Heureux qui comme mamie...

Mot pour mot, la chronique de Jean Pruvost
Si le mot heureux a l’heur de vous plaire, vous apprécierez sûrement les explications étymologiques de Jean Pruvost, surtout lorsqu’il vous fera découvrir qu’heureux se disait euros au XII e siècle ! Quant à votre aïeule, vous saurez désormais s’il est préférable de l’appeler mémé, grand-maman ou mamie, avec un m ou deux, un i ou un y ! On s’y perdrait si tout cela ne nous rendait joyeux !


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Émission proposée par : Jean Pruvost
Référence : MOTS538
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Date de mise en ligne : 17 mai 2009

Heureux, à la bonne heure !

Si Jean Dutourd déclarait dans un entretien qu’il n’avait jamais été heureux mais toujours joyeux, Isabelle Lorthorlary jouera à son tour délicatement sur l’adjectif en offrant, en 2008, un essai s’intitulant Heureux ou presque heureux, fondé sur la solitude qui lui semble persister malgré l’âge s’avançant.

Le mot-clé, heureux, représente de fait à lui seul tout un programme lexical, qui se présente sous d’heureux auspices, parce qu’il vient justement d’un mot oublié, heur, h e u r, du latin augurium, qui désignait un présage, autrement dit des augures bons ou mauvais. C’est de là qu’est venu le mot heureux, l’heureuse année, et de belles formules comme heureux les simples d’esprit, des simples d’esprit qui n’ont cependant peut-être pas tout pour être heureux et couler des jours heureux. Et de là aussi l’habituel piège orthographique propre à l’expression avoir l’heur de plaire, heur, sans e bien sûr.

Fouiller dans les dictionnaires, en s’intéressant notamment à la prononciation et à l’orthographe du mot heureux au XIIe siècle, ne manque pas de rendre « joyeux » en découvrant qu’heureux s’écrivait alors euros, e u r o s : de là à faire un jeu de mot stupide en affrimant que l’euro ne fait pas le bonheur il n’y a évidemment qu’un pas. En fait, comme on l’a déjà signalé, le mot de départ, heur, sans e, désignait ce qui peut arriver d’heureux ou de malheureux, d’où le mot mal heur, en deux mots d’abord, et bon heur, également en deux mots à l’origine. Et puis comme l’optimisme l’emporte, heur a vite seulement désigné ce qui était heureux. Et donc avoir l’heur de plaire, ce fut avoir le bonheur de plaire. En fait pour en revenir aux euros…, si l’on a ajouté un h à ce mot heur qui n’en comportait pas au Moyen Âge, c’est tout simplement par assimilation avec un autre mot sans rapport étymologique, « heure », avec un e, désignant le temps qui s’écoule. Et c’est ainsi que par déformation on a dit à la bonne heure, qui n’a aucun rapport avec le temps qui s’écoule, mais avec l’heur, le bonheur, d’où le sens de « bien heureusement ». On le constate, la famille du mot heur, heureux, n’est pas simple ! Mais elle est joyeuse.

L’heureuse Mamy et ses synonymes…

En 2008 paraissait un ouvrage de Gérard Pussey intitulé Mamy Ward, avec un y à mamy et un w à l’initiale de l’autre mot…, titre un peu embêtant pour un francophone. Doit-on en effet le prononcer à la française Mamy Vard, ou, stimulé par le y de Mamy, à la mode anglaise Mamy Ward. Laissons de côté le second mot et concentrons-nous sur « Mami », sous toutes ces formes, telles qu’on les trouve dans nos dictionnaires, et sur ses synonymes.

Il faut bien sûr commencer par définir Mam[i], m i e, ou m y ou même 2 m y. La définition qu’en donnent des enfants dans le Dictionnaire insolite des petits akadémiciens n’est peut-être pas juste, « c’est comme une mémé, mais elle est un peu plus jeune ». Mais il est vrai que mamie ou mammy selon la formule des dictionnaires - donc la grand-mère, la mémé, voilà déjà deux synonymes - n’est pas très ancienne dans la langue française.

Mammy n’est en effet attesté(e) qu’en 1952 disent les étymologistes, mais le terme est d’un emploi sûrement plus ancien parce que dans son œuvre autobiographique, Les mots, Sartre déclare qu’on lui avait demandé d’appeler sa grand-mère, Mamie ; or Sartre est né en 1905. Le succès de mammy correspond probablement à l’envie de renouveler mémé, attesté assez récemment aussi, en 1884, et surtout grand-mère dont la trace remonte à 1529 sans oublier grand-maman. Auparavant dominait l’aïeule, Ah mes aïeux...

Mais à côté de l’aïeule, de la grand-mère, grand-maman, mémé, mamy, il y a une seconde mamie, m a m i e, dont témoigne Paul Bourget en 1928 qui, s’adressant à une femme lui dit : « je sens que vous êtes mon amie, alors je vous appellerai mamie ». Il reprenait là une formule médiévale, où mon amie au féminin se disait m’amie, m’, finalement écrit en un seul mot mamie ou même en deux ma mie...

Alors attention avant d’appeler une jeune femme mamie, rappelez-lui bien l’étymologie. Il est vrai cependant que les grand-mères sont de plus en plus jeunes et savent le rester ! Une chose est certaine, on n’oserait plus aujourd’hui appeler sa nourrice « maman téton » comme le signale Furetière qui trouve la formule très affectueuse !

Texte de Jean Pruvost

Jean Pruvost
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- Heureux






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