Bonus, malus, et autres crises-passions estivales

Economie et finances, la chronique économique de Jean-Louis Chambon
La polémique estivale sur le milliard de bonus réservé par BNP Paribas à ses traders qui a suscité une grande émotion de l’opinion et une médiatisation record, est progressivement devenue une affaire d’état. Jean-Louis Chambon vous fait partager ses interrogations sur le discrédit généré par cette crise-passion.


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Émission proposée par : Jean-Louis Chambon
Référence : chr571
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/chr571.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida4835-Bonus-malus-et-autres-crises-passions-estivales.html
Date de mise en ligne : 13 septembre 2009

Cette émission a été enregistrée début septembre 2009.

Malgré la reconnaissance d’une pratique "conforme aux engagements pris, et très avancée dans la logique des recommandations du G20", les dirigeants bancaires, soupçonnés "de frilosité dans le financement de l’économie" ont été sèchement rappelés à l’ordre et sommés de revoir sur le champ leurs principes d’affectation et de distribution des bonus.

Trois axes ont été retenus :
- L’étalement sur trois années des versements
- Le mixage des modalités de paiement entre primes et actions
- L’instauration d’un système de malus permettant un principe de rétroactivité susceptible d’engendrer une reprise des sommes versées si la performance se révèle non confirmée dans le temps.

Ainsi, la France prenait-elle la tête d’un mouvement international qui se dessine aussi chez nombre d’autorités de contrôle notamment en Allemagne avec la BAFIN, en Angleterre avec la FSA, et aux États-Unis où les actionnaires se voient investis d’un pouvoir de contrôle élargi sur les rémunérations des entreprises aidées par l’État.

Aussi, Jean-Louis Chambon s’interroge t-il sur la forme et le fond de cette nouvelle crise-passion française : fallait-il à ce point laisser prospérer ce nouveau "procès en sorcellerie des banques françaises ", alors qu’elles apparaissent plus comme des victimes collatérales des pratiques anglo-saxonnes, des complices ou des acteurs ? Faut-il déplorer leur bonne solvabilité relative et leurs performances ou plutôt s’en réjouir ? Alors même que certaines d’entre elles sortent renforcées dans la compétition internationale à l’instar de la BNP ?

Enfin, n’est-il pas temps de rétablir la vérité des faits sur les aides publiques aux banques françaises qui contrairement à l’idée répandue insidieusement ne sont en rien des dons avec l’argent des contribuables mais bien, sous des formes diverses, des prêts, remboursables, à des taux très élevés. Ils procurent aux finances publiques une manne financière, historiquement jamais égalée lors des multiples aides aux secteurs en difficulté, tels l’automobile, l’industrie, l’agriculture, la sidérurgie...

Aussi, peut-on craindre que le discrédit et l’altération nouvelle de l’image de la banque et de ses grands patrons, laissent des séquelles durables et dommageables pour les intérêts bien compris du pays.

Enfin, il est légitime de se demander si cet épisode n’est pas, en réalité, que le révélateur des maux qui affectent en profondeur la société civile, une forme de "malus" structurel ?

D’un côté, cette facilité à s’exonérer collectivement de ces responsabilités en recherchant pour chaque crise des boucs-émissaires et de l’autre une tentation de suivisme de l’opinion qui est en passe de devenir une source de droit supérieure à celle du législateur. Dans ce contexte, il est à craindre que le défi moral qu’exige la classe dirigeante, l’opinion, ne se heurte à une tentation de populisme sous-jacente dans les formes diverses de la démocratie participative et la contrainte de l’immédiateté une société sur-médiatisation qui favorise plus la sur-réaction que la réflexion.

Le prochain sommet du G20, fin septembre 2009 à Pittsburg, devrait donner des indications sur le réalisme de ce volontarisme politique et de la détermination européenne dans sa capacité à faire bouger les lignes.






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