Denis Huisman, une faim si dévorante

Portrait biographie d’un correspondant de l’Institut, par Jean Mauduit
Jean Mauduit a rédigé un portrait-biographie de Denis Huisman, correspondant de l’Institut, à l’Académie des sciences morales et politiques dans la section philosophie depuis 1997, intitulé "Une faim si dévorante". Histoire d’un homme qui avait faim de tout, et dont la réussite a attiré bien des jalousies...


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Émission proposée par : Hélène Renard
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Date de mise en ligne : 14 février 2010

Entre Denis Huisman et Jean Mauduit, il existe une amitié de quarante ans : "C’est pour moi, un proche, dit l’auteur, un frère, auquel je suis lié par une affection fidèle au-delà des vicissitudes de la vie".

Le résumer ? "Un enfant malheureux". Mais Huisman reste surtout un philosophe et bien plus, un pédagogue de la philosophie. Il est l’auteur d’un manuel de philosophie "le Huisman-Vergés" qui a rencontré un extraordinaire succès, avec plusieurs millions d’exemplaires vendus.

A cela, Jean Mauduit ajoute : "C’est aussi un satrape, un jouisseur, un homme fidèle à ses amis -pas trop à ses femmes...- généreux et qui promène dans la vie une espèce d’anxiété créatrice qui le caractérise".

L’enfance de Huisman ? Il la vit dans les ors de la République puisque son père, Georges Huisman, est Secrétaire général de l’Elysée. Il rencontre le président Doumergue (il manque même de le blesser avec un coupe-papier !) Après l’assassinat de Doumergue, le père retrouve une fonction importante comme Directeur

Denis Huisman, correspondant de l'Institut de France
Denis Huisman, correspondant de l’Institut de France

général des beaux-arts, ce qui fait fréquenter au petit Huisman tout ce que Paris compte comme artistes et intellectuels. Cependant, il a dix ans quand la guerre et l’exode arrivent. Ses parents, hélas, ont fait le choix de s’embarquer à bord du Massillia (21 juin 1940). On avait fait croire à beaucoup de fonctionnaires qu’ils pourraient continuer la lutte en Algérie. C’était un piège de Pierre Laval. Ordre est donné au Massillia de changer de route pour le Maroc (qui ne fait pas partie du territoire français et donc les embarqués deviennent fuyards et traîtres, arrêtés à Casablanca). Les Huisman vont errer en Afrique du Nord et vivre comme des traîtres... et comme ils sont juifs, tout devient extrêmement difficile. Or, le père, honnête et qui veut se justifier, rentre en France au mépris du danger. La famille se retrouve dans un minuscule appartement dans la banlieue de Marseille, et même terrés dans une fermette de Provence.

Denis Huisman va orienter sa vie par défi contre l’autorité du père. A l’école il se montre très brillant, travailleur acharné. Cependant, il ressent douloureusement sa condition d’enfant juif. Il ne passera pas l’agrégation, se contentant de collectionner les licences. "Il fait le tour de la citadelle universitaire sans y pénétrer, notamment parce que s’étant marié jeune, il est rapidement chargé de famille et doit gagner sa vie". Il va donc donner des leçons particulières, courant tout Paris, travaillant nuit et jour, sans avoir le temps de préparer l’Ecole Normale ou l’agrégation. Son père, qui régnait sur la culture française, en est accablé. Et Denis refusera toujours le diktat de l’Université comme celui de son père, et celle-ci lui fera payer cher car l’universitaire n’aime pas qui "marche sur ses plates-bandes".

L’enseignant

Denis Huisman veut former des hommes pour travailler dans la cité des hommes : voilà son idéal pour l’enseignement. Il veut que le système débouche sur un métier, un travail. D’aventures en aventures, il va multiplier les provocations envers le système universitaire officiel, il sera même obligé de comparaître devant un jury du rectorat et échappera de peu à l’interdiction d’enseigner. Néanmoins, le cours Huisman qu’il crée séduira de nombreux élèves.

"Il commence à attirer sur lui l’attention réprobatrice de ses pairs. Il ne fait rien comme les autres, cela agace. Surtout, il accumule les succès. La réussite en France n’est pas populaire, a fortiori lorsqu’elle s’accompagne d’une prospérité visible..." (page 167 du livre).

L’affamé

De plus, c’est un boulimique de fonctions, d’honneurs, de titres, ce qui lui attire méfiance et jalousies... Il a faim de tout (il mange beaucoup), d’où le titre du livre. Et Jean Mauduit explicite donc, avec des mots choisis et délicats, la personnalité psychologique de Denis Huisman.

Le philosophe

Le chapitre que Mauduit consacre à la philosophie de Huisman mérite

Jean Mauduit
Jean Mauduit

tout particulièrement la lecture. Huisman a longtemps été séduit par l’existentialisme de Sartre, puis par celui de Gabriel Marcel, son ami et mentor qui va le tirer vers une vision de la vie où la pensée de Dieu n’est pas absente. Dans ses cours, il devient en quelque sorte un spécialiste de l’existence de Dieu... Cette foi a cependant ses limites puisque pour lui, la vie après la mort n’est pas admissible. La mort d’ailleurs n’a pas épargné Huisman, celle de son père, de ses deux frères, deux de ses enfants, deux de ses quatre épouses... Dans cette destinée d’un homme qui réussit, il y a aussi des éléments tragiques, le chagrin, la maladie, la malchance "Sa vie est un résumé des bonheurs et des malheurs d’un homme ; ce destin à la Shakespeare, c’est ce qui m’a donné envie d’écrire cette biographie" conclut Jean Mauduit en terminant cette émission.

"Une faim si dévorante" par Jean Mauduit est paru aux éditions Jean Picollec, 2009.






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