Un objet d’art : la table à jeu de style Restauration

La rubrique de Bertrand Galimard Flavigny
Les tables à jeu ont ceci de particulier qu’elles ne sont pas uniformes, qu’elles s’ouvrent et présentent des cases, des plis et replis, c’est la raison pour laquelle on les appelle parfois « table à jeu toutes faces ». Bertrand Galimard Flavigny, amateur d’objet d’art, présente ici une commode à doucine, en placage de citronnier marqueté d’amarante à décor de rinceaux.


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
Référence : CARR583
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Date de mise en ligne : 21 juin 2009

Les tables à jeu ont ceci de particulier qu’elles ne sont pas uniformes, qu’elles s’ouvrent et présentent des cases, des plis et replis, c’est la raison pour laquelle on les appelle parfois « table à jeu toutes faces ». Nous en avons vu une en placage d’érable moucheté et amarante à décor de rosaces et griffons dans des encadrements à rinceaux, qui a été vendue 13.631 € le vendredi 15 mai 2009 à Drouot par Piasa, assisté par Guillaume Dillée. Cette table est haute de 77 cm, large de 79,5 cm et possède 40 cm de profondeur. Le plateau de cette table est à double abattant qui présente une table à jeux, regarnie d’un cuir vert, reposant sur quatre taquets, escamotables. Il découvre également, au centre, deux autres abattants, présentant un damier, reposant également sur quatre taquets. Le plateau principal, au centre, dissimule un damier et deux volets coulissants, latéraux, cachant des casiers et des jetons. Une gâche latérale, libère un jeu de Tric-Trac. Les montants plats sont réunis par une barrette fuselée à bague. Ses petits pieds sont à enroulement.

Ce meuble d’époque Charles X est caractéristique de son style. Selon un article paru dans Connaissances des Arts, en 1957, décrivant un modèle similaire mais non marqueté, il s’agit « probablement la plus extraordinaire réussite que l’on puisse concevoir ».

La Restauration a marqué le pas avec un mobilier mieux adapté aux exigences de commodité, de simple élégance et de confort bourgeois. Les lignes courbes, bannies sous l’Empire, réapparurent un peu partout. Nous en avons un exemple avec une table travailleuse qui possède à peu près les mêmes dimensions que notre table à jeu. Elle a été réalisée en placage de palissandre marqueté de fonds de citronnier à décor de rosaces.

« Tout en conservant certaines des caractéristiques des styles Louis XVI et Empire, le style Restauration offre un curieux mélange de grâce et de lourdeur qui n’appartient qu’à lui. Les surfaces des meubles sont rehaussées de marqueteries et de filets incrustés qui témoignent d’un degré de raffinement du jusque-là réservé à l’orfèvrerie », constate Adriana Boidi Sassone auteur d’un ouvrage sur le « Mobilier français du XIX° siècle » (1).

D’abord pour la lourdeur –et le pratique -, citons une commode (H : 99 cm – L : 132 cm – P : 60 cm), à doucine, en placage de citronnier marqueté d’amarante à décor de rinceaux. Elle ouvre par cinq tiroirs dont un à secret dans la base ; son plateau de marbre est bleu Turquin. Pour la grâce ensuite, saisissons cette jardinière à pans coupés (H : 83 cm – L : 62 cm), en placage d’érable moucheté marqueté de palissandre à décor de coquilles stylisées, palmettes et rosaces. Curieusement le piètement de cette pièce est en acajou, une matière devenue rare à l’époque.

Le blocus continental décidé par Napoléon en 1806 afin de tenter de ruiner le commerce du Royaume Uni et ses alliés, a eu des conséquences indirectes sur la production des meubles en France, notamment. Les ébénistes privés de l’acajou, une de leurs matières favorites et aussi empêchés d’exporter leur production manifestèrent leur crainte auprès de l’Empereur. Celui-ci, afin de soutenir un secteur qui risquait d’en pâtir, ordonna une série de commandes auprès des ateliers parisiens des Gobelins. Comme le souligne Anne Jouffroy, dans une étude parue dans Signatures, « cette situation favorisa à la fois la réapparition des meubles en bois doré et l’utilisation des bois clairs indigènes tels que l’orme, le frêne, le platane dont les couleurs chatoyantes furent tout de suite appréciées » (2). Nous voyons ainsi un guéridon de bibliothèque (Hauteur : 71 cm – Diamètre : 98 cm) en placage d’érable moucheté marqueté d’amarante à décor de rosaces et rinceaux. Il ouvre par quatre tiroirs en ceinture. Le fût balustre est à pans coupés, le piétement tripode à griffes. Comme pour le plus grand nombre des pièces de cette époque, qui abondaient en fleurs stylisées, rosaces classiques et lyres, son plateau garni d’un cuir havane est à rosaces et palmettes.

Ces incrustations étaient réalisées en bois façon ébène, en ébène véritable, en laiton ou en étain. Parfois grâce à des incrustations de porcelaine, comme sur le lit et la commode de la comédienne Mlle Mars, exécutés vers 1825 par l’ébéniste Bernard. L’utilisation d’essences indigènes la plus fragrante réside sans doute dans la table de Louis-François-Laurent Puteaux. Celle-là est entièrement plaquée de loupes de frêne, marquetée le houx, de charme et de loupes de noyer et d’orme avec quelques incrustations d’ébène, d’amarante et de nacre (3).

Texte de Bertrand Galimard Flavigny

(1) Larousse, 1985 (2) La vie en France de Napoléon à Charles X, hors série, mars 2009. (3) Au musée Carnavalet.






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