Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Jean-François Spricigo, lauréat 2008 du Prix de Photographie de l’Académie des beaux-arts

Autour de l’exposition Anima, 2009 à Paris
Jean-François Spricigo, jeune photographe de trente ans a reçu le Prix de Photographie de l’Académie des beaux-arts 2008 pour « Anima ». Ce qui n’était qu’un projet est devenu en 2009, un ensemble photographique en noir et blanc qui recouvre un bestiaire en hommage au regard des animaux, à la fluidité de leur gestuelle. Interview du jeune artiste reconnu par Lucien Clergue et Yann Arthus-Bertrand de l’Académie des beaux-arts.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références émission afficher
Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : CARR650
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr650.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 10 janvier 2010
Logo Art absolument
Photographie de J-F Spricigo, série <i>anima</i> (2009), Prix de la Photographie 2008 de l'Académie des beaux-arts
Photographie de J-F Spricigo, série anima (2009), Prix de la Photographie 2008 de l’Académie des beaux-arts
Jean-François Spricigo

Avec anima, Jean-François Spricigo donne à voir la « muette éloquence » des animaux avec lesquels il s’est mis en présence, instants insaisissables, un art dont il s’affranchit avec poésie et mystère. Dans cette interview, il nous dit l’importance à ses yeux, du choix de la liberté, de l’ambition et non de la carrière et son affection pour les paradoxes, en évoquant ses carnets et les écrivains qu’il aime, Cioran ou Marcel Moreau. Particulièrement attaché au mouvement, dans sa démarche artistique, l’image est pour lui une traversée. Sur un sujet comme celui des animaux, en apparence facile, "docile", exotique, il s’est interdit l’anecdote et l’anthropomorphisme.

Jean-François Spricigo né en Belgique, a étudié la photographie à l’INAS à Bruxelles, l’Institut national supérieur des arts du spectacle, dont il est sorti diplômé en 2002. Entre la mise scène, la réalisation, la comédie, au cinéma comme au théâtre et sa passion de la photographie, c’est finalement la photographie qui l’a emporté sur les différentes disciplines qu’il a déjà expérimentées. Il a réalisé plusieurs court-métrages horizon (2008), prélude (2005), Suzanne Flon (2005) avec l’association ".joug" dont il est le fondateur.

À son actif, en tant que photographe, plusieurs « séries », composent son œuvre naissante : silenzio en 2005, notturno en 2007, préludes en 2008 et anima en 2009 pour répondre au Prix de Photographie de l’Académie des beaux-arts qu’il a reçu en 2008. En 2009, au moment du vernissage de son exposition, le jury a révélé le nom du lauréat du Prix de la photographie 2009 : Thibaut Cuisset qui fera à son tour l’objet d’une exposition en 2010.

La récente section de photographie de l’Académie de beaux-arts qui compte deux membres, Yann Arthus-Bertrand et Lucien Clergue, a lancé ce prix annuel dont c’est la troisième édition. Créé en 2007 à l’initiative de Marc Ladreit de Lacharrière, membre de l’Académie, le Prix de Photographie a pour vocation d’aider des photographes professionnels à réaliser un projet significatif dont le sujet, le mode de traitement et le support sont libres. Un montant de 15.000 euros récompense un photographe confirmé, français ou étranger travaillant en France, sans limite d’âge, auteur d’un projet photographique, réalisé et exposé à l’Institut de France dans l’année suivant son attribution. La dynamique du prix de Photographie de l’Académie des Beaux-arts consiste à lier au montant du prix et à sa distinction, une exposition publique de plusieurs semaines.

En 2009, les photographies de Jean-François Spricigo, lauréat de l’année précédente, sont ainsi présentées à l’Institut de France dans le cadre d’une exposition gratuite, réalisé grâce au mécénat exclusif de F. Marc de Lacharrière (FIMALAC). Le public est venu nombreux voir l’exposition anima de Jean-François Spricigo, entre le 28 octobre et le 21 novembre 2009, salle Comtesse de Caen, quai Conti. Une période faste pour le monde de la photographie à Paris, puisque se tient au même moment chaque année, le salon de la photo en novembre.

La série photographique anima de Jean-François Spricigo présentée au public

D’abord offert à notre premier regard, il y a un âne qui tourne la tête et nous invite à regarder de tous les côtés avec ses oreilles dont l’oblique pointe sans autorité les directions à suivre et dont l’œil fermé ou ouvert, semble faire un clin d’œil au visiteur grâce aux tâches blanches qui entourent, l’une sa gueule, l’autre, son œil gauche. Il est tout près. La proximité de sa tête en fait oublier son corps, on comprend qu’il y a un mouvement mais on ne peut pas le décrire ou le déterminer avec précision. On abandonne d’emblée tout côté cartésien au vestiaire pour entrer dans anima, intrigué : un mystère qu’on peut comprendre comme rassurant mais qu’on ne peut identifier. Le photographe pointe son regard sur quelques chose de très intérieur, qu’on ne voit pas de prime abord. Il y a de la retenue dans ce que Jean-François Spricigo montre à voir, du respect diront certains, une distanciation appropriée dont on aime affubler le travail des artistes. On est dans une proximité rare loin de tout sensationnel. Un peu plus loin, après nous être familiarisé avec quelques unes de ces photos, au détour, à l’opposé de cet âne qui ouvre l’exposition, un pigeon nous regarde intensément, à la hauteur des yeux, nous permettant de nous placer à égal regard grâce à la photo prise. Lucien Clergue à propos du travail de Jean-François Spricigo parle de "la qualité de son regard". Entre les deux photos, d’autres animaux, ânes, bœufs, chien, chèvres, des familiers qu’on oublie nous, gens de la ville, urbain à tout craint. Quelques photographies de chien font le lien entre des espaces urbanisés et d’autres qui le sont moins. On les retrouve de part et d’autre, sur les murs de la première salle. Il y a des oiseaux en vol, un chien qui se baigne au clair de lune : un cliché sans cliché, une histoire sans parole, sans chichi, un focus sur un bain nocturne, pour qui s’attarde et s’interroge. Il y a des animaux saisis dans la nuit, ou en plein jour des panthères, à côté, sur un autre panneau d’exposition, une chouette. On s’interroge. Quand et comment le photographe a-t-il pu saisir ces gestes, ces regards d’animaux ? Sa présence réside-t-elle dans l’intensité du regard ou le mouvement des animaux. Certaines photographies font penser à certaines toiles en peinture, comme cet âne dont la crinière laisse découvrir l’œil et qui évoque les têtes de chevaux peintes par Picasso.

