti. Interrogé sur la solidarité franco-américaine, qui s’est récemment manifestée au sujet de l’aide apportée à Haïti, M. Levitte argue qu’il serait « absurde et ridicule » de voir les pays apportant leur secours se disputer sur le rôle à attribuer à chacun. « Ce qui manque là encore, c’est un capitaine qui indique la marche à suivre. » À la tragédie sans précédent vécue par les Haïtiens, s’ajoute celle des 300 disparus de la force des Nation Unies et celle de la mort de leur chef de mission, Hedi Annabi et de ses collaborateurs. Pour organiser les secours, il n’y avait plus que les équipes des Nations Unies et il a fallu inventer, dans l’urgence, des règles de répartition du travail, en collaboration avec les équipes américaines, canadiennes et brésiliennes, très présentes sur place. Jean-David Levitte refuse d’interpréter l’implication des États-Unis – et celle de la France – dans les opérations de sauvetage, comme une volonté d’imposer quelque impérium que ce soit dans la gestion des affaires mondiales. «  Nous devons féliciter les États-Unis d’avoir réagi aussi vite que nous. », ajoute-t-il, notant que la rapidité d’action des Français et des Américains est d’abord une conséquence de la proximité géographique de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Floride avec Haïti, qui a permis aux deux nations de travailler main dans la main. "Et ce n’est pas facile dans l’urgence, on voudrait toujours faire mieux".

-  L’Après Copenhague. Concernant la mise en œuvre des décisions prises à Copenhague, le conseiller diplomatique de l’Élysée revient sur le déroulement du sommet. Il note que le texte présenté alors comportait 91 « crochets », soit 91 questions, ne faisant encore l’objet d’aucun accord et sur lesquelles il eut fallu se mettre d’accord en seulement 24 heures ! Bien que les négociations aient été engagées depuis 2 ans, la lourdeur des démarches onusiennes n’avait donc pas permis d’aboutir à des accords satisfaisants. Face à l’urgence de la situation, une réunion restreinte mais représentative de 28 États a alors été improvisée sur place, sur proposition de la France, pour aboutir dans la nuit à l’ « accord de Copenhague », accord certes insuffisant mais constituant une bonne base pour la suite du travail. En somme, résume Jean-David Levitte, l’expérience a prouvé que les négociations à 192 étaient presque impossibles. Il préconise donc, parallèlement aux réunions à 192, la poursuite d’un travail de ce groupe des 28, qui se réunirait chaque mois, afin que le nouveau texte présenté lors du prochain sommet de décembre au Mexique, soit quasiment finalisé.

-  L’Afghanistan. Pour Jean-David Levitte, la guerre en Afghanistan est une guerre « juste » et « nécessaire », à la différence de la guerre « de choix » menée en Irak par les États-Unis. Le fait qu’aucune arme de destruction massive n’ait été découverte en Irak a confirmé le caractère injustifié de cette guerre. À l’inverse de quoi, la guerre en Afghanistan, a été approuvée par toute la communauté internationale à travers les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et implique les forces armées d’une cinquantaine de nations. Il ne faut pas oublier, rappelle-t-il, que le retour d’Al-Qaïda à Kaboul serait une catastrophe pour la sécurité mondiale et que les premières victimes des talibans sont des musulmans, qu’ils soient d’Afghanistan d’ Irak ou du Pakistan. Le 28 janvier 2010 se tiendra à Londres une conférence internationale, destinée à tracer en collaboration avec Hamid Karzaï une « feuille de route » et à tirer les leçons de ce qui n’a pas fonctionné en Afghanistan. Cette conférence est l’initiative de Nicolas Sarkozy, de Gordon Brown et d’Angela Merkel. « Il faut que le gouvernement afghan gouverne, lutte contre la corruption et la drogue », affirme le diplomate. Il s’agit d’accélérer la formation de la police, de l’armée et de l’État afghans, de façon à ce que les pouvoirs puissent être « transmis le plus vite possible » à l’État afghan . « En attendant, ajoute-t-il, nous sommes engagés avec nos alliés pour veiller à ce que la résurgence des talibans soit tenue en échec ». Bien entendu, la réussite de cette feuille de route dépendra du soutien et de l’aide du Pakistan, sans lesquels les talibans pourraient indéfiniment lancer des attaques et trouver refuge de l’autre côté de la frontière. Mais « la bonne nouvelle », indique Jean-David Levitte, est que les dirigeants pakistanais ont compris que leur pouvoir était lui-même menacé par les talibans et ont décidé de s’attaquer au problème. Il devrait donc être possible, à terme, de prendre « en tenaille » les talibans, entre l’armée pakistanaise d’un côté, et la coalition de plus en plus épaulée par l’armée afghane, de l’autre.

