Charles de Montalembert, de l’Académie française : ardent défenseur de la liberté

Avec l’historienne, Marguerite Castillon du Perron
Charles de Montalembert, membre de l’Académie française, fut un homme politique majeur du XIXème siècle mais, négligé par la mémoire française, on peine à le croire. Redécouvrons-le avec Marguerite Castillon du Perron qui vient de publier sa biographie. Elle présente un Montalembert en son temps, guidé par un combat difficile, celui de Dieu et de la liberté.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
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Date de mise en ligne : 17 janvier 2010

Charles de Montalembert est né à Londres en mai 1810 d’un père français et d’une mère écossaise. Il est élevé, jusqu’à l’âge de dix ans, par son grand-père, James Forbes, qui lui inculque le goût de l’effort et du travail. De cette petite enfance passée en Grande Bretagne, il conservera toute sa vie une admiration pour les institutions parlementaires britanniques.

A partir de 1819, Charles de Montalembert poursuit ses études à Paris d’abord au lycée Bourbon puis, à l’institution Sainte-Barbe. Etudiant zélé, il fait preuve d’une grande précocité intellectuelle. Ses études ne l’empêchent pas pour autant de développer un cercle important de relations intellectuelles et mondaines : le jeune homme fréquente alors le salon de Madame de Davidoff, assiste aux cours du philosophe Victor Cousin, à ceux de François Rio, professeur d’histoire à Louis-le-Grand. Mais ses amis les plus proches sont alors Léon Cornudet, futur conseiller d’État, et Gustave Lemarcis.

Comme toute sa génération, Montalembert est alors influencé par les idées romantiques. Il rêve de sublime, de génie et de sacrifice. A quinze ans, il prend la résolution solennelle de servir à la fois Dieu et la liberté de la France.

Les débuts du catholicisme libéral

En 1829, il fait ses premiers pas en tant que journaliste dans la Revue française, dirigée par Guizot, Broglie et Barante. Il collabore aussi au Correspondant. A la même époque, il rencontre Victor Hugo, lequel le sensibilisera à l’architecture religieuse. Le 25 juillet 1830, Charles de Montalembert part pour l’Angleterre. Il est à Londres pendant la révolution de Juillet. D’abord favorable à la chute de Charles X, il réprouve ensuite les excès anti-religieux des libéraux. De retour en France, Montalembert est bien décidé à s’engager activement pour défendre la liberté civile et la liberté de l’Église catholique. Sa rencontre avec l’abbé de Lamennais, fondateur en 1830 du journal l’Avenir est décisive en ce sens. Ce nouveau journal allie ultramontanisme (défense de la souveraineté absolue du pape en matière religieuse) et libéralisme (défense de la liberté de conscience, de la liberté d’expression), aspirations démocratiques et catholicisme. Lamennais est secondé par les abbés Gerbet et Lacordaire, qui devient rapidement l’un des amis les plus proches de Montalembert. Le 7 décembre 1830, les rédacteurs de l’Avenir résument leurs revendications : ils demandent la liberté de conscience, la séparation de l’Église et de l’État, la liberté d’enseignement, la liberté de la presse, la liberté d’association, la décentralisation administrative et l’extension du principe électif.

Les contributions de Montalembert dans l’Avenir concernent principalement la liberté d’enseignement et la défense des droits des peuples opprimés. Pour défendre la liberté de l’enseignement, les journalistes de l’Avenir fondent en décembre 1830 l’Agence générale pour la défense de la liberté religieuse, et ouvrent, le 9 mai 1831, une école libre, rue des Beaux-Arts, à Paris. Aux côtés de Lacordaire et de l’économiste Charles de Coux, Montalembert s’improvise alors maître d’école. Après un procès retentissant devant la Chambre des pairs, qui s’achève par la condamnation de cette initiative et la fermeture de l’école, l’Avenir est suspendu par ses fondateurs. En butte à l’opposition d’une majorité des évêques français, ils décident d’en appeler directement au jugement du pape Grégoire XVI.

La condamnation du pape

Le 30 décembre 1831, Lacordaire, Lamennais et Montalembert se rendent donc à Rome. Contre toutes attentes, ils se heurtent à la méfiance du pape. Celui-ci finit, à leur grande déception, par condamner leurs idées libérales dans l’encyclique Mirari Vos du 15 août 1832. Les condamnés se soumettent et renoncent à faire reparaître le titre. Peu après, Montalembert rompt avec Lamennais, à nouveau condamné par le pape en 1834.

