Billet d’Australie (1) : merci aux intrépides aviateurs !

Par Françoise Thibaut, correspondant de l’Institut
Françoise Thibaut nous raconte dans ce billet comment ce grand pays-continent qu’est l’Australie serait resté isolé dans son immensité sans l’avion, qu’il ait été un coucou postal, un avion militaire, privé ou de grande ligne, avec, en prime, les portraits de quelques aviateurs pittoresques.


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Émission proposée par : Françoise Thibaut
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Date de mise en ligne : 26 avril 2009

Australie. Il ne s’agit pas du lénifiant et romanesque navet dans lequel Nicole Kidman s’agite en vain…

Les britanniques ont fait beaucoup de sottises dans leur colonisation du continent austral, heureusement tardive : la chance de l’île-continent est d’avoir dérivé aussi loin et d’être restée isolée si longtemps. Les européens n’ont pris que très lentement conscience de l’immensité du lieu, de son hostilité. Ils s’employèrent souvent à exterminer tout ce qui entravait leurs entreprises : les kangourous, et surtout les habitants originaires, les Aborigènes. Partir pour l’Australie fut pendant 150 ans soit la marque de l’infamie, soit la décision de ceux qui ne pouvaient rien espérer de l’Angleterre, soit la punition des fils de famille indisciplinés, soit un nouveau Far West pour aventuriers et chercheurs d’or. Partir pour l’Australie, en revenir pouvait prendre des mois, voire des années. Et on n’était jamais sûr d’y arriver… Le bateau fût l’unique moyen de communication jusqu’au premier tiers du XXème siècle, dans des conditions souvent incertaines. Les naufrages, le long des côtes du sud, furent extrêmement nombreux.

Le Harbour bridge à Sydney
Le Harbour bridge à Sydney

L’avion a tout changé : il y eut d’abord les pionniers, lorsque l’avion - le plus souvent un biplan - restait l’apanage de riches sportifs : lorsque l’Empire couvrait le monde, le jeu consistait à préparer des étapes le long d’un parcours passant par Malte, la Crête, l’Egypte ou l’Irak, l’Inde, la Malaisie, les îles de la périlleuse mer d’Arafura… et enfin, Darwin, tout au nord. C’est ainsi que sont nés les grands aéroports d’aujourd’hui : Quelques bidons de carburant, un peu d’huile et d’eau, et 300 mètres de prairie ou de plateau point trop caillouteux suffisaient à l’aventure… Glenelg, station balnéaire d’Adélaïde garde le souvenir de Jimmy Melrose, un héros national, qui le premier fit le voyage « à l’envers » : Australie/ Londres, c’est-à-dire le vent sur le nez en 1934 en 8 jours et 9 heures ; et puis Lord Francis Chichester, lequel, avant d’être un intrépide navigateur, modèle et idole d’Eric Tabarly, s’illustra comme aviateur, en accomplissant un Londres/Australie en un temps record en 1929. C’est lui qui appliqua le premier les principes de la navigation maritime à la navigation aérienne.

Wallaby d'Australie
Wallaby d’Australie

On peut aussi signaler le capitaine Harry Butler, autre héro local, lequel en 1919, avec son monoplan Bristol « red devil » (diable rouge) établit le premier courrier postal entre la capitale de la péninsule de York, Miniaton, lieu de fabuleuses mines de cuivre, découvertes en 1859, et Adelaïde.

Mais ce qui changea tout fut la Seconde Guerre Mondiale : les avions s’emparèrent de l’Océan Pacifique, le vainquirent, en partie grâce au porte-avion - cette fausse île de métal qui permet de ravitailler. Pearl Harbour fut une attaque d’une portée aérienne osée ; la reconquête de l’océan, île par île visant le sud du Japon, se fit à partir de l’Australie, base arrière des alliés, à partir d’Alice Spring et de Darwin, laquelle connut 71 raids aériens japonais. Hisroshima et Nagasaki furent les aériens points finals de la Guerre dans le Pacifique. On inventa, pour ces expéditions aériennes d’un genre nouveau la notion de « point de non retour » : la distance maxima où l’on peut voler en ayant assez de carburant pour revenir.

A partir de là, l’avion « désenclava » l’île-continent et fit progressivement du Pacifique une nouvelle Méditerranée ; les pistes et les tours de contrôle existaient, les pilotes étaient démobilisés, et les premières lignes régulières civiles furent montées avec d’anciens avions militaires réaménagés. Non seulement pour des passagers mais surtout pour les marchandises, le « frêt », le bétail, la laine… Avec quelque cynisme, les Australiens avouent que la 2WW (comme ils l’écrivent) accéléra leur histoire d’au moins 50 ans et fut une sorte de « chance » pour eux, même si le prix à payer, en vies humaines, fut très lourd.

Les lignes intérieures sont nombreuses ; les avions privés aussi ; les distances sont tellement immenses. Il y a encore beaucoup d’avions à hélices, de beaux Fokkers bien entretenus, de gentils Cesna au son grave ; mais le passage de l’hélice au réacteur a permis de couvrir sans escale des trajets de plus en plus longs ; à la fin des années 70 le premier Los Angelès/Sydney sans escale fut un grand évènement. Maintenant cela parait banal tout comme les liaisons directes avec toute l’Asie pacifique. La Compagnie Nationale - la Quantas - veille jalousement sur son autonomie, ses finances et ne veut en aucun cas être absorbée dans une quelconque alliance avec des compagnies plus puissantes qu’elle-même. Qui se souvient que « quantas » signifie Queensland And Northern Territories Aerial Service et qu’elle commença fort modestement son trafic intérieur en 1920 avec deux incertains coucous juste assez costauds pour embarquer quelques sacs de courrier ? Elle s’est longtemps targuée d’être « la meilleure compagnie du monde » ! Ce qui n’est pas loin d’être vrai, et elle a affronté les premiers Jeux australiens, ceux de Melbourne, puis l’affluence des J.O. de Sydney avec maestria. La crise actuelle qui voit son trafic et ses bénéfices baisser, l’inquiète, de même que le cours du kérosène. Si l’avion venait à ne plus remplir son rôle, l’Australie retournerait peut-être à l’obscurité de l‘isolement…

En savoir plus :

Lord Francis Chichester (1901/1972) né dans le Devon était établi en Nouvelle Zélande. Aviateur émérite (qui eut de nombreux accidents), navigateur remarquable, il fut conseiller technique pour la Firme de Haviland. Tous ses avions et tous ses bateaux s’appelèrent « gypsy moth ». Il créa la course en solitaire dans l’Atlantique. Il relia le premier la Tasmanie à Melbourne en avion, et effectua aussi la première liaison aérienne avec le Japon. Il accomplit un dernier tour du monde en bateau à l’âge de 66 ans. Il a écrit un très joli livre de souvenirs, dont le titre est le premier vers du poème le plus connu de langue anglaise "the lonely sea and the sky" en 1964. Plusieurs de ses récits sont publiés en français.

Jimmy Melrose a en outre accompli le premier tour de l’Australie en avion pendant l’été 1934 en 5 jours et 10 heures. Pour lui ce fut un entraînement en vue du périple vers l’Angleterre. A 19 ans, il fut le plus jeune pilote licencié du Royal Aéroclub d’Australie. Après son exploit, et son arrivée triomphale à l’aéroport britannique de Croydon, il créa les premières lignes régulières entre la Tasmanie et Melbourne, puis la Melbourne/Darwin, étape essentielle du désenclavement du continent. Il se tua en 1936 sur panne mécanique dans des circonstances assez obscures.






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