Une femme de lettres et de passion : Hortense Allard

Les femmes écrivains, la chronique de Jean Mauduit
Parmi les femmes de lettres du XIXe siècle, outre George Sand, on doit compter Hortense Allard qui noua des relations avec le milieu littéraire de l’époque, entretint une relation passionnée avec Chateaubriand, et qui, bien entendu, fit scandale par ses moeurs trop libres. Jean Mauduit a lu la biographie romantique et romanesque de cette femme de fer et de feu dûe à Ariane Charton Le roman d’Hortense...


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Émission proposée par : Jean MAUDUIT
Référence : CHR584
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Date de mise en ligne : 10 janvier 2010

Hortense, c’est Hortense Allard (avec un d ou quelquefois un t), écrivain du début du XIXe siècle, née en 1801, décédée en 1879, auteur d’une Conjuration d’Amboise, de Lettres critiques sur les ouvrages de Mme de Staël et de plusieurs romans. L’amie de tout ce que la première moitié du siècle comptait d’écrivains en renom. Une femme libre et une féministe convaincue. Ce livre d’Ariane Charton est bien une biographie tout en étant un roman ! Il est difficile de tracer la frontière entre les deux registres. L’amalgame entre les faits historiques et l’imaginaire est si accompli qu’on n’aperçoit pas les coutures. Parlons-donc d’un roman et oublions l’Histoire.

Voici donc un excellent roman d’analyse. Il en a toutes les caractéristiques et notamment une certaine distanciation par rapport aux personnages, à travers une écriture élégante qui fait peu de concessions à ce qu’il est convenu d’appeler le vécu. L’auteur ne s’attarde pas en descriptions. Elle ne cherche pas non plus à traduire par de longues évocations les états d’âme de son héroïne. Elle ne pleurniche pas sur ses malheurs. Elle raconte, mais de loin pourrait-on dire et de haut.

Le résultat est qu’on se laisse prendre au récit et surtout qu’on est fasciné par la précision du portrait – à la pointe sèche – qu’Ariane Charton fait de son personnage principal. Hortense Allard est un mélange flamboyant de passion pure et de sensualité. Elle ne vit que d’amour et pour l’amour. Elle choisit son existence comme un homme et comme un homme s’autorise, alors même qu’elle vit une aventure exigeante avec un être follement aimé, des infidélités mineures ou qu’elle considère comme telles. Elle a été la maîtresse d’un jeune marquis déjà marié qui lui a fait un enfant.

Elle part pour l’Italie où elle rencontre Chateaubriand en 1829 à Rome. Il a 61 ans, il porte encore très beau – de cette beauté fatale qui caractérise les écrivains romantiques – et c’est un redoutable séducteur, qu’elle surnomme d’ailleurs l’enchanteur. Elle entame avec lui une liaison de plusieurs années où entrent des sentiments complexes, admiration pour le grand écrivain, compassion pour l’homme vieillissant, fierté d’avoir été choisie par lui. Puis parce qu’elle croit constater que la flamme du vicomte tend à s’attiédir, elle le plaque et s’engage dans une relation tumultueuse avec un jeune anglais, Henry. Ils s’aiment follement, se disputent de même, vont de ruptures en raccommodements, de Paris à Londres et de Londres à Paris en passant par Calais. Pour finir par casser pour de bon leur lien. Et ce n’est pas Henry, mais un Italien très macho qui sera le père du deuxième enfant d’Hortense.

Une "écriveuse" amie d’hommes célèbres

Une femme libre donc et qui, bien sûr, fit scandale à l’époque. Le critique Jules Lemaître dira d’elle : « c’était une femme fort galante. Intelligente d’ailleurs et très agréable ; très écriveuse aussi, et qui avait la rage d’être la maîtresse ou l’amie des hommes célèbres ». Certes elle se moque du qu’en dira-t-on. En même temps, elle est très fragile. Cette femme de fer et de feu, pour qui l’opinion d’autrui compte peu, est capable de grands accès de mélancolie ou de spleen quand elle mesure la cruauté de la vie.

C’est très romantique en effet. Elle représente l’un des trois courants du XIXe siècle, le passionnel (les deux autres étant le bourgeois et l’ouvrier). D’autant qu’Hortense Allard fréquente les milieux littéraires à Paris, tient salon, noue amitiés avec Béranger – considéré à l’époque comme le plus grand des poètes vivants – avec Sainte-Beuve, avec Stendhal, avec le critique Planche (une terreur), avec George Sand (des relations fort complexes), avec Charles Didier et bien d’autres.

Ariane Charton a parfaitement réussi à s’identifier à l’époque dont elle traite, à ses humeurs, à sa nostalgie. Une petite réserve quant au style, qui présente parfois des faiblesses, et s’autorise des clichés. Mais c’est peu de chose au regard de la force et, on peut le croire, de la fidélité du portrait.

Le Roman d’Hortense, aux éditions Albin Michel.

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