Laurent Meijer : la biologie marine pour combattre la maladie d’Alzheimer et certains cancers

Prix Jungfleisch 2009 de l’Académie des sciences
Laurent Meijer a découvert dans des organismes marins (et notamment les éponges), des molécules qui pourraient inhiber les protéines dont l’altération serait la cause d’un certain nombre de maladies neuro-dégénératives, polykystose, et cancers. Rencontre avec le chercheur, qui a reçu le Grand Prix Emile Jungfleisch 2009 de l’Académie des sciences.


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Référence : PAR531
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Date de mise en ligne : 11 octobre 2009
Laurent Meijer, directeur de recherche au CNRS, à la station biologique de Roscoff
Laurent Meijer, directeur de recherche au CNRS, à la station biologique de Roscoff
Prix Emile Jungfleisch 2009 de l’Académie des sciences

C’est en écoutant une émission de radio que Laurent Meijer a voulu devenir biologiste marin. C’est ainsi qu’il tombe amoureux de Roscoff et y fait toute sa carrière au CNRS.

Sur place, à la station biologique de Roscoff, Laurent Meijer travaille sur la division cellulaire à partir d’embryons d’oursins, et d’œufs d’étoiles de mer.
Les mécanismes de la division cellulaire étant extrêmement bien conservés au fil de l’évolution des espèces, observer ces mécanismes chez invertébrés marins revient à travailler sur la division cellulaire des êtres humains, à peu de choses près.

C’est ainsi qu’en 1988, Laurent Meijer détecte une enzyme de la famille des kinases, « CDK1 », activée lorsque les cellules entrent en phase de division. Il se consacre alors à l’étude de ces protéines kinases, régulateurs essentiels de la multiplication, mais aussi de la mort cellulaire.

Avec son équipe, Laurent Meijer obtient la cristallisation de plusieurs couples inhibiteur/kinase dont certains inhibiteurs sont actuellement en phase d’essais cliniques comme la roscovitine (pour Roscoff !) pour leurs activités anticancéreuses.
D’autres présentent un intérêt pour traiter la polykystose rénale (kystes aux rénaux), la maladie d’Alzheimer ou les accidents vasculaires cérébraux.

Eponge de mer
Eponge de mer

Traiter la maladie d’Alzheimer grâce aux éponges de mer

Le saviez-vous ? Le génome des éponges de mer possède un nombre important de composantes en commun avec celles intervenant dans le fonctionnement des synapses humaines, notamment dans la structure des protéines.
Or « La maladie d’Alzheimer provoque d’importantes lésions au niveau du cerveau, causées par une accumulation anormale de deux protéines différentes. Comme l’accumulation de ces protéines est contrôlée par d’autres, nous avons axé nos travaux sur la recherche d’inhibiteurs susceptibles de bloquer ces protéines à partir des éponges » explique Laurent Meijer. Des essais sont en cours actuellement sur la souris, pour établir des doses non toxiques.

Cependant Laurent Meijer insiste sur ce point : « Je ne veux pas donner de faux espoirs aux malades et aux familles. Ces recherches aboutirons je l’espère à de nouveaux traitements, mais pas avant plusieurs années. Les essais cliniques sont longs. »

Il faut aussi réussir à synthétiser chimiquement la molécule (il n’est pas question de réaliser des élevages d’éponge en aquaculture !) et quelque 60 étapes sont nécessaires à l’obtention d’un produit fiable.

La création de ManRos Therapeutics

Depuis 1987, Laurent Meijer a la double caquette de Directeur de recherche et de chef d’entreprise.
En effet, c’est en 1987 qu’il créé sa propre société de biotechnologie, ManRos, pour développer les médicaments du futur en matière de cancer, polykystose et maladies neuro-dégénératives.
La société achète les brevets au CNRS afin de pouvoir synthétiser certaines molécules et réaliser des essais cliniques. Une fois les effets positifs avérés, elle revend ses propres brevets aux laboratoires pharmaceutiques intéressés.

ManRos est installée à Manhattan et à Roscoff (d’où son nom ManRos). Pour cette petite société au fort potentiel, s’installer à New York présente un double intérêt : se trouver à proximité d’investisseurs et recruter de jeunes Français sur place qui ont quitté la recherche en France, pour des postes plus valorisants aux États-Unis. « Nous aimerions transformer cette fuite des cerveaux en simple expatriés » résume Laurent Meijer.

Parmi les nombreux prix que Laurent Meijer a reçu depuis plus de 20 ans pour ses travaux, citons :
- 1984 : Médaille de Bronze CNRS
- 1988 : Prix Cuvier (Académie des Sciences)
- 1997 : Médaille d’Argent CNRS
- 2006 : Prix Rosen de Cancérologie (Fondation pour la Recherche Médicale)
- 2007 : Prix Jean Valade (Fondation de France)
- 2009 : Grand Prix Emilie Jungfleisch de l’Académie des sciences…

Le prix Emile Jungfleisch(150.000 euros), permettra à Laurent Meijer de poursuivre ses recherches en matière de traitement de la maladie d’Alzheimer.

Laurent Meijer est directeur de recherche au CNRS, à la station biologique de Roscoff. Il dirige l’équipe « Phosphorylation de protéines et pathologies humaines ».
Parallèlement, il a créé son entreprise de biotechnologie ManRos Therapeutics avec Hervé Galons

En savoir plus :

- Station biologique de Roscoff
- Société ManRos, créée en 1987

Prix Émile Jungfleisch, Grand Prix de l’Académie des sciences, décerné en 2009 à Laurent Meijer






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