La route des épices : établie et convoitée (2/3)

Une série proposée par Françoise Thibaut, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques
Sans doute, l’homme a-t-il toujours souhaité améliorer son « ordinaire », sa nourriture. Il a eu l’ingéniosité de recourir à des plantes, des feuilles, des graines, des fleurs, des arbres, des mousses, qui parfois se révélèrent traîtres, mais dont il fit très souvent l’agrément de ses repas... Deuxième volet de la série La route des épices...


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Référence : FOC530
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Date de mise en ligne : 26 juillet 2009

Ce sont donc les Portugais et les Espagnols qui ouvrirent le bal, non plus en transits épisodiques et pleins d’aléas, comme les pratiquaient les principautés italiennes, mais en voies permanentes, dotées de « comptoirs » eux-mêmes dotés d’infrastructures, de personnels de commerce et de protections diplomatiques : les jardins de ports, les entrepôts à grains et plantes commencent à ce moment. L’étude systématique des graines, fruits et agrumes, accompagna ce vaste mouvement du développement de la consommation des « épices » ou produits tropicaux. Les hardis marins et entrepreneurs des Provinces Unies les talonnaient bientôt, sous la direction de Houten établissant de puissants comptoirs à Bantan, Malacca et Java ; ils furent suivis des Britanniques à l’instigation d’Elisabeth I : Après Magellan, de retour en 1522,

Le sir Francis Drake
Le sir Francis Drake

le sir Francis Drake effectua la seconde circumnavigation doté des lettres patentes de la reine et financé par les marchands de Londres, entre 1577 et 1580, rapportant or, et pierreries volées aux galions espagnols et épices des Moluques et des Indes. Le commerce se stabilisa avec la création de Compagnies détenant des monopoles d’établissement, de gestion et de transport des précieuses denrées : l’East Indian Company était née et devait durer jusqu’au XXe siècle, usant d’un droit exclusif du Cap de Bonne Espérance à la Chine. James Lancaster

Le sir James Lancaster
Le sir James Lancaster

reçut la direction de la première expédition commerciale, et renvoya depuis Bantan un premier navire rempli de poivre et de muscade ! Pour dix livres (soit près de cinq kilos) de muscade achetées un penny à Bantan, la revente à Londres était de deux livres anglaises et dix shillings : un bénéfice de 600% !

Les Portugais furent bientôt éliminés par les Hollandais, qui entrèrent en rivalité avec les Britanniques, au cours de luttes acharnées, tel le Massacre d’Amboyna en 1623. Le traité de Westminster de 1654 essaya de pacifier les relations et de répartir selon des contingentements les accès et transports des différents produits ; mais c’était très difficile à contrôler. La suprématie batave à Malacca, principal comptoir d’acheminement des épices en Asie du Sud-Est dura 112 années, entretenant la folie de la muscade, de la girofle, de la vanille et du safran, ainsi que des différentes espèces de poivre. Samuel Pepys raconte en 1665 dans son Journal sa visite secrète aux entrepôts de Londres dont les senteurs - écrit-il - « le mirent au bord de l’évanouissement ».

On peut ainsi distinguer une sorte de « duopole » des compagnies hollandaises et britanniques, émaillé de querelles et mini-escarmouches, vite résolues dans l’intérêt de la continuité du commerce. Mais cela ne devait pas durer….

Ecoutez la première partie de l’émission :
- La route des épices : précieuse mais insuffisante (1/3)

Écoutez la suite de l’émission :
- [4716]






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