Objet d’art : Une commode de Riesener

Une chronique de Bertrand Galimard Flavigny
Quand l’ébéniste Jean-Henri Riesener exécutait, pour la famille royale, une commode de haute facture, cela donnait un chef d’oeuvre. Découvrez l’histoire de celui qui fit évoluer le style Louis XV vers le style Louis XVI, et qui fut l’un des plus grands créateurs de meubles de la fin du XVIIIe siècle.


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 27 septembre 2009

Sous l’Empire, le prince Masserano (1760-1826), grand d’Espagne de première classe, avait en France, le titre et les honneurs de l’ambassade d’Espagne. Il était issu d’une vieille famille du Piémont et passa la plus grande partie de sa vie en France. Il était le fil de Charlotte de Rohan, et le petit-fils du duc de Montbazon ; il descendait ainsi de Charles-Emmanuel II de Savoie, ce qui par le jeu de ces alliances, en faisait un cousin du roi Louis XVI. Cherchant à s’établir le prince et la princesse née Adélaïde de Béthune-Pologne, confièrent à l’architecte Alexandre Brongniart la construction d’un hôtel sur un terrain sis rue Royale. Cette maison passa ensuite en 1836 aux de Clercq, puis en 1878 à la comtesse de Boisgelin et à sa fille comtesse Carl Théodore de La Bonninière de Beaumont. C’est ainsi que nous parvenons au célèbre comte Etienne de Beaumont qui fit les beaux jours de l’élégance parisienne durant les années 50. Raymond Radiguet plaça son Bal du comte d’Orgel dans l’hôte Masseran. Élie de Rothschild l’acquit après la guerre en 1945. Puis, en 1970, il passa entre les mains du président Félix Houphouët-Boigny. L’Etat ivoirien en a vendu le contenu afin de procéder, dit-on, à la restauration de l’hôtel. La vacation s’est déroulée le dimanche 29 juin 2008 à Fontainebleau par le ministère de la svv Osenat.

L’Hôtel Masseran

Cet immeuble, dont les façades et les jardins sont classés, passe pour un des plus beaux hôtels de Paris. Il contient notamment des décors classés, dont les fameux lambris du salon (1720-1723) qui proviennent de l’hôtel Parabère, 22 place Vendôme. Il n’est plus fréquent de voir proposer à la vente du mobilier de grande facture du XVIIIe siècle. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes attachés à une commode en placage d’acajou moucheté de Saint Domingue d’époque Louis XVI, estampillée J. H. Riesener (1734 -1806), ébéniste du Roi et de la Reine (Haut. 90,6 cm, Larg. 148,6 cm, Prof. 63,9 cm). Ce meuble qui provient de la collection Charles Stein (1840 1899), en 1883, estimé 200/300.000 €., a été adjugé 380.000 €.

Commode de Riesener
Commode de Riesener
© S. V. V. OSENAT

De forme rectangulaire, à ressaut central, pans coupés, et montants arrière en ressaut, cette commode ouvre à cinq tiroirs dont trois en ceinture. Celle là est ornée d’une frise à cannelures et tigettes, à l’exception du tiroir médian où se déploient des enroulements arabesques, le tout en bronze doré. Les deux grands tiroirs sont structurés par des cadres avec rosettes aux angles, avec entrées de serrures et anneaux également en bronze doré. Les angles abattus sont décorés de chutes à volutes terminées par un pendentif fleuronné, s’inscrivant dans un cadre trapézoïdal terminé à une feuille de refend. Des soleils allongés sont placés dans les angles du bas, et les sabots en bronze doré forment un panache de feuilles de forme carrée. Le dessus est de marbre blanc. Selon les experts Jean Nérée-Ronfort et Jean-Dominique Augarde, « À l’exception de la frise du tiroir central et de son placage, ici en acajou moucheté, cette commode est identique par sa forme et son décor de bronze aux quatre commodes, marquetées à mosaïque, que Jean Henri Riesener livra en 1783 pour l’appartement de Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, au château de Fontainebleau. Trois furent placées en 1787 dans le Salon des Jeux du souverain dans la même demeure. L’une d’entre elles est conservée au Detroit Institute of Art ».

Un ébéniste hors pair

Jean-Henri Riesener qui naquit en 1734 à Gladbeck en Westphalie et mourut à Paris en 1806, arriva très jeune à Paris. Il entra dans l’atelier de Jean François Œben. Après la mort de ce dernier, il resta dans l’atelier dont il prit assez rapidement la direction, signant ses créations du fer de son prédécesseur, dont il épousa la veuve. Reçu maître en 1769, il disposa alors de son propre poinçon et conserva l’atelier de l’Arsenal jusque sous le Directoire. Dès cette date, il fournit en sous main le Garde Meuble de la Couronne à travers Gille Joubert. En 1774, il lui succéda comme Ébéniste du Roi, titre auquel il ajouta plus tard celui d’Ébéniste de la Reine. De 1774 à 1785, tous les grands meubles d’ébénisterie destinés à la Couronne sortirent de ses mains. Écarté comme trop onéreux, du garde meuble royal, il conserva, néanmoins la confiance de la reine pour son Garde Meuble particulier, ainsi que celle des autres membres de la famille royale, les riches financiers et la haute aristocratie. Il travailla avec une habilité légendaire aussi bien la marqueterie de bois précieux que la laque. On reconnaît ses meubles grâce à l’utilisation de bronzes dorés d’une très grande finesse. Il fut, par exemple l’un des premiers à dissimuler systématiquement les fixations de ces derniers. Avec l’aide de Pierre-Élisabeth de Fontanieu, intendant du Garde-Meuble, Riesener fit évoluer le style Louis XV caractérisé par la suppression des lourdes entretoises, l’allégement des carcasses et les pieds galbés, vers ce que l’on appelle le style Louis XVI. Ce dernier se caractérise par le rejet des formes rocaille et revient à la rigueur de forme rectiligne voire géométriques sous l’influence des vestiges de l’antiquité découverts à Herculanum et Pompéi. Riesener fut sans doute l’un des plus grands ébénistes de la fin du XVIIIe siècle. Durent les ventes révolutionnaires, il racheta une partie de sa production à des prix inférieurs à ceux auxquels la Couronne les lui avait achetés. Il ne parviendra pas à les revendre ; une grande partie de sa clientèle avait disparu dans la tourmente et, d’autre part, le goût avait changé.

Texte de Bertrand Galimard Flavigny

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