En 1836, après de longues hésitations, Montalembert décide d’épouser Marie-Anne de Mérode. Fille du comte Félix de Mérode, héros de l’indépendance de la Belgique en 1830 et conseiller du roi Léopold, et de Rosalie de Grammont, dont le père, le marquis de Grammont, était l’un des principaux actionnaires de l’Avenir, Anna de Mérode est alors âgée de 18 ans. Au lendemain de son mariage, Montalembert se consacre pleinement à sa carrière parlementaire. Entré à la Chambre des pairs depuis 1835, il articule son combat autour de deux thèmes principaux : la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et celle des libertés religieuses, à travers le rétablissement officiel des congrégations religieuses et la liberté d’enseignement. Son engagement contre la loi Villemain (1844), lui assure un certain succès et lui permet d’envisager la formation d’un « parti catholique ». Montalembert arrive à ses fins. Lors des élections législatives de 1846, plus de 140 députés élus sont favorables au parti catholique.

Du ralliement à l’opposition

Après les événements de février 1848, Montalembert se rallie par opportunisme au nouveau régime, la Seconde République. Élu député du Doubs à l’Assemblée Législative en mai 1849, il siège à droite et soutient le président élu, Louis-Napoléon Bonaparte. En 1850, il s’implique aux côtés de Falloux pour élaborer puis défendre la loi sur l’enseignement. Après le coup d’État du 2 décembre, Montalembert réaffirme son soutien à Louis-Napoléon Bonaparte. Par une lettre parue dans l’Univers le 12 décembre 1851, il appelle à voter en sa faveur. Mais la déconvenue est rapide. Peu enclin à l’autoritarisme du pouvoir en place et à la servilité des députés, il passe à l’opposition. Le 22 juin suivant, le grand orateur prononce au Corps législatifs un discours tonitruant qui marque sa rupture avec ce qui sera le Second Empire.

Entre temps, il avait été élu à l’Académie française, le 9 janvier 1851 au fauteuil de Droz. Il y est reçu le 5 février 1852 par Guizot et prononce un brillant discours glorifiant Dieu, la liberté et l’Eglise.

Outre sa carrière journalistique et politique, Montalembert est également l’auteur d’une romantique Histoire d’Elisabeth de Hongrie en 1836 et d’un ouvrage sur Les Intérêts catholiques au XIXème siècle en 1852. A partir de 1860, il fait également publier Les Moines d’Occident depuis Saint Benoît jusqu’à Saint Bernard.

Montalembert meurt le 13 mars 1870 à Paris.

Présentation de l’éditeur

Journaliste, homme politique, historien, voyageur et pèlerin, grand seigneur et gentilhomme campagnard, voire même économiste rural et sylviculteur, mais toujours et d’abord chevaleresque apôtre de Dieu et de la liberté, Montalembert a connu en France et en Europe une gloire dont on a peine aujourd’hui à mesurer l’importance. Par ses relations, ses familiers, ses engagements, il se trouve au coeur de tous les grands débats politiques, intellectuels et spirituels du XIXe siècle dans ce qu’ils ont de plus moderne et de plus éclairant encore pour nous aujourd’hui. Doué d’une intelligence et d’une volonté peu communes associées à une prodigieuse capacité de travail, exaltant à fréquenter, irritant à plus d’un égard mais en définitive d’une désarmante sincérité, Montalembert n’aura cessé d’appeler à la controverse, à la fureur ou aux applaudissements. Exhumant des milliers de pièces d’archives, Marguerite Castillon du Perron nous révèle la complexité d’un homme de combats et de fidélités, qui fut l’un des plus lucides observateurs de la société de son temps et un voyageur infatigable. Ce sont ainsi cinquante années capitales de l’histoire de l’Europe qui nous sont brillamment restituées et rendues vivantes.

L’auteur

Historienne réputée, Marguerite Castillon du Perron est l’auteur de plusieurs biographies qui font référence, parmi lesquelles La princesse Mathilde, Louis-Philippe et la Révolution française, Charles de Foucauld.

Pour en savoir plus
- Charles de Montalembert, immortel de l’Académie française
- Journal intime inédit de Charles de Montalembert. 8 tomes. Honoré Champion. Le tome 7 publié en 2008 a été primé par l’Académie française.







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