Le mois de... Simone Veil, la rebelle 3/4

Le mois de... Simone Veil, de l’Académie française, troisième émission
Comment, de la Shoah qui a brisé et meurtri sa famille, volé et saccagé son adolescence, Simone Veil une fois libérée des camps de la mort, devient-elle la femme politique pro-européenne que nous connaissons plébiscitée plusieurs années consécutives par les Français comme la personnalité politique la plus estimée en France ?


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Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : HAB548
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Date de mise en ligne : 18 octobre 2009
Simone Veil, Une vie © D.R
Simone Veil, Une vie © D.R

Canal Académie vous invite à suivre la 3ème émission de la série en quatre volets intitulée Le mois de... Simone Veil.

Simone Veil, personnalité de la vie politique française qui a été pendant plusieurs années plébiscitée par l’opinion française en tant que « première personnalité politique préférée des Français » occupe désormais parmi les Immortels, le 13e fauteuil de l’Académie Française. Le 9 octobre 2008, en effet, invitée par Maurice Druon et François Jacob, Simone Veil présenta sa candidature à l’Académie française au fauteuil de l’ancien premier ministre Pierre Messmer. Le 20 novembre 2008, elle est élue au premier tour de scrutin.

Simone Veil a confié aux pages de son livre intitulé Une vie paru aux Editions Stock, les souvenirs marquants de sa vie, de son parcours, de sa carrière. Il faut signaler que ce livre fait l’objet d’une nouvelle édition en livre de poche.

Devant les micros de Canal Académie, Virginia Crespeau demande à Simone Veil quel sentiment, quelle réaction, suscite au fond d’elle sa récente élection au sein de l’Académie Française ? La toute nouvelle Académicienne répond : « Je dois dire que c’est une chose à laquelle je n’aurais jamais pensé ; tout le monde me dit que le travail académique est passionnant, mais je n’ai encore assisté à aucune session de travail…  »

Simone Veil est née Simone Jacob le 13 juillet 1927 à Nice ; ses parents étaient profondément attachés au principe de laïcité. Étudiante, Simone passe son bac à 16 ans en mars 1944 ; elle écrit dans son livre de souvenirs Une vie : « Il est vrai qu’en ce début de l’année 1944, la population était de plus en plus convaincue que les rapports de force commençaient à s’inverser et qu’un jour ou l’autre, le débarquement des alliés sonnerait le glas de la domination allemande… La gestapo redoublait les contrôles et la traque. Nombre d’entre nous en firent les frais. »

André Jacob, le père de Simone Veil, architecte de son métier, avait déjà été « durement éprouvé par quatre années de captivité (première guerre mondiale), peu de temps après son grand prix de Rome. » D’Yvonne Steinmetz, la mère de Simone Veil « irradie une beauté rayonnante qui évoque pour beaucoup celle de la star de l’époque, Greta Garbo. » Quatre enfants naîtront de cette union : Madeleine, surnommée Milou, puis Denise, ensuite Jean, et la jeune Simone en 1927.

La classe de quatrième de Mlle Rougier en 1939, à la veille de la guerre. © D.R
La classe de quatrième de Mlle Rougier en 1939, à la veille de la guerre. © D.R

Côté maternel et paternel : « Comme tous les membres de ces familles juives assimilées » confie Simone Veil, « celle de mon père était profondément patriote et laïque… Je dispose de moins de précisions sur les membres de ma famille maternelles… Tout ce petit monde était foncièrement républicain et laïque, du côté de ma mère, comme de celui de mon père. … Très simplement, nous étions juifs et laïques et n’en faisions pas mystère… J’ignorais tout de la religion. »

« Quelques mots encore de la laïcité. Elle était notre référence. Elle l’est demeurée. Ma mère, athée comme je le suis moi-même, continue d’incarner à mes yeux le paroxysme de la bonté. Pour autant, je ne méconnais pas l’aide que peuvent apporter les religions aux croyants et je conserve, avec admiration, le souvenir de ces jeunes Polonaises que la vie du camp avait déjà réduites à un état quasi squelettique et qui s’obstinaient pourtant à jeûner le jour de Kippour. A leurs yeux, le respect des rites avait plus d’importance que leur survie. J’en demeure impressionnée. »

… « Deux ans après leur mariage, en 1924, mes parents avaient quitté la capitale pour s’installer à Nice. » … Début de l’année 1944 : « La Gestapo redoublait les contrôles et la traque. » La jeune Simone passe les épreuves du bac ; elle a 16 ans. Examens réussis, « j’avais rendez-vous avec des amies pour fêter la fin des examens. Je m’y rendais avec un camarade lorsque soudain, deux allemands en civil nous arrêtèrent pour contrôle d’identité »…

L’horreur commence, Simone, sa mère, sa sœur Milou et son frère Jean sont arrêtés ; son père le sera aussi quelques jours plus tard, sa sœur Denise qui avait rejoint la résistance sera arrêtée elle aussi et déportée à Ravensbrück.

Simone apprendra plus tard que son père et son frère ont été embarqués ensemble pour Kaunas, en Lituanie, nul ne sait le sort qui leur fut réservé, la famille Jacob est démantelée à jamais… Pour Simone, sa mère et sa sœur Milou l’enfer prit les noms suivants : Hôtel Excelsior, Drancy, Auschwitz-Birkenau, Bobrek, Gleiwitz, Dora, Bergen-Belsen… La lutte pour la survie, un quotidien effroyable, tout ce qui ne peut pas se traduire en mots.

Devant les micros de Canal Académie, Virginia Crespeau demande à Simone Veil quelle est à ses yeux la valeur essentielle à défendre ; elle répond : « Je suis une rebelle, et avant tout je veux être et rester libre. »

Après ces années d’enfer dans les camps de la mort, rescapée de la Shoah, Simone Veil va néanmoins militer en faveur de la construction européenne dès sa libération des camps de la mort.

Simone, Jean et Nicolas, en 1952
Simone, Jean et Nicolas, en 1952

« Et pour moi ce qui a toujours été un vœu que j’ai fait très profondément, c’est qu’on se réconcilie avec les Allemands parce qu’au fond s’agissant de l’Europe, ce sont ces conflits incessants entre Français et Allemands qui nous ont conduits à la guerre de 1914/18 ; je me souviens de mes parents qui se disputaient toujours à ce sujet, parce que ma mère pensait qu’on aurait du après la guerre de 1914 trouver un arrangement avec les Allemands, c’est-à-dire faire ce que souhaitaient un certain nombre de grands personnages français, mais mon père disait « On ne peut rien en faire… » Il avait été prisonnier pendant toute la guerre de 1914, et était de ce fait férocement anti allemand.

Mais je dois dire que même lorsque je suis sortie de déportation, un de mes plus grands souhaits, c’était justement que les Allemands aient un régime démocratique, que tout ce qui avait été fait par les nazis soit répudié complètement et qu’on puisse effectivement créer l’Europe ; j’ai toujours été une européenne convaincue dès le départ ; je me suis mariée très vite au retour de déportation, et mon mari avait les mêmes idées, nous avons toujours été des militants de l’Europe, et à tel point que nous avons même accepté de vivre en Allemagne à Wiesbaden qui était d’ailleurs zone américaine puisque c’était encore l’occupation, et nos enfants qui étaient tout petits, il y en avait deux à l’époque, allaient à l’école à Wiesbaden ; ils ont appris la langue et parlaient comme les petits allemands même s’ ils ont tout oublié aujourd’hui… C’est pour dire que c’était pour nous la seule solution pour l’avenir, sans quoi on repartait à nouveau dans des conflits infinis… J’espère vivement la signature du traité de Lisbonne, l’Europe pourrait ainsi devenir le modèle d’un certain nombre de choses. »

De 1979 à 1982, Simone Veil a été la première femme à présider le Parlement européen élu au suffrage universel.

En savoir plus :

Simone Veil : Conversation autour d’une vie "très diversifiée" 1/4
Le mois de... Simone Veil : "Shoah" 2/4

Extraits et photos du livre « Une vie » de Simone Veil paru aux Editions Stock (avec nos vifs remerciements pour l’autorisation de les lire et de les présenter ici).

Retrouvez les dates principales de Simone Veil sur Kronobase






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