Et si Malte était la pointe émergée de l’Atlantide ?

Chronique historique et bibliophilique de Bertrand Galimard Flavigny
La présence de grands sites mégalithiques sur Malte a plongé de nombreux savants dans l’expectative. Faute d’explications satisfaisantes, certains ont tenté d’en donner au moins une : Malte serait le sommet de l’Atlantide, ce continent englouti évoqué par Platon dans les dialogues de Timée et de Critias. Il aura inspiré une littérature plus abondante que celle inspiré par les terres émergées. Bertrand Gallimard Flavigny raconte cette histoire.


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
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Date de mise en ligne : 9 août 2009

Certains ont situé la terre des Atlantes, en Palestine, d’autres en Suède. Les fonds d’alentour de l’île de Santorin ont recueilli de nombreux suffrages, et la région de Gibraltar fut un moment en passe de prendre le pas sur toutes ces hypothèses. Celles qui la situaient du côté des Canaries furent plus nombreuses. Sans doute influencées par les Essais sur les Iles Fortunées publié en 1803 par le naturaliste, Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent (1778-1846). Ces « essais-là tenaient à prouver que « les débris de cette célèbre Atlantide, dont l’avare Océan a englouti les villes, les monuments et les richesses… » étaient installés sous l’archipel des Canaries.

Pour le marquis de Fortia d’Urban (1756-1843), un esprit savant, « membre de plusieurs Académies en France, en Italie, et en Allemagne », il n’y avait pas de doute, Ogigié, le nom antique donné à Calypso, était bien aujourd’hui Malte. Dans le tome IX, paru en 1809, de sa monumentale Histoire ancienne du globe terrestre (à Paris chez, Deterville, en 1807-1811, en dix tomes), il répond aux Essais sur les Iles Fortunées de Bory, avec un article intitulé Histoire et théorie du déluge d’Ogigès ou de Noé et de la submersion de l’Atlantide. Cet article connut un certain retentissement dans le monde scientifique contemporain. Certes Fortia n’avait pas tout à fait la preuve de ce qu’il avançait mais son intime conviction en ce domaine, était grande.

Or, le 13 juin 1827, notre savant reçut le courrier d’un architecte maltais, George Grognet de Vassé (1774-1862) qu’il avait rencontré à Rome, vers 1810. Celui-ci lui faisait part de la découverte extraordinaire d’une pierre qui détermine enfin au juste la véritable position de l’ancienne Atlantide qui s’étendait depuis le Golphe de la grande Syrte jusque entre le cap Bon d’Afrique, et le Cap Maretimo de Sicile, étant les Isles de Malte et du Goze, les anciens sommets du fameux Mont Atlas qui s’élevait presque au milieu de l’Atlantide submergé avant l’Ere Chrétienne 2298, Epoque du Déluge D’Ogygier.

Grognet racontait qu’il avait reçu une lettre date du 7 mai 1826 écrite par Don Giuseppe Felice Galea, depuis « Città Vecchia », autrement dit Mdina, l’ancienne capitale de l’île de Malte, lui indiquant que durant des travaux de terrassements, il avait trouvé, à quelques mètres de sa maison une grande pierre couvertes d’inscriptions phéniciennes, et la lui donnait afin qu’il puisse en découvrir la signification. De son côté Don Giuseppe Felice Galea prenait sa plume le 30 août 1827 pour écrire au marquis et lui confirmer la découverte de la pierre et son don à Grognet.


Le marquis, qui se prénommait Agricole-Joseph-François-Xavier-Pierre-Esprit-Simon-Paul-Antoine, entreprit aussitôt de rédiger une communication à « La Société asiatique » appuyée par une lithographie représentant la pierre : « En trouvant la langue phénicienne établie en Afrique à une si haute antiquité, nous ne pouvons trouver étrangère à nos travaux la connaissance d’un dialecte né vraisemblablement en Asie… », devait-il y écrire. Cette information provoqua une certaine sensation chez les savants européens. On tenait une nouvelle pierre de rosette !

D’augustes personnages comme Giuseppe Mezzofanti (1774-1849) qui allait être fait cardinal en 1838, alors professeur de langue orientale et grec à l’université de Bologne ; Domenico Valeriani à Florence qui avait violemment attaqué Champollion et « la nouvelle science » des hiéroglyphes avant de faire amende honorable et un certain Lanzi à Rome qu’il convient de ne pas confondre avec l’archéologue Luigi Lanzi mort en 1810, souhaitèrent examiner cet exceptionnel document archéologique.





Le 10 mars 1829, M. d’Aiguillé, chancelier au consulat de France à Malte, accédait à la demande du marquis de Fortia et fit expédier à Paris, la fameuse pierre, accompagnée d’un dessin de la pierre réalisé par le sculpteur maltais Sigismondo Dimech (169-1853) selon le procédé lithographique qui commençait à l’époque à être largement utilisé, afin qu’il puisse être distribué aux différents savants intéressés.

Mais, le doute s’instaura dans les esprits et, le premier, Louis Domeny de Rienzi, membre, lui aussi de plusieurs Académies et Sociétés savantes, de France, de Rome, des Indes, etc., écrivit à Fortia accusant Grognet s’être un imposteur « à l’imagination fertile ». Les inscriptions et l’alphabet atlantido-phéonicien étaient curieusement semblables à ceux d’une inscription bilingue découverte par lui en 1819 à Cyrène. Pour appuyer ses accusations, il fit publier, en 1832, une Question importante de manuscripts et inscriptions antiques. Réponse à M. le Marquis de Fortia d’Urban.

Avant la publication de cette lettre, Grognet avait déjà senti le doute qui s’était installé chez ses savants confrères, notamment à propos d’une interprétation faite par l’orientaliste Antoine Silvestre de Sacy. C’est sans doute la raison pour laquelle, Grognet fit ajouter dans la seconde édition de 1837 du historical guide of the Island of Malta and its Dependencies, le premier guide imprimé à Malte et paru pour la première fois en 1830, signé par Giuseppe Pericciuoli Borzesi, un Italien de Sienne, un texte de 19 pages écrites en italien sous le titre : Che Malta, Comino e Gozo siano gli avanzi della antica Atlantide. Ce texte tenait à prouver que les îles de Malte étaient les restes du continent perdu de l’Atlantide. On y reproduisait également la copie de la pierre et une traduction latine de son contenu.

Que pensez-vous qu’il arriva ? A Paris, la « pierre » montra, dès cette année-là, des signes de détériorations ; il ne resta plus à Grognet qu’à révéler la supercherie.


Il reste de cette histoire, un rapport complet sous forme de manuscrit achevé en 1854 par George Grognet de Vassé et surtout les aquarelles qu’il composa pour appuyer ses dires [1] . Ces aquarelles, comme le manuscrit, conservés à la bibliothèque nationale de Malte, semblent largement inspirées par celles du peintre Karl Friedrich von Brockdorff (1775-1850) qui avait reçu reçut en 1828, la commande du premier duc de Buckingham, de produire une série de vues de Malte et Gozo. Finalement, et si Malte était réellement la pointe émergée de l’Atlantide, cela expliquerait peut-être la présence de ces temples mégalithiques dont nous savons aujourd’hui et que Grognet ignorait, que leurs bâtisseurs avaient appartenu à une civilisation avancée et élaborée.

Sources : - Histoire présentée par Albert Ganado, lors d’un colloque The founding myths orf architecture, organisé par les Rencontres Orient-Occident, à Malte, les 7,8,9 octobre 2005.
- Bibliographical notes on Melitensia – 2 par Albert Ganado, The Malta Historical Society, 2005.

A écouter aussi :

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[1] Ce manuscrit, achevé en 1854, est conservé à la Bibliothèque nationale de Malte.






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