Jean-Christophe Rufin, de l’Académie française lors du 40e anniversaire de la FIPF

devant la Fédération Internationale des Professeurs de Français, FIPF
La FIPF, Fédération Internationale des Professeurs de Français, pour fêter ses 40 ans, a organisé, à l’Institut de France, le 25 juin 2009, une journée de partage et de réflexion. Elle a invité Jean-Christophe Rufin, de l’Académie française, ambassadeur de France au Sénégal, pour traiter du français dans le monde d’après sa propre expérience.


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Date de mise en ligne : 6 septembre 2009
Jean-Christophe Rufin
Jean-Christophe Rufin
photo Louis Monier

Ambassadeur de France au Sénégal, Jean-Christophe Rufin, de l’Académie française, était invité par la FIFP à partager son expérience, lui qui vit et représente la France dans un pays d’Afrique francophone.

Il a tout d’abord évoqué une réunion tenue récemment en Mauritanie qui lui a permis de mesurer comment le français demeure une langue commune d’échanges et de travail, dans les lieux de décision et de réflexion, -il y avait là un Algérien, un Tunisien, un Sénégalais, une Américaine, un Anglais, un Burkinabé, un Chinois, un Russe- : « Nous avons tous négocié en français, dit-il, c’était la seule langue de travail possible ».

Puis il a partagé avec les invités de la FIPF plusieurs réflexions sur le français. D’abord à propos du nombre de locuteurs : « Dès que l’on parle du français dans le monde, on parle toujours du nombre. Et l’on compare par rapport aux autres locuteurs. En valeur absolue, le français n’est pas dans les premiers. Mais la notion quantitative, qui sert à baser le « recul », mérite qu’on s’interroge (statistiques difficiles à vérifier) ». De plus, il convient, a-t-il ajouté, de croiser le nombre avec l’espace, l’aire géographique : le nombre d’Etats dans lequel le français est parlé est très élevé. Donc le poids politique du français demeure ».

Mais, pour J.C. Rufin, le plus caractéristique, c’est le rapport du français aux autres langues. Certaines langues sont certes importantes en quantité de locuteurs, mais restent cantonnées dans leurs frontières (l’Allemand, le Chinois, etc), sous forme de langue maternelle, dans une aire géographique naturelle. Au contraire, le français s’étend beaucoup plus largement que ses frontières. Il est naturellement la langue de la diversité, au point d’en devenir le symbole. Il se marie avec un grand nombre de langues premières. Au Sénégal, par exemple, le français est langue officielle, mais plusieurs autres langues locales sont parlées. Seulement 10 % de la population parle le français couramment.

Troisième réflexion de Jean-Christophe Rufin : les valeurs «  Dès que l’on parle de langue française, on parle aussi de valeurs ». Certains vont apprendre le français parce que cela leur permet de prendre position par rapport à des valeurs : diversité, résistance (parfois à la colonisation, par ex. en Gambie, demandeur de français contre le colonisateur anglais), philosophie, droits de l’Homme, etc. A l’inverse, dans certains pays, le français reste la langue de certains excès de l’impérialisme au cours de plusieurs moments de notre histoire. « On navigue sans cesse dans cette ambivalence » dit-il.

Et il explique comment, dans le pays où il vit, il oscille sans cesse entre deux pôles : le français porteur de valeurs, et le français langue des excès du colonialisme.

Autre point abordé : le français comme langue de combat. « Enseigner le français, c’est se battre, ce n’est pas une langue calme, on ne le considère pas d’une manière froide, sauf, peut-être et c’est le paradoxe, en France… où le laxisme sévit dans la manière de parler… » déplore l’Académicien.

Pour mener ce combat, il existe de nombreux instruments, dont bien sûr, le réseau des professeurs de français à l’étranger, la FIPF, mais aussi l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) et l’AUF (Agence Universitaire francophone).

Quel rôle l’Académie française peut elle jouer ? « Elle me parait être, dit Jean-Christophe Rufin, le détenteur d’une forme d’autorité mais qui mérite réflexion". L’autorité se manifeste sous trois formes : obéir à la règle, la faire respecter mais aussi la changer. La fonction de faire respecter la règle a peut-être prévalu plus que la nécessité de la faire évoluer. L’adaptation de la langue dans un contexte nouveau est une nécessité évidente, la France étant maintenant un pays d’émigration massive. "La règle et les difficultés du français risquent de devenir un mécanisme d’exclusion" dit-il. L’Académie française se soucie d’accompagner la réflexion profonde sur ces questions.

Un défi : le nombre d’enfants

Puis l’ambassadeur de France au Sénégal a évoqué en quelques mots, la situation dans ce pays et particulièrement à Dakar, rappelant qu’il y existe cinq établissements homologués mais que le défi du nombre y est colossal : presque 55 % de la population a moins de 20 ans. « Le défi en termes d’apprentissage du français est donc considérable ».

Une langue ouverte aux autres Il a ensuite évoqué le rapport du français aux autres langues nationales, remarquant une attitude souvent crispée : « Ce n’est pas notre intérêt de nous arc-bouter contre les langues nationales, dans une position trop agressive » et il est souvent amené à faire remarquer que le français n’est pas la dernière langue nationale mais plutôt la première langue, et la seule langue nationale qui ouvre sur le monde entier et l’international.

« Et notre effort à nous Français, de parler d’autres langues ? » Voilà un thème de réflexion qui semble tenir à cœur à notre ambassadeur (qui parle trois autres langues), mais auquel on a vite fait de reprocher de parler autre chose que le Français et de l’accuser de ne pas défendre la francophonie. « Or la francophonie ne saurait justifier la paresse : On doit aussi pratiquer les autres langues et ne pas se fermer aux autres ».






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