Mgr Claude Dagens : ses prédécesseurs sur ler fauteuil de l’Académie française

avec Mireille Pastoureau, directeur-conservateur de la Bibliothèque de l’Institut de France
Mgr Claude Dagens a été reçu sous la Coupole au 1er fauteuil de l’Académie française, occupé précédemment par René Rémond. Vingtième titulaire de ce fauteuil, il y fut précédé par des personnalités variées, évoquées ici par Mireille Pastoureau, directeur conservateur de la Bibliothèque de l’Institut de France.


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Référence : HAB683
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Date de mise en ligne : 15 novembre 2009

Le texte ici présenté est un résumé du document établi par Mireille Pastoureau. On peut le lire en intégralité, et pour plus de détails et de références, dans le document joint ci-dessous.

Le premier occupant de ce fauteuil fut un personnage éminent : 1. Pierre SÉGUIER. 1588-1672. Entré à l’Académie en 1635. Intendant en Guyenne (1621), puis président à mortier du parlement de Paris (1624), garde des Sceaux (1633), chancelier de France (1635), protecteur de l’Académie française à la mort du cardinal de Richelieu (1642), bibliophile.

L’Académie française fut organisée par le cardinal de Richelieu, Premier Ministre, et fondée officiellement en janvier 1635 par des lettres patentes signées du roi Louis XIII. Ces lettres fixaient le nombre des académiciens à 40 et avaient été scellées par le garde des sceaux Pierre Séguier, le 4 décembre 1634. À cette date, la compagnie ne comptait encore que 35 membres et Séguier, qui appréciait les livres et les gens de lettres, demanda à en devenir membre également, ce qui fut fait le 8 janvier 1635. Vu l’importance de ses fonctions, son nom fut placé en tête de la liste des académiciens et, lors de la numérotation des fauteuils, le fauteuil n° 1 lui fut attribué. Après la mort de Richelieu, Séguier réunit la compagnie pendant trente ans dans son hôtel particulier et la présida souvent, tout en maintenant un principe d’égalité entre les membres. Il est situé dans l’actuelle rue Jean-Jacques Rousseau, dans le 1er arrondissement de Paris. La Bibliothèque de l’Institut possède de lui une lettre au duc d’Enghien, le félicitant au sujet de la victoire de Rocroi, 1643. En effet : Le 19 mai 1643, à Rocroi, le duc d’Enghien, âgé de 23 ans seulement, anéantit l’infanterie espagnole. Cette victoire retentissante constitua un tournant de la Guerre de trente ans et marqua le retour de la France sur la scène internationale.
Le Chancelier Séguier fut un grand bibliophile et possédait une riche collection d’ouvrages richement reliés. "On connaît le bon mot des contemporains : « Le chancelier Séguier aimait tant les livres qu’il disait souvent que, si on le voulait corrompre, il n ‘y avait qu’à lui donner des livres ». Il est aisé d’en constater la véracité par d’innombrables exemples : un présent d’un bel exemplaire relié facilite les placets, introduit favorablement le donateur ou témoigne de la reconnaissance d’un obligé. En tant que protecteur de l’Académie française, Séguier reçoit en hommage toutes les productions des académiciens, mais aussi celles de ceux qui aspirent à le devenir. Il est alors de bon goût d’offrir un volume à grandes marges sur grand papier que l’on aura confié au relieur attitré du chancelier pour l’offrir sous forme d’un veau ou même d’un maroquin aux armes de Séguier. Mais le plus grand hommage qui soit en ce domaine est de dédier l’œuvre au chancelier et de rappeler dans l’épître préliminaire les faveurs qui vous obligent ou d’évoquer celles que l’on recherche : en quarante ans, Séguier reçoit au moins cent quinze dédicaces, ce qui le place parmi les mécènes les plus favorisés après le roi" (Yannick Nexon, Histoire des bibliothèques françaises, t. 2, p. 147).

2 - Le deuxième occupant, Claude BAZIN de BEZONS. 1617-1684. Élu membre de l’Académie française en 1643, il était avocat et conseiller d’État.

3. Le troisième est le célèbre Boileau, historiographe du roi, chef du parti des Anciens dans la querelle des Anciens et des Modernes. Nicolas BOILEAU-DESPRÉAUX 1636-1711, fut élu membre de l’Académie française en 1684 et également membre de la Petite Académie, future Académie des Inscriptions.

Si Mgr Dagens est évêque d’Angoulême Réception de Mgr Claude Dagens à l’Académie française, il fut précédé par deux hommes d’Eglise (seulement) sur ce 1er fauteuil :

4. Jean II d’ESTRÉES 1666-1718. Élu membre de l’Académie française en 1711. lui succéda. Cet abbé de cour, ambassadeur, était le fils du vice-amiral, comte et maréchal Jean I d’Estrées (1624-1707), neveu du cardinal César d’Estrées et frère du maréchal Victor Marie d’Estrées, tous deux académiciens, Jean d’Estrées devint docteur en théologie en 1698. Abbé commendataire de Notre-Dame d’Évron (Mayenne), il fut aussi abbé de Villeneuve (1677), Préaux (1694) et coadjuteur de l’abbaye de Saint-Claude (1714). En 1703, il rejoignit son oncle en Espagne et lui succéda pendant deux ans au poste d’ambassadeur. Nommé commandeur de l’ordre du Saint-Esprit en 1705, « ses mœurs l’avaient exclu de l’épiscopat [...], il avait eu des galanteries et il était du nombre de ces abbés sur qui le roi s’était expliqué qu’il n’en élèverait aucun d’eux à l’épiscopat » écrit le duc de Saint-Simon. Il fut nommé conseiller d’État et archevêque de Cambrai en 1716, mais mourut avant d’être sacré. Protecteur de l’Académie de Soissons, il était un bibliophile éclairé et sa collection rejoignit à sa mort l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

5. Marc-René de Voyer de Paulmy, marquis d’ARGENSON. 1652-1721. Membre honoraire de l’Académie des sciences (1716), élu membre de l’Académie française en 1718. Lieutenant-général de police de Paris, président du Conseil des finances et garde des sceaux, Marc-René d’Argenson est le père de René-Louis de Voyer de Paulmy, deuxième marquis d’Argenson (1694-1757), et de Marc-Pierre de Voyer de Paulmy, comte d’Argenson (1696-1764). Il est le grand-père d’Antoine-René de Voyer d’Argenson, marquis de Paulmy (1722-1787), grand bibliophile, élu trente ans après lui à l’Académie française en 1748.

Voici l’autre homme d’Eglise qui siégea sur ce fauteuil :

6. Jean-Joseph LANGUET de GERGY. 1677-1753. Élu membre de l’Académie française en 1721. Aumônier de la Dauphine (1697), vicaire général d’Autun (1711), évêque de Soissons (1715), archevêque de Sens (1730), membre du Conseil d’Etat (1747), il exerça ses fonctions avec un zèle rigoureux dans la défense de l’orthodoxie catholique. Né à Dijon d’une famille d’ancienne noblesse, l’abbé Languet était le compatriote et le protégé de Bossuet qui le fit admettre comme élève au Collège de Navarre, à Paris, où il avait lui-même étudié. L’abbé Languet y fut reçu docteur et devint par la suite le supérieur de cette maison. Ce fut encore Bossuet qui l’introduisit à la cour de Louis XIV et le fit nommer aumônier de la Dauphine. Devenu évêque, Mgr Languet se montra un zélé défenseur de la Bulle Unigenitus, édictée en 1713 par le pape Clément XI pour dénoncer le jansénisme. Jusqu’à sa mort, il polémiqua ardemment avec les prélats contestataires et publia de nombreux ouvrages de piété, de théologie, d’histoire et de controverse qui lui valurent une grande notoriété. Le Régent l’appela au Conseil de conscience, chargé d’assister le Conseil de régence pour les affaires morales et religieuses, et le nomma à trois abbayes.

L’abbé Languet fut de 1711 à 1715 vicaire général d’Autun, diocèse dont dépendait la paroisse de Paray-le-Monial. Il devint de ce fait le supérieur du monastère de la Visitation de Paray-le-Monial où était inhumée Marguerite-Marie Alacoque, initiatrice du culte du Sacré-Cœur de Jésus, disparue en 1690. Chargé d’enquêter sur les miracles que l’on disait s’être produits autour de sa tombe, il écrivit une biographie de la religieuse en 1729. Le culte du Sacré-Cœur ne fut pas approuvé unanimement dans l’Eglise catholique et fut notamment combattu par les jansénistes. Parmi les défenseurs du culte, on trouve le frère de Jean-Joseph Languet, Jean-Baptiste Languet, curé de Saint-Sulpice à Paris de 1714 à 1748, qui fonda dans sa paroisse la première chapelle parisienne consacrée au Sacré-Cœur.

Et c’est au tour d’un éminent scientifique d’être élu à l’Académie française au fauteuil n° 1 :

7. Georges-Louis LECLERC, comte de BUFFON. 1707-1788. Élu membre de l’Académie française en 1753. Naturaliste et écrivain. Intendant du jardin du roi (Jardin des Plantes) pendant cinquante années, il en doubla la superficie, enrichit considérablement les collections du Cabinet d’histoire naturelle, ancêtre des galeries du Museum national et y fit entrer des professeurs de grand talent. En Bourgogne, tour à tour sylviculteur, maître de forges et grand propriétaire foncier, il mena ses activités avec succès, mais il fut surtout un savant, un philosophe et l’un des meilleurs écrivains de son temps. De Buffon, la bibliothèque de l’Institut possède évidemment les 36 volumes de son Histoire naturelle, ainsi que les 10 volumes de son histoire naturelle des oiseaux.

Après la science naturelle, c’est la science médicale qui est honorée en la personne du médecin anatomiste : 8. Félix VICQ d’AZIR. 1748-1794. Élu membre de l’Académie des sciences en 1774 et de l’Académie française en 1788. Médecin et anatomiste, il fut le premier médecin entré à l’Académie française par les suffrages de l’Académie elle-même.

Quatre hommes de lettres se succèdent ensuite durant le XVIII è siècle :

10. Ange-François FARIAU, dit de SAINT-ANGE ou DESAINTANGE. 1747-1810. Élu à la Classe de la Langue et de la Littérature française de l’Institut national en 1810. Professeur et poète, traducteur notamment des Métamorphoses d’Ovide. .

11. François-Auguste PARSEVAL-GRANDMAISON. 1759-1834. Élu à la Classe de la Langue et de la Littérature française de l’Institut national en 1811. Nommé membre de l’Académie française en 1816. Traducteur et poète.

12. Narcisse-Achille de SALVANDY. 1795-1856. Élu membre de l’Académie française en 1835. Écrivain politique, historien, notamment de la Pologne.

13. Émile AUGIER. 1820-1889. Élu membre de l’Académie française en 1857. Auteur dramatique, poète. Bibliothécaire du duc d’Aumale (lequel, rappelle Mireille Pastoureau, appartenait à trois académies sur cinq).

Soulignant la variété du choix lors des élections à l’Académie, Mireille Pastoureau présente plusieurs hommes de sciences ayant siégé sur ce fauteuil :

14. l’Ingénieur (notamment dans les chemins de fer) Charles-Louis de SAULCES de FREYCINET. 1828-1923. Élu membre de l’Académie française en 1890.

15. Le mathématicien Émile PICARD. 1856-1941. Élu membre de l’Académie des sciences en 1889, puis secrétaire perpétuel de 1917 à 1941. Élu membre de l’Académie française en 1924.

16. Le physicien Louis de BROGLIE (prince, puis duc). 1892-1987. Élu membre de l’Académie des sciences en 1933, puis secrétaire perpétuel de cette académie 1942 à 1975. Élu membre de l’Académie française en 1944. Ses travaux sur la mécanique ondulatoire lui valurent le prix Nobel.

Les trois derniers occupants de ce 1er fauteuil sont contemporains et bien connus :

17. Michel DEBRÉ. 1912-1996. Élu membre de l’Académie française en 1988. Rappelons qu’il fut Premier Ministre sous le Général De Gaulle.

18. L’historien François FURET.1927-1997. Élu membre de l’Académie française le 20 mars 1997, et décédé le 12 juillet de la même année avant d’avoir été reçu.

19. René RÉMOND. 1918-2007. Élu membre de l’Académie française en 1998. Historien et politologue. A côté de ses grands travaux sur l’histoire politique, René Rémond eut aussi comme centre d’intérêt majeur l’histoire des religions en France et en Europe et s’engagea fortement, à la fin de sa vie, dans le débat sur l’avenir du christianisme. Né à Lons-le-Saunier (Jura), René Rémond fut reçu à l’École normale supérieure en 1942. Il participa à la Résistance. Agrégé d’histoire, docteur ès lettres, il devint directeur d’études et de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques à partir de 1956 et professeur à l’Institut d’études politiques de Paris. Nommé à la première chaire d’histoire contemporaine de France à la faculté des lettres de Nanterre (1964), doyen de cette faculté en 1970, il fut, de 1971 à 1976, le premier président de l’université de Nanterre nouvellement créée. Il fut président de la Fondation nationale des sciences politiques de 1981 à 2007, et de l’Institut d’histoire du temps présent, de sa création en 1979 à 1990. Directeur de la Revue historique de 1973 à 1998, il présida de 1988 à 2007 le Conseil supérieur des archives et s’intéressa aux problèmes de leur conservation et de leur communication. Il présida de 1965 à 1976 le Centre catholique des intellectuels français. Nommé au Conseil supérieur de la magistrature de 1975 à 1979, il montra un intérêt constant pour l’institution judiciaire et fut vice-président du Haut Comité pour la réforme de la procédure criminelle en 1996. Il siégea dans plusieurs instances de l’audiovisuel : Comité des programmes de télévision (1965-1968), Conseil d’administration de l’O.R.T.F. (1968-1972), de Radio France (1976-1978), d’Antenne 2 (1982-1989). Il participa à de très nombreuses émissions de radio et de télévision et commenta régulièrement l’actualité politique dans la presse et les médias. Intéressé de longue date par la formation des cadres du monde rural, il a présidé l’Observatoire national de l’enseignement agricole (1996-2004).
Notons que dans son discours, René Rémond rend hommage à son prédécesseur direct François Furet, mais aussi au prédécesseur de celui-ci, Michel Debré, dont François Furet n’avait pas eu le temps de prononcer l’éloge.

A écouter aussi :

- Dominique Fernandez : ses prédécesseurs sur le 25e fauteuil de l’Académie française
- Max Gallo : ses prédécesseurs sur le 24e fauteuil de l’Académie française
- Philippe Beaussant : ses prédécesseurs sur le 36e fauteuil de l’Académie française
- Jean-Loup Dabadie : ses prédécesseurs sur le 19ème fauteuil de l’Académie française
- René Girard : ses prédécesseurs sur le 37efauteuil de l’Académie française

Présentation de documents réalisée par Mireille Pastoureau, directeur de la Bibliothèque de l’Institut Catalogue déchargeable sur le site Internet de la bibliothèque : www.bibliotheque-institutdefrance.fr







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