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Grippe A : faut-il réellement s’inquiéter ?

Avec le professeur François Bricaire, membre correspondant à l’Académie nationale de médecine
La grippe A est le fruit de recombinaisons entre des virus porcin, humain et aviaire. Le stockage de traitements antiviraux, de masques de protection, la prévision de vaccination de la population, la fermeture des écoles… et le terme de « pandémie » employé par l’OMS en juin 2009 pour qualifier l’expansion du virus met le public en alerte. Faut-il réellement s’inquiéter pour notre santé ? Écoutez l’avis du professeur François Bricaire, chef du service de Maladies infectieuses et tropicales, à la Pitié-Salpêtrière à Paris.


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Référence : ecl587
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Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida4764-Grippe-A-faut-il-reellement-s-inquieter.html
Date de mise en ligne : 19 août 2009


Le professeur François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à la Pitié-Salpêtrière
Le professeur François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à la Pitié-Salpêtrière
© E. Bonnet

A la date du 21 juillet 2009, l’OMS faisait état de 135 000 cas confirmés et 816 décès liés à la grippe A à travers le monde. En France, le premier décès d’une jeune fille de 14 ans lié en partie à la grippe A est survenu le 30 juillet 2009.
Ces chiffres nous permettent-ils d’utiliser le mot « pandémie » ?
« Oui ! » explique François Bricaire. La définition du mot pandémie ne tient pas compte du nombre de morts, mais des pays touchés par une maladie. « La pandémie n’est pas synonyme d’un nombre élévé de malades, et n’est pas associé à un fort taux de mortalité ».

En juillet, l’alerte était déjà de niveau 6 pour l’OMS, et de 5 pour la France. Pourtant, la grippe A semble bénigne. « Je dirais que sa virulence est identique à celle d’une grippe saisonnière très moyenne pour l’instant » explique François Bricaire. En revanche, ce que redoutent les épidémiologistes, c’est la mutation de ce virus, qui pourrait avoir la méchante idée de s’acoquiner avec d’autres virus plus virulents.
« Un des facteurs "alertant" de cette grippe A, c’est sa propagation dans l’hémisphère nord, alors que nous sommes en été. Ce n’est pas commun » affirme François Bricaire.

La grippe A, comme la grippe saisonnière, a un fort pouvoir de mutation. Preuve en est, les vaccins de notre grippe "classique" changent tous les ans. En ce sens, les quelque 140 millions de doses au total qui se préparent ne seraient-elles pas inutiles le jour où nous entamerons une campagne nationale de vaccination ?

Quelque 140 millions de doses de vaccin ont été commandés par la France à trois groupes pharmaceutiques : les laboratoires GSK, Sanofi-Aventis et Novartis
Quelque 140 millions de doses de vaccin ont été commandés par la France à trois groupes pharmaceutiques : les laboratoires GSK, Sanofi-Aventis et Novartis
© franck.tourneret@viasante.fr

« Ils ne seront pas obsolètes, mais il est certain qu’ils risquent de ne pas répondre totalement à une attaque virale sévère. La question de la vaccination contre la grippe A couvre beaucoup d’autres débats : devrons-nous passer outre les essais cliniques pour mettre rapidement le médicament sur le marché ? Qui vaccinerons-nous en premier ? Parmi la population qui ne sera pas vaccinée, on compte les enfants pour qui il est interdit d’administrer un produit dont on ne connait pas les effet. Mais ces enfants ne seraient-ils pas à terme une population vulnérable face à un virus qui mutera et se renforcera pour passer la barrière du vaccin ? »

N’en fait-on pas trop ?

On pourrait répondre à cette question en présentant trois groupes de pression :
- Le gouvernement. Il affiche une prise en charge efficace, basée sur le plan prévu initialement pour la grippe aviaire en 2005. Si l’opération de sécurité sanitaire est indispensable, il est indéniable que la grippe fait également office de communication politique.
- Les entreprises pharmaceutiques. Elles jouent également un rôle sur l’accent anxiogène donné au virus.
- Les médias. Ils s’assurent une couverture médiatique pendant les jours d’été, là où d’habitude on bataille pour trouver des sujets vendeurs.

Cependant, affirme François Bricaire, « si les choses sont un peu surjouées, il ne faut pas perdre de vue le fond qui est bien réel. Sans céder à la panique, il est nécessaire de rester prudent et de s’informer sur la conduite à tenir si le virus était amené à se développer ».

Cette émission a été enregistrée le 31 juillet 2009 et prend en compte les chiffres de l’OMS publiés courant juillet.

François Bricaire est professeur des universités, chef du service de Maladies Infectieuses et tropicales à la PITIE-SALPETRIERE à Paris. Il est correspondant à l’Académie nationale de médecine.

En savoir plus :
- Ecoutez sur le même thème : Histoire de la grippe espagnole

- François Bricaire, Jean-Philippe Derenne, Les nouvelles épidémies comment s’en protéger ?, éditions Flammarion 2009