-  L’Irak. M. Levitte s’est prêté au jeu de la politique-fiction, à imaginer l’état actuel du monde, si la guerre en Irak n’avait pas eu lieu. Pour lui, le départ de Saddam Hussein aurait sans doute pu être obtenu sans guerre, par la seule « menace de guerre », par « la pression » et « l’intrusion des missions d’inspection des Nations Unies ». Mais l’important aujourd’hui est « que la démocratie prenne racine en Irak », ajoute-t-il. Les élections qui auront lieu prochainement seront décisives : il faudrait que les coalitions prétendant au pouvoir, reflètent bien « l’équilibre démographique et religieux de la population », de façon à ce que la nation irakienne se refasse, laissant derrière elle l’éclatement néfaste entre zone chiite, zone sunnite et zone kurde. Pour le diplomate, ces divisions sont peu à peu surmontées : les Irakiens forment une très vieille nation, héritière de Babylone, rappelle-t-il : ils sont d’abord fiers d’être Irakiens, fiers de leur histoire et se considèrent depuis longtemps comme « un cœur battant » de la nation arabe. "Le monde a besoin d’un Irak debout".

-  Le Proche-Orient. Le conseiller diplomatique de l’Élysée note que « le monde entier, à commencer par les Palestiniens et les Israéliens eux-mêmes, est maintenant d’accord pour dire qu’il n’y aura de solution qu’à travers la création d’un État palestinien », coexistant en paix et en sécurité avec Israël. Selon lui, l’objectif et le chemin pour y parvenir sont donc bien identifiés : « on sait par exemple que le territoire du futur Etat palestinien sera basé sur les frontières telles qu’elles existaient en 1967 » avec bien sûr des échanges de territoires permettant d’intégrer « le fait que depuis 1967, d’importante villes israéliennes on été créées de l’autre côté de ces frontières ». Mais il faut pour cela que la colonisation d’Israël en Cisjordanie s’arrête. Sur ce point s’opposent deux regards :

  • celui des Israéliens, pour lesquels il faudrait d’abord régler la question de la frontière, ce qui permettrait ensuite, de démanteler les colonies se situant effectivement en territoire palestinien.
  • celui, inverse, des Palestiniens qui consiste à dire que la priorité est de mettre fin à la colonisation puisque le territoire de l’Etat palestinien va prochainement être négocié.

Le problème, selon M. Levitte, est que le premier ministre Netanyahu a annoncé un gel partiel de la colonisation mais a refusé le gel total demandé par le président Obama qui ferait exploser sa coalition. Or les Palestiniens refusent de reprendre les négociations tant que le gel ne sera pas total. Il y a donc une véritable urgence à ce que la communauté internationale fasse tout pour relancer les négociations ; chaque jour qui passe renforçant dangereusement les extrémismes. "C’est indispensable et urgent, nous, Européens et Américains en sommes convaincus".

Vers quel type de gouvernance mondiale nous dirige-t-on ?

Un sujet difficile. Selon M. Levitte, le Conseil de Sécurité, qui compte aujourd’hui 15 membres, dont 5 permanents parmi lesquels la France, devrait être élargi aux pays émergents, même s’il doit demeurer un organe limité dans sa composition. Il pense à l’Inde, au Brésil et à un pays africain, mais aussi à des pays ayant perdu la guerre mais aujourd’hui indispensables sur la scène internationale : l’Allemagne et le Japon. Une réforme urgente et pourtant en panne : il manque toujours une majorité des 2/3 à l’Assemblée générale de l’ONU pour voter cette pertinente réforme du Conseil, note le diplomate.

Quant au G8, initié il y a plus de 30 ans par le président Valéry Giscard d’Estaing (que M. Levitte a servi pendant 6 ans), le président Nicolas Sarkozy a estimé qu’il ne représentait plus le monde tel qu’il se dessinait. Lorsque la crise financière a surgi, c’est lui qui, en sa qualité de président de l’Union européenne qu’il dirigeait alors, a proposé le premier sommet du G20, rappelle le diplomate. Le sommet de Washington, sur lequel cette proposition a débouché, a permis de réagir efficacement et de façon coordonnée, et d’éviter le « sauve qui peut des années 30 où chacun adoptait ses solutions nationales », dont l’addition a « débouché sur une crise catastrophique. » Jean-David Levitte note encore que c’est à l’occasion de ce sommet que les grandes nations ont décidé « de corriger ensemble les tares du système capitalisme financier telles qu’elles étaient apparues. » Dans cette perspective, le sommet de Londres a été décisif puisque des mesures ont été prises. Depuis, à Pittsburgh, des mesures ont été prises pour une meilleure régulation, contre « les bonus excessifs et scandaleux », les paradis fiscaux, ainsi que pour réformer le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale.

Le rôle, la spécificité et la marge de manœuvre de la France sur le plan international

La France, cinquième économie du monde, « reste dans la course des très grandes puissances », rappelle le conseiller diplomatique de l’Élysée, ce qui n’était pas donné au vu de « sa situation exsangue » au lendemain de la guerre. "En 1944/45, il a fallu que le général De Gaulle se batte comme un lion", rappelle-t-il. S’y ajoute, la très grande « créativité » qui caractérise la France : « Nous sommes une nation de très grands ingénieurs et reconnue comme telle », note M. Levitte, en citant les exemples d’Ariane ou du TGV. "Nous avons aussi nos faiblesses mais nous ne devons pas tomber dans le pessimisme". Deuxièmement – et « sans arrogance » précise-t-il - la France est un pays capable de « proposer un chemin au monde », chaque président français, de droite comme de gauche, ayant formulé des propositions, qui, la plupart du temps, ont été acceptées.

Parmi les apports principaux du président Nicolas Sarkozy, Jean-David Levitte cite :
-  le rapprochement de la France avec Israël et avec la Syrie. Il rappelle que la France, acteur majeur, joue un rôle particulièrement important sur la scène du Proche Orient, et qu’ « on parle de la politique arabe de la France » depuis le Général de Gaulle. « Pour pouvoir jouer un rôle, il faut pouvoir parler à tout le monde », explique-t-il, d’où la nécessité d’un rapprochement aussi bien avec Israël que les Palestiniens, aussi bien le Liban que la Syrie.
-  le retour de la France dans la structure intégrée de l’Alliance Atlantique, tenté par Jacques Chirac (en 1995) et réussi par Nicolas Sarkozy. Longtemps instrument de la solidarité occidentale face au bloc de l’Union soviétique, explique M. Levitte, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord s’est vu confier le rôle, après la chute du mur, de « contribuer à la paix », en Bosnie en 1995, au Kosovo en 1997, soit, dans les deux cas, à la demande de la France et de l’Europe sur le sol européen. Et, après l’attentat contre les tours jumelles, la France a participé à la décision internationale prise « sous mandat des Nations Unies, d’envoyer les troupes de l’OTAN, avec d’autres, en Afghanistan. » Autrement dit, il y avait un paradoxe à ce que la France refuse de faire partie du commandement militaire intégré de l’OTAN, alors même qu’elle en était l’un des plus importants fournisseurs de troupes. Depuis ce retour de la France dans l’OTAN, ajoute-t-il, « c’est d’ailleurs un général français qui est en charge de la structure de transformation de l’Organisation pour l’adapter à la situation actuelle. »

M.Levitte insiste également sur l’avenir commun que construisent les Européens, et notamment la France et l’Allemagne, longtemps ennemis héréditaires. C’est une aventure sans précédent dans l’histoire de l’humanité : unir nos vieux Etats, non pas par les guerres mais à travers la volonté librement exprimée de leurs peuples". Nous « vivons en Europe la plus longue période de paix depuis l’Empire romain », constate le diplomate qui affirme que « sans l’Europe, la France n’aurait plus la dimension nécessaire pour exister sur la scène internationale », à une heure où « les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie forment le nouveau concert des Nations. » Cette force de l’Europe s’est affichée à travers l’Euro, l’une des deux monnaies mondiales et qui a traversé la crise sans coup férir, protégeant l’Europe « des à-coups de la crise et des dévaluations compétitives. » Désormais installée comme puissance économique et commerciale, l’Union Européenne doit maintenant émerger comme un acteur politique et militaire global », selon J-D Levitte, ce qui lui est possible avec ses « 500 millions d’Européens. »

N’y-a-t-il pas justement un problème de gouvernance avec cette sorte « d’hydre à trois têtes » que forment, depuis le 1er janvier, M.Zapatero (qui assure pour six mois la présidence tournante de l’Union) M. Van Rompuy (tout nouveau président du Conseil européen) et M. Barroso (président de la commission européenne) ?

