L’Arioste et les Arts au Louvre : Imaginaire de l’Arioste – L’Arioste imaginé

Une exposition au Musée du Louvre autour de l’univers de l’Arioste et son Roland furieux
Pour nous faire pénétrer dans une des plus grandes œuvres littéraires de la Renaissance italienne "Orlando furioso", un "Roland furieux" qui n’a cessé d’irriguer l’imaginaire et la créativité des artistes de tous les temps, Krista Leuck reçoit les deux commissaires de l’exposition du Louvre, Monica Preti-Hamard et Dominique Cordellier.


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Émission proposée par : Krista Leuck
Référence : carr566
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Date de mise en ligne : 26 avril 2009


Cette exposition est le cœur d’une riche programmation que le Louvre a organisé en ce printemps 2009 autour de L’Arioste : des conférences, un colloque, des concerts et des projections d’opéras filmés sur le Orlando Furioso de Lully, Rameau, Vivaldi, Haydn et tant d’autres ainsi que la lecture intégrale du célèbre poème par de grands acteurs, en français et en italien.
Un spectacle de marionnettes, les fameux Pupi siciliani célébrant les aventures du Roland furieux, est également au programme de cette véritable fête à la gloire de L’Arioste.

Pupi siciliani
Pupi siciliani
© Figli d’Arte

Monica Preti-Hamard et Dominique Cordellier proposent dans cette exposition de « faire découvrir la richesse des confrontations entre les différents arts. On suit un parcours inédit sur l’imaginaire de l’illustre auteur italien que fut Ludovico Ariosto (1474-1533), dit L’Arioste, écrivain et homme de cour au service des princes d’Este.
L’univers que L’Arioste met en scène dans le Roland furieux, publié pour la première fois à Ferrare en 1516, est ainsi empreint d’un imaginaire courtois et chevaleresque dont on trouve des échos chez de nombreux artistes de la Renaissance italienne, de Pisanello à Nicolo dell’Abate.
Le Roland furieux avec ses magiciens et ses forêts enchantées, ses combats fabuleux, ses chevaliers extravagants et ses troublantes héroïnes, est un prodigieux réservoir d’images.
Cette exposition propose une réflexion sur les influences réciproques de l’image et du texte dans la création artistique et littéraire ». (extrait de la présentation de l’exposition)

Coupe, Guerrier casqué en buste de profil à gauche ; "Bradamante"
Coupe, Guerrier casqué en buste de profil à gauche ; "Bradamante"
Musée national de la Céramique de Sèvres © RMN / Christian Jean

Orlando furioso

Avant l’Arioste, Boiardo, comte de Scandiano (1441-1494), un dignitaire de la cour des Este, rédige le Roland amoureux, en intégrant l’épopée chevaleresque du Moyen-Age et les classiques de l’Antiquité païenne. Poème écrit dans une langue empreinte des dialectes de la plaine du Pô qui sera fait vite oublié, avant d’être ré-écrit en « bon langage » au XVIe siècle. Il sera totalement éclipsé par le Roland furieux de l’Arioste.

« La furia de Roland est une folie d’amour. Il perd l’esprit lorsqu’il découvre la passion d’Angélique pour Médor, simple soldat sarrasin. Cette dérision de l’idéal chevaleresque est aussi une démonstration éclatante de la vanité des actions humaines. Les rapports de l’homme et de la femme, avec toutes les illusions, diversions, tromperies et délices forment la trame de la plupart des intrigues, divagations, poursuites