L’île Bourbon

La chronique "Histoire et gastronomie" de Jean Vitaux
De l’île Bourbon à l’île Maurice, en passant par l’Île-de-France et la Réunion, le docteur Jean Vitaux vous les portes d’un laboratoire botanique, gastronomique et olfactif ! Amateur de saveurs exotiques goûtez à l’histoire de la vanille venue tout droit de l’océan Indien !


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références Émission afficher
Émission proposée par : Jean Vitaux
Référence : chr561
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/chr561.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida4747-L-ile-Bourbon.html
Date de mise en ligne : 2 août 2009



L’île de la Réunion fut découverte par le portugais Pedro Mascarenhas en 1523, comme la majorité des îles de l’océan indien et de l’Insulinde. Cette île resta déserte jusqu’à la prise de possession par la France en 1628.
Jacques Pronis, le gouverneur de Madagascar, fut retenu par les colons français rebelles à Port Dauphin puis libéré par Roger le Bourg, qui déporta les douze rebelles avec du bétail à Mascarin, qui prit le nom de l’île Bourbon en 1649. L’île Maurice fut quant à elle découverte par les hollandais qui la baptisèrent Maurice en hommage à leur prince Maurice de Nassau, avant de devenir l’île de France, puis de devenir anglaise après 1815.

Carte de l'île Bourbon au XVI<sup>e</sup> siècle
Carte de l’île Bourbon au XVIe siècle

L’île Bourbon se peupla peu à peu de colons français et d’esclaves pour cultiver les plantations de café au début du XVIIIe siècle, puis de canne à sucre. Les agronomes français amenés transformèrent l’île en jardin, après la suppression du privilège de la Compagnie des Indes.

Pierre Poivre (1719-1786), destiné à être missionnaire, perdit la main droite (celle qui bénit) lors de l’abordage de son navire par un vaisseau anglais, et ne devint donc pas prêtre, mais employé de la Compagnie des Indes, puis intendant des îles Mascareignes. Il essaya d’implanter le giroflier et le poivrier dans les îles de l’océan Indien, pour briser le monopole des Hollandais, qui tenaient fermement Batavia, et la future Indonésie. Il échoua à en rapporter de Cochinchine, puis de Timor, mais il créa un magnifique jardin à l’île de France, « Mon Plaisir », qui devint le « Jardin des Pamplemousses », avec la complicité d’Aublet puis de Commerson, débarqué du voyage de Bougainville. En 1766, Poivre devint commissaire général de la Marine à Port Louis (à l’île Maurice) et intendant des Mascareignes, et en 1770, il arrive enfin à implanter le giroflier et le poivre dans l’île Maurice, puis à l’île Bourbon. La canne à sucre fut introduite par Coligny de Palma et devint la culture principale de l’île.

Portrait de Pierre Poivre par Déborah Roubane
Portrait de Pierre Poivre par Déborah Roubane

L’île Bourbon se transforma en île de la Réunion en 1791. La vanille avait été introduite à Madagascar et à la Réunion, mais elle ne produisait pas de vanille : en effet cette orchidée épiphyte originaire des forêts vierges du Petén au Yucatan est pollinisée par des abeilles sans dard, les mélipones, et la fructification ne se produisait pas ailleurs. Il fallut attendre 1830 pour que la pollinisation soit réalisée à Paris au Muséum d’Histoire Naturelle par Neumann, et à la Réunion par un ancien esclave des plantations Edmond Albius. La vanille se répandit rapidement à Madagascar et à Tahiti. La vanille de l’île Bourbon qui parfume si délicatement les mille-feuilles reste une merveille, mais elle a été malheureusement concurrencée par un ersatz, la vanilline, qui n’en a ni le parfum, ni le goût. La crise frappa la canne à sucre à plusieurs reprises, mais la vanille en combla en partie les effets, ainsi que l’essence de géranium.

Canne à sucre
Canne à sucre

Les îles de l’océan Indien eurent leurs chantres : Leconte de Lisle, qui avait passé son enfance à l’île de la Réunion, a comparé sa belle au litchi, introduit de Chine par les botanistes du XVIIIe siècle, dans son poème Le Mouchy issu de son recueil Poèmes barbares :
« Et tandis que de son pied sorti de la babouche Pendant, rare au bord du Mouchy, A l’ombre des bois noirs touffus et du litchi Aux fruits moins pourpres que ta bouche. » Bernardin de Saint-Pierre, qui disait dans ses Etudes de la nature que « le melon et les potirons avaient des côtes pour être mangés en famille », a situé l’action de Paul et Virginie à l’île de France mais a aussi publié un Voyage à l’île de France. Il nous décrit le jardin merveilleux, fruit des efforts des botanistes voyageurs : « On voyait, dans ce jardin planté sans ordre, pêle-mêle des mangoustans, des orangers, des cocotiers, des litchis, des durions, des manguiers, des jacquiers, des bananiers et d’autres végétaux, tous chargés de fleurs et de fruits. Leurs troncs mêmes en étaient couverts ; le bétel serpentait autour du palmier arec, et le poivrier le long de la canne à sucre ».

Fleur de vanille
Fleur de vanille

De nos jours, les délicieux petits ananas, et les litchis venus par avion ornent nos tables notamment l’hiver. Le mélange des cultures a abouti à une cuisine richement épicée, lointain souvenir de l’intendant Poivre, surtout influencé par les Indiens et le curry, qui a débarqué dans nos villes dans les restaurants créoles et réunionnais. Il n’est donc plus nécessaire d’aller à la Réunion pour en goûter les fruits.
_






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires