Attila ou le choc des cultures

La violence nomade contre la romanité, avec l’historien Michel Rouche
Le médiéviste Michel Rouche, sur la base des récentes fouilles archéologiques dans les pays de l’Est rendues possibles depuis la chute du Mur de Berlin et du monde soviétique, ainsi que par l’étude et la traduction des textes romains, vient de publier une biographie consacrée à Attila. Un livre passionnant sur le choc des cultures, à la veille de la disparition de l’Empire romain d’Occident qui propose les clés de compréhension indispensables.


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références Émission afficher
Émission proposée par : Christophe Dickès
Référence : hist563
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist563.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida4893-Attila-ou-le-choc-des-cultures.html
Date de mise en ligne : 20 septembre 2009

Comprendre la civilisation nomade nous oblige d’abord à partir d’un constat géographique. Nomados signifie en grec « qui change de pâturage ». Et si précisément ces peuples changent de pâturage, c’est bien à cause non seulement de la terre -le monde des steppes- mais aussi du climat. Certes variées, « ces étendues herbeuses aux phases de maturité différentes imposent à l’homme un déplacement continuel pour utiliser au mieux les ressources végétales ». La nature commande donc à l’homme, dont le rapport à la terre est pensé en fonction de ce mouvement perpétuel. Quand la civilisation romaine était fondée sur la propriété immobilière, la civilisation nomade, elle, crée uniquement sa richesse des biens meubles, essentiellement et idéalement l’or…

Les Huns, Attila à leur tête, ignorent donc totalement l’idée de frontière linéaires et de res publica. La monnaie, le territoire, la fiscalité, le projet politique sont totalement absents de leur quotidien et de leur imaginaire collectif. Le véritable choc des cultures trouve son origine dans cette différence essentielle de conception, indispensable à la compréhension de cette période de l’histoire européenne, qui vit la chute de l’empire romain d’Occident. Ce choc des cultures que Michel Rouche avait déjà étudié dans son livre Romanité, Germanité, Chrétienté durant le Haut Moyen-Âge (Presses universitaires du Septentrion).

Attila, fléau de Dieu
Attila, fléau de Dieu
Copyright Musée du Louvres

L’autre clé de compréhension de l’époque réside dans ce phénomène que l’auteur appelle l’ethnogenèse, processus complexe de création des peuples germaniques qui dominent un temps puis disparaissent et se recomposent. Faute de sources, l’historien peut se perdre facilement dans cette complexité : les mélanges de ces peuples sont fréquents, alors que le succès les soude, la défaite les disloque. L’éphémère est la faiblesse du peuple hunnique dont pourtant la supériorité militaire était réelle. Admirables cavaliers, munis d’un arc à courbure d’une grande puissance, les Huns influencent même l’occident. Le père de Clovis, Childéric, est certes enterré dans « un costume de général de l’armée romaine » mais, « ses armes et ses bijoux sont d’origine pontique et hunnique ». Pour faire face à cette « société de prédateurs » comme la qualifie Rouche, politique et religion jouèrent chacun leur rôle. Néanmoins, l’Occident impérial ne put résister à la chute finale. Faut-il en attribuer la responsabilité à Attila ? Rouche répond par la négative puisque sans projet politique, Attila ne chercha pas la rupture. Il y contribua cependant par sa politique de terreur, notamment et surtout en scellant la division entre Orient et Occident, «  conséquence la plus importante et la plus durable de l’invasion des Huns ».

L’auteur.

Michel Rouche, né à Paris le 30 mai 1934, est un historien français, professeur émerite des universités, spécialiste de l’histoire de la Gaule entre l’Empire romain et le Moyen Âge. Il a enseigné à l’Université Charles-de-Gaulle - Lille III de 1969 à 1989, puis à l’Université de Paris IV - Sorbonne, comme professeur d’université. Il a été maître de conférences à l’Institut catholique de Paris. Ses recherches portent sur la fin de l’Antiquité et l’implantation des royaumes "barbares" au Haut Moyen Âge, notamment le royaume wisigoth.

Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont plusieurs ont été primés par les Académies : Attila, La violence nomade, 2009, Fayard ; Petite histoire du couple et de la sexualité, Société Sciences Humaines, entretien avec Benoît De Sagazan, CLD Editeur, réédition 2006 ; Le choc des cultures. Romanité, germanité, chrétienté durant le haut Moyen Age, Collection Histoire Et Civilisations, Presses Universitaires du Septentrion, 2003 ; L’Aquitaine des Wisigoths aux Arabes 418-781 : naissance d’une région. Paris, EHESS-Jean Touzot, 1979.






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires