Les mères porteuses : le regard du médecin et de l’écrivain

Avec le Professeur Roger Henrion de l’Académie de médecine et l’écrivain Valérie Gans
La gestation pour autrui : développé depuis les années 1970 en Californie, cette méthode permet à un couple d’intention de faire porter leur embryon par une gestatrice. La GPA divise les pays de l’Union européenne. En France, le débat revient régulièrement dans l’actualité. Cette émission vous propose d’aborder sur ce sujet délicat en croisant le regard du médecin et de l’écrivain. Roger Henrion est gynécologue-accoucheur des hôpitaux de Paris, membre de l’Académie de médecine et auteur du rapport académique sur ce sujet, et Valérie Gans, écrivain, auteur du roman L’enfant des nuages.


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Canal Académie vous propose les regards nuancés d’un médecin gynécologue-accoucheur et d’un écrivain pour aborder le thème de la gestation pour autrui (GPA).

Roger Henrion est le coordinateur du rapport 2009 de l’Académie de médecine sur la gestation pour autrui ; un rapport qui ne donne pas d’avis particulier sur la GPA mais qui apporte des clés de compréhension et de réflexion sur cette pratique encore récente en Europe.

Valérie Gans
Valérie Gans
© John Foley / Opale

L’écrivain Valérie Gans pour sa part s’est imprégnée de plusieurs faits, notamment le recours en justice en 2007 de parents d’intention ayant réalisé une GPA en Californie. Ces parents se sont retrouvés avec un enfant considéré comme orphelin et clandestin en France, au regard de la justice.

Au cours de cette émission, sont abordées les thématiques suivantes :
- Qu’est-ce qui motive les mères porteuses dans cette initiative peu commune ? De quelles études dispose-t-on sur elles ?
- Pourquoi les "familles d’intention" font-elles appel à des mères porteuses et vers quels pays ses tournent-elles ?
- Les enfants issus de cette technique en souffrent-ils psychologiquement ?
- Quelle est la place des médecins, des psychologues, face à la mise en place d’agence privées qui organisent ces GPA aux Etats-Unis ?

Roger Henrion
Roger Henrion
© DR

Roger Henrion précise au préambule du rapport que « La démarche de GPA se situe sur un terrain différent des autres modes d’assistance médicale à la procréation. Ce n’est pas un progrès scientifique. C’est un changement complet et inédit de relations humaines ».

Dans ce changement complet et inédit des relations humaines, on peut se demander ce qui motive les mères porteuses dans leurs actes.

Valérie Gans fait dire à Clotilde, mère porteuse dans son roman : « Je ne le faisais pas pour l’argent, même si les 18 000 dollars que j’allais toucher représentaient pour nous une grosse somme. Moi ce que je faisais, c’était un don. Et je n’attendais rien en retour. »

Les quelques études existantes montrent en effet que les motivations premières des mères porteuses sont, dansl’ordre, l’altruisme, le désir d’être enceinte et l’intérêt financier.
« La mère-porteuse ne doit pas avoir le sentiment d’attendre “son” enfant, tout en étant enceinte. Elle n’a pas de projet parental. Curieusement, ce comportement est à rapprocher du déni de grossesse. Mais dans ce cas, il s’agit en réalité d’un déni de maternité » explique Roger Henrion.

Le rapport entre la famille d’intention et la mère porteuse

Si dans le roman de Valérie Gans, les parents d’intention ne souhaitent pas entrer en contact avec la mère porteuse, dans la réalité, c’est plutôt l’inverse. La mère-porteuse est également appelée "nounou". Elle est en contact régulier avec les parents d’intention. Ces relations s’espacent au fil du temps.

« Il est encore trop tôt pour savoir si les enfants issus de cette technique souhaitent renouer avec la gestatrice » affirme Roger Henrion. « Ce qui est certain, c’est qu’au regard des études réalisées, ces enfants se développent normalement ».