Pour Jean-David Levitte, le Traité de Lisbonne - là encore une initiative de la France – a été décisif pour régler la question de la gouvernance européenne en limitant la présidence tournante tous les six mois : désormais pour cinq ans, un homme, va « présider les travaux du Conseil européen et conduire les délégations lors des grands sommets. » internationaux". « Cette continuité est fondamentale pour la visibilité ; il nous reste à avoir la volonté, ajoute-t-il, celle de devenir un acteur global sur la scène internationale. » Et de citer alors, l’opération Atalante, au large de la Somalie, premier dispositif au monde visant, par une force navale européenne, à la prévention et à la répression des actes de piraterie. C’est dans le domaine de la politique étrangère et dans le domaine économique qu’il faut désormais faire un effort d’organisation, selon notre invité. En vue du futur conseil européen du 11 février 2010, la question qu’Herman Van Rompuy a mise à l’ordre du jour est celle de savoir « Comment l’Europe peut sortir plus forte de la crise, dans laquelle nous sommes encore ? »

Sur Jean-David Levitte lui-même... et le moment le plus riche de sa carrière

- Le moment le plus fort de sa carrière ? Il désigne la paix au Cambodge, pays historiquement proche de la France. Directeur d’Asie au Ministère des Affaires Étrangères après la fin du génocide, il se rappelle un pays exsangue, sous la botte des Khmers rouges, sous l’occupation du Vietnam. Les négociations qu’il a menées dans les pas de Claude Martin (son prédécesseur au Quai d’Orsay), ont été pour lui sa « plus grande satisfaction personnelle et professionnelle » : celle de « voir la France jouer tout son rôle pour sauver un peuple du martyr » et de favoriser le départ des troupes vietnamiennes et des Khmers rouges et suite au vote libre cambodgien organisé par les Nations Unies. Cela a été « un très grand succès de la diplomatie française et un moment fort, la renaissance d’un peuple tout entier. »

- Et concernant sa lettre ouverte osée, écrite au président Bush au moment de la crise diplomatique entre Etats-Unis et France au sujet de la guerre en Irak ?

M. Levitte évoque ici une crise « sans précédent », due en partie à l’état de choc persistant des États-Unis à la suite des attentats du 11 septembre. Il rappelle le contexte : dans la presse américaine, des membres de l’administration Bush accusaient quotidiennement la France d’avoir fourni des armes à Saddam Hussein pendant la guerre ou de lui avoir fourni un passeport pour sortir du pays. Cette lettre publique, qui avait alors fait la une des grands journaux, dénonçait une campagne de mensonge et de désinformation « inacceptable entre grandes démocraties ». Cette campagne a cessé dès la publication de la lettre ouverte.

- Et l’évènement qui lui laisse le plus d’espoir ?

Le conseiller diplomatique de l’Elysée invite alors à « regarder du côté de l’Europe », de « cette aventure sans précédent dans l’Histoire de l’humanité ». L’expérience européenne « doit être notre fierté » et doit « servir de référence pour la construction de l’ordre harmonieux et multipolaire du XXIe siècle » car mieux que nulle part dans le monde, « nous avons appris à vivre ensemble, l’art du compromis, conclut-il. Nous avons appris que l’intérêt national de chacun est mieux servi quand on fait un geste à la rencontre de l’autre au service d’une ambition collective plus haute".

Jean-David Levitte, l’académicien

On doit à Jean-David Levitte, élu à l’Académie des sciences morales et politiques en décembre 2007, une grande première dans l’histoire de l’Académie : la remise de son épée d’académicien par le Président de la République à l’Elysée. C’était le 9 décembre 2009.

Comme il est de tradition dans cette Compagnie, il a, dans la grande salle des séances de l’Institut, rendu hommage à son prédécesseur. Ecoutez la retransmission de cette cérémonie Notice de Jean-David Levitte sur la vie et les travaux de Raymond Triboulet






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