Germaine Tillion fragments de vie

présenté par Jean Mauduit
La célèbre ethnologue, résistante et déportée, Germaine Tillion a laissé des textes inédits, publiés un an après sa mort, rassemblés et présentés par Tzvetan Todorov. Cette lecture suscite une émotion profonde, et notre chroniqueur Jean Mauduit en explique les raisons qui tiennent à son courage, ses engagements, sa vie de combattante, de grand témoin.


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Émission proposée par : Hélène Renard , Jean MAUDUIT
Référence : CHR565
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Date de mise en ligne : 28 juin 2009



Germaine Tillion, grande ethnologue doublée d’une grande résistante, est décédée l’année dernière le 19 avril 2008 à près de 101 ans. Ce livre est un recueil de textes inédits, rassemblés et présentés par Tzvetan Todorov. Classés par ordre chronologique, ils accompagnent toute la carrière de Germaine Tillion :
- son travail d’ethnologue en Algérie de 1934 à 1940 ;
- la résistance et le séjour en prison qu’elle effectue à Fresnes après son arrestation ;
- son long séjour en camp de concentration à Ravensbrück de 1943 à 1945 ;
- son retour à l’ethnologie ;
- enfin son rôle pendant la guerre d’Algérie et plus particulièrement durant la terrible année 1957, celle qui a vu se développer la torture dans les camps et les prisons d’Algérie.

Un courage tranquille

Germaine Tillion a été toute sa vie une combattante et après être revenue par miracle de Ravensbrück, elle a eu le courage de repartir en guerre, par ses engagements publics, contre toutes les formes d’aliénation de la personne humaine – qu’il s’agisse de la torture en Algérie, de la sujétion des femmes algériennes, ou de la torture en Irak.

Il faut rappeler aussi qu’elle est avec Geneviève De Gaulle, Valérie André, Jacqueline de Romilly, Simone Rozés et Christiane Desroches-Noblecourt, une des six femmes à avoir été élevée à la dignité de Grand Croix de la Légion d’Honneur.

Pourquoi n’y-a-til pas de féminin à « grand homme » ? Elle le fut, et une héroïne. Le fait est qu’on est saisi d’admiration devant le courage tranquille de Germaine Tillion quand elle lutte contre la barbarie nazie, quand elle fait face à un interrogatoire de la gestapo, quand elle aide ses compagnes de déportation à survivre en écrivant pour elles une opérette (jouée dernièrement à Paris). Impossible en lisant ces textes de ne pas être envahi d’une émotion profonde.

Il faut lire avant qu’il soit trop tard ces évocations, par un grand témoin, d’une réalité qui nous poursuit. En espérant – on peut toujours espérer – que les leçons d’hier servent pour demain.

Ses rapports sur l’Algérie

Dans un autre domaine, celui de l’ethnologie, il convient de mettre en lumière une prise de position scientifique de Germaine Tillion très importante. A son retour de captivité, elle a eu à faire un rapport pour un institut international sur les enquêtes qu’elle avait menées en Algérie entre 1934 et 1940. « Il me semblait (il me semble de plus en plus) – écrit-elle – que pour discourir sur les sciences humaines l’érudition pure ne peut suffire et qu’une expérience vécue, profonde et diverse constitue l’indispensable substrat de la connaissance authentique de notre espèce : il n’est que de vivre pour se convaincre que les évènements vécus sont la clé des évènements observés ».

Autrement dit les résultats d’une recherche dépendent fortement de la personnalité de celui qui la conduit. Germaine Tillion tord le cou ainsi à la prétendue objectivité scientifique dont se targuent trop de prétendus savants. Autrement dit encore : l’expérience personnelle n’est pas incompatible avec la démarche scientifique pour la bonne raison qu’elle en est de toute façon indissociable. Germaine Tillion, souligne Todorov, est « une des très rares spécialistes des sciences humaines qui ait établi cette continuité (entre le vécu et l’objet scientifique…) ; on assiste là à l’émergence d’une relation originale entre sujet et objet de la connaissance ».

Ce livre est publié aux éditions du Seuil.







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