Michel Rouche : Petite histoire du couple et de la sexualité

Un ouvrage primé par le prix "Leroy-Beaulieu" de l’Académie des sciences morales et politiques
Les évolutions en matière de sexualité semblent modifier les mentalités. Face à ces bouleversements, il est bon de prendre du recul, réfléchir et faire appel au temps long : celui de l’histoire. Michel Rouche, historien et professeur émérite à l’université Paris-Sorbonne, nous y invite dans cet entretien avec le philosophe Damien Le Guay. Quelques idées généralement admises sont ici mises à mal...


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Émission proposée par : Damien Le Guay
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Date de mise en ligne : 12 février 2010

L’historien Michel Rouche est l’auteur de Petite histoire du couple et de la sexualité (CLD Editions, 2008) – entretien avec Benoit de Sagazan. Ce livre a reçu, le 16 novembre 2009, le « prix Leroy-Beaulieu » décerné par l’Académie des Sciences morales et politiques. C’est autour de ce dernier livre que Damien Le Guay s’entretient avec lui pour avoir son point de vue, ses perspectives historiques et ses mises au point nombreuses sur les bouleversements relatifs à la manière de considérer et de vivre la sexualité.

lithographie d'Otto Mueller, 1919
lithographie d’Otto Mueller, 1919

En matière de sexualité, remarque Damien Le Guay, on nous dit que nous sommes libérés. Mais libérés de quoi ? Un mot d’ordre a dominé mai 1968 : « vivre sans temps mort et jouir sans entraves ». Mais certains disent, désormais, que cette libération sexuelle loin de nous affranchir, nous a, au contraire, asservis aux intérêts du marché – y compris dans l’espace de l’intimité. Nous assistons à bien des bouleversements de mœurs avec, en 1999, le PACS et désormais la perspective du mariage homosexuel. Mais beaucoup y voient une révolution anthropologique, certains pour s’en réjouir, d’autres pour le déplorer.

Pascal Bruckner, ancien de mai 1968, constate toutes ces évolutions (entretien au figaro du 12 octobre 2009) : « À l’époque, (celle de mai 1968) je croyais que l’aventure de nos ancêtres était à jeter au feu. Le leitmotiv étant : « tout est permis, tout est possible et la jouissance est obligatoire ». Le mariage et la fidélité étaient des antiquités. On réhabilitait l’inceste et rien ne nous choquait, même pas l’amour avec les enfants. La révolution sexuelle accompagnait la Révolution tout court. Aujourd’hui, je pense que certaines valeurs, notamment le mariage ou la fidélité, possèdent plus de sagesse que nous ne le croyions à l’époque. »

Face à ces bouleversements, il faut prendre du recul, faire un pas de coté, réfléchir et faire appel au temps long : celui de l’histoire. C’est pourquoi Damien Le Guay vous propose d’écouter Michel Rouche, historien, professeur émérite à l’université Paris-Sorbonne, spécialiste de la fin de l’Antiquité et du haut moyen-âge.

Il interroge Michel Rouche sur différents sujets :

-  Le matriarcat et le patriarcat. La plupart disent qu’au commencement était le système patriarcal, la domination paternelle. C’est ce que démontre Françoise Héritier (du Collège de France) au sujet de la « domination masculine » qui existerait, dit-elle, depuis 500 000 ans. C’est ce qu’elle nomme le « modèle archaïque dominant » qui aurait exercé une triple privation pour les femmes : privation de l’usage de leur corps, privation de l’accès au savoir, privation de l’accès au

Éraste et Éromène, détail d'une coupe attique du Ve siècle av. J.-C. (musée du Louvre)
Éraste et Éromène, détail d’une coupe attique du Ve siècle av. J.-C. (musée du Louvre)

pouvoir. Or, Michel Rouche dit l’inverse. Il explicite de quelle manière le matriarcat est au commencement de nos sociétés et que le passage au patriarcat fut un progrès.

-  La novation chrétienne et le mépris supposé du corps. Selon la vulgate ambiante, répétée à satiété notamment par Michel Onfray, le christianisme serait responsable du puritanisme de nos sociétés, du dégoût de la sexualité, du mépris du corps. Or, redit Michel Rouche (et ce, après Michel Foucault) ce puritanisme existait déjà dans le monde antique romain. Il visait à permettre la transmission des biens, des femmes, des alliances. Un certain pessimisme, venu du stoïcisme, promeut un mariage d’amitié et de raison plutôt que d’amour. Le mariage romain met en avant le consentement des parents (et non des mariés), l’égalité sociale, et conduit à un mariage par civisme.

-  L’emprise du christianisme sur la société laisse à penser qu’il n’y aurait pas eu d’opposition du christianisme avec la société. Or, nous dit Miche Rouche, cette emprise est relative, partielle, remise en cause selon les époques et les moments. La conception chrétienne du mariage (le caractère sacré de la chair, l’égalité de la femme et de l’homme et le nécessaire consentement libre des époux) a rencontré de nombreuses résistances, des freins sociaux, des remises en cause par les pouvoirs sociaux et politiques.

-  Au XIXème siècle, nous avons assisté au retour du puritanisme. Michel Rouche précise qu’un climat puritain va se développer au XIXème siècle et se prolonger jusqu’en 1930-1950. Ce puritanisme est relayé par le catholicisme qui opère, dit Michel Rouche, une condamnation rigoureuse de la sexualité dans le couple qui ne serait pas totalement subordonnée à la procréation. Il y a là une sorte d’inquisition des confessionnels qui explique, en grande partie, la désaffection des campagnes vis-à-vis du catholicisme. Il y aurait eu, dit Michel Rouche, une « méconnaissance de la sexualité par le clergé et d’une insensiblité vis-à-vis des couples. »

Sur tous ces sujets, Michel Rouche, éminent historien, va à l’encontre des discours ambiants, ce qui justifie qu’on l’écoute, l’entende, le lise.

A lire aussi : Notons, en particulier, deux biographies par Michel Rouche :
- Clovis (1996)
- Attila (2009) (Cette dernière biographie a donné lieu à une émission entretien avec Michel Rouche Attila ou le choc des cultures






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