En revanche, il est nécessaire que les parents d’intention soient accompagnés psychologiquement.
Comme l’écrit Valérie Gans sous les traits de Lola, la mère d’intention : « Je ne parviens pas à me faire à l’idée que cette enfant, que je n’ai pas portée dans mon ventre, cette petite fille que je n’ai pas mise au monde est bien la mienne, la chair de ma chair, mon petit bout à moi. Il me manque neuf mois. » « Là est toute la difficulté » explique Roger Henrion. On ne naît pas mère, on le devient ; on le devient notamment en portant son enfant.

Les cas pouvant nécessiter une GPA

La gestation pour autrui est une solution pour la femme qui ne peut pas enfanter.
- notamment en cas d’infertilité d’origine utérine. Près de 200 femmes par an naissent avec une absence d’utérus et on ne dénombre pas moins de 700 à 800 cas par an d’hystérectomie .
- les conséquences du distilbène sur les malformations utérines ont touché plus de 10 000 filles en France. On estime cependant que les ravages de ce médicament devraient prendre fin vers 2010, les jeunes filles ayant dépassé depuis les 40 ans.
- la rupture utérine
- la difficulté à mener à terme une grossesse (échec des FIV, avortements spontanés)
- une maladie mettant en jeu la vie de la mère au cours de la grossesse (hypertension artérielle grave, diabète…)

La GPA peut-être aussi un recours pour les futurs parents qui restent embourbés dans les procédures d’adoption (28 000 demandes annuelles en France et seulement 4000 enfants adoptés chaque année).

Reste le problème de la marchandisation du corps. Aux Etats-Unis, on parle de wombs for rent, littéralement, « location d’utérus. La Californie propose des GPA aux étrangers moyennant 60 000 à 150 000 euros. La gestatrice américaine touche pour sa part entre 15 000 et 30 000 euros.

Parallèlement, la GPA destinée aux étrangers se développe dans les pays de l’Europe de l’Est (Ukraine, Pologne, République Tchèque) et en Inde. Le « marché » évalué à 290 millions d’euros par an. On devine que l’altruisme n’est pas la seule motivation de ces jeunes femmes...

Etats-Unis : Numéro 1 en matière de GPA, dernier en matière d’études statistiques

Il est curieux de voir que les Etats-Unis, pays pionnier en la matière demeure aussi laxiste sur la GPA. Pour Roger Henrion, « le manque de données sur l’aspect psychologique, les risques médicaux pour les mères porteuses…est déplorable et inquiétant ; déplorable de la part d’une nation leader dans ce domaine et inquiétant car le tintamarre médiatique laisse penser que ces techniques sont largement maîtrisées. »

Aujourd’hui, il est surprenant de constater qu’on ne sait pas combien d’enfants sont issus de la GPA aux Etats-Unis. Le « baby business » a totalement échappé au corps médical au profit des agences privées.

Ce que dit la loi en France

En France, la gestation pour autrui est formellement interdite. Mais comment la loi réagit-elle face aux couples français ayant réalisés une GPA à l’étranger ?
Dans le roman de Valérie Gans, Lola, mère d’intention s’exclame : « C’est moi la vraie mère, ce sont mes ovocytes ! »

« Lola a tort » explique Roger Henrion .Revenir avec un enfant conçu par le biais de la GPA, c’est revenir avec un enfant clandestin. L’enfant n’a qu’une mère : celle qui l’a portée.

Écoutez cette émission "Regards croisés"où la fiction de l’écrivain rejoint le discours nuancé du médecin.

Cette émission ne prend pas en compte deux cas particuliers de GPA :
- le cas où la gestatrice est aussi la mère biologique
- le cas où la gestatrice est choisie dans la famille

Roger Henrion est gynécologue-accoucheur des hôpitaux de Paris, membre de l’Académie de médecine, coordinateur du rapport de l’Académie de médecine consacré à la gestation pour autrui, rapport présenté en mai 2009.

Valérie Gans est écrivain, auteur actuellement de huit romans dont L’enfant des nuages, paru aux éditions Payot en 2009, roman sur la gestation pour autrui.

En savoir plus :

Roger Henrion, Rapport de l’Académie de médecine, mai 2009 : La gestation pour autrui

Valérie Gans, L’enfant des nuages, éditions Payot 2009






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