Billet d’Asie : frénésie de travaux à Kuala Lumpur, Shanghaï, Singapour...

par Françoise Thibaut, correspondant de l’Institut
En Asie, il y a des travaux partout, dans toutes les grandes villes. Les asiatiques se sont occidentalisés et équipés à une vitesse inimaginable. Françoise Thibaut, correspondant de l’Institut, vous fait découvrir ces grandes villes en mouvement dans ce nouveau billet d’Asie.


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Date de mise en ligne : 23 août 2009
Les tours Petronas à Kuala Lumpur
Les tours Petronas à Kuala Lumpur

Je n’ai jamais connu Kuala Lumpur autrement que envahie de grues. Cette ville est drôle, extraordinairement vivante, une marmite de mélanges inouïs ; c’est Singapour il y a 40 ans.
La progressive disparition des habitats traditionnels continue, accompagnée de nettoyages intenses, mais un tenace désordre sévit partout. Parfois, les brouillards polluants et les fumées venues d’Indonésie brouillent la vue, embarrassent les poumons et il y a toujours des caniveaux d’une hauteur gigantesque et des trous dans les trottoirs. A la nuit, il ne faut jamais s’embarquer sans sa torche électrique.

Les superbes tours Petronas ont mis 10 ans à grandir ; elles sont bâties sur un sol spongieux, donc elles ne sont pas rigides, mais souples et articulées afin de suivre le mouvement des secousses, si l’on peut dire. L’intelligent est d’avoir planté le jardin tout autour, pendant les travaux : Il n’a pas fallu attendre 30 ans pour voir un peu de verdure, avoir de l’ombre sous ce ciel souvent implacable les jours de congés et c’est une des promenades préférés des citadins !

Hong-Kong aussi est un chantier constant, mais différent. On démolit le vieux, on redessine ; enfin, on essaie car l’espace est limité, le terrain très cher ; les buildings sont longs et maigres, comme des cous de girafe, comme des cigarettes. C’est très laid, mais nécessaire afin de loger tout ce monde, cette déferlante humaine et ce qu’ont laissé les Britanniques est tellement moche et sale !

Ne parlons pas du désordre de Jakarta, des folies de Shanghai surexcitées, en plus, par la perspective de l’Exposition Universelle de 2010 : il faut faire encore plus grand, encore plus haut, encore plus fou. Dans certains hôtels, le client habite carrément le ciel. C’est effrayant ou bien cela vous donne un avant goût d’éternité ! On ne sait pas. Des ascenseurs transparents vous entrainent vers les nuages à une vitesse vertigineuse et vous bombardent sur un palier de verre et de métal. La chambre regarde un paysage infini, noyé de brouillard le jour, rempli de clignotants colorés la nuit. On se dit qu’on pourrait prendre son avion comme cela, en faisant signe au pilote, comme dans un film de science fiction.

A Singapour, on reconstruit la ville à peu près tous les 30 ans : on bazarde les immeubles un peu anciens, les affreuses boites de chaussures des années 70 pour les remplacer par des prouesses de verre et de matériaux clinquants. En ces temps de crise, où le tourisme haut de gamme est fortement ralenti, ainsi que le business qui envoyait les gentils cols blancs incompétents dans les hôtels de grand luxe, on démolit les locaux les plus démodés, mine de rien. C’est comme cela que l’on peut dire que les hôtels sont toujours bondés, et qu’il n’y a pas de crise. De cette manière, le vieux Carlton, l’Hyatt du début des années 80, le Marriott moche comme tout, près de chez Tang, sont passés à la trappe. Le vieux Mandarin est en travaux interminables, et même le Pan Pacific n’a que bien se tenir ! Au passage, cela supprime des hôtels américains, si souvent cibles d’attentats dans d’autres villes. Il renaitront, dans deux ou trois ans, quand l’orage financier sera passé.

Ce qui me fascine le plus, et me laisse pantoise, c’est qu’en moins de 40 ans, ces millions de gens qui vivaient à l’horizontal, au ras du sol, sur la terre battue et dans la nature, sont passés à la verticalité quotidienne, l’ascensionnel permanent. Que feraient-ils désormais sans énergie pour alimenter toutes ces boites volantes et ces escalators qui enjambent l’espace ? Extraordinaire adaptabilité humaine !

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