Photographie de J-F Spricigo, série <i>anima</i> (2009), Prix de la Photographie 2008 de l'Académie des beaux-arts
Photographie de J-F Spricigo, série anima (2009), Prix de la Photographie 2008 de l’Académie des beaux-arts
Jean-François Spricigo

Sur les panneaux de l’espace situé entre les deux salles, l’accrochage semble davantage se concentrer sur le thème de l’instinct. Il y a là, une tête de bœuf qui nous regarde entourée de panneaux de bois. L’enfermement clairement présent à l’image donne à voir un espace réduit pour l’animal, un piège, une cage. On ne peut que se demander, si c’est dans un abattoir ou dans un camion que l’image a été prise. Pas ou peu de signe visible d’enfermement, si ce n’est celui d’un grillage sur une autre des photos exposées : un loup, un chien en cage ? Mais le noir du métal grille sa fourrure claire et griffe le regard, le nôtre, d’une secrète souffrance.

A l’inverse, le pas décidé d’un chat dans la nuit, le regard concentré sur l’avant, la souplesse de son mouvement saisi dans le flottement de sa fourrure angora, fait corps avec la force de son regard, l’ensemble, vu de haut mais sans domination ou sans hiérarchisation de l’espace, révèle à la lumière une indépendance féline magistrale, symbole de force et d’une vie libre. Les flous savamment orchestrés, les pauses lentes qui font sens et mouvements dans les nuits éclairées de Jean-François Spricigo, nous montrent un singulier bestiaire, mystérieusement chaleureux, poétique et interrogateur. Parmi les dernières photographies présentées, une route recouverte par la mer, ou une rivière, au dessus d’une route engloutie par les eaux, quelques oiseaux s’échappent par les airs : parabole de la vie humaine qui s’arrête ? Une image qui touche assurément à l’universel, comme toutes les photos de ce jeune artiste : à voir, à retrouver lors de ses expositions, celle-là et les suivantes.

Photographie de J-F Spricigo, série <i>anima</i> (2009), Prix de la Photographie 2008 de l'Académie des beaux-arts
Photographie de J-F Spricigo, série anima (2009), Prix de la Photographie 2008 de l’Académie des beaux-arts
Jean-François Spricigo

Pour en savoir plus

- L’actualité de l’Académie des beaux-arts
- Prix de photographie de l’Académie des beaux-arts
- Sur Canal Académie :
- Le prix de la photographie 2009

Jean-François SPRICIGO

- Site officiel de Jean-François Spricigo

- Jean-François Spricigo est représenté par la galerie Contretype à Bruxelles, Agathe Gaillard à Paris et la Simonis Gallery à Varsovie. Il est né en 1979 à Tournai. Il vit et travaille entre paris et Bruxelles. Il a été nominé pour le Prix Découverte des rencontres d’Arles en 2009. Son œuvre a été primée par la Fondation belge pour la Vocation et par l’Académie des beaux-arts en 2008.

- ACTUALITÉ :

- Reprise de l’exposition anima à la Louis Stern Gallery de Los Angeles du 9 janvier au 13 février 2010

- Reprise de l’exposition notturno à la scène nationale du Grand R de la Roche-sur-Yon du 6 au 30 janvier 2010.

- exposition en famille du 16 janvier au 24 mars 2010 à la Maison de la Culture de Tournai.

- Revue des deux mondes, Hors-série novembre 2009, Jean-François Spricigo, anima , collaboration de Robert Delpire, Anne Biroleau, Marcel Moreau ISBN 978-2-35650-017-5 :

- Extraits du texte de Jean-François Spricigo dans ce hors-série de la Revue des deux mondes :

j’ai appris la photographie avec un chien.
C’était la nuit, ou plutôt les nuits. Il m’en fallu tant pour percer le soir et distinguer les ombres.
J’ai appris la photographie avec lui qui ne disait rien, mais qui voyait tout.
Nous marchions côte à côte, délestés de la laisse, vestige d’autorité de l’imbécile qui arbore le bonheur minuscule d’ordonner la route à un être qui la connaît déjà.
Nous, la route, nous l’inventions à chaque détour.
... Il s’appelait Hiko.

Parmi ses publications :

- Marcel Moreau et Jean-François Spricigo. Conversation , Editions Tandem, février 2009 tiré à 500 exemplaires sur papier Conquéror, dont 12 accompagnés d’une photographie, 44 pages ISBN : 978-2-8734-9098-7 (transcription d’un entretien public donné en juillet 2007 au Botanique (Bruxelles entre l’écrivain et le photographe)
- Jean-François Spricigo photographies pour le livre d’Olivier Smolders Voyage Autour de ma chambre , Editions les Impressions Nouvelles

Jean-François Spricigo, novembre 2009
Jean-François Spricigo, novembre 2009
© Canal Académie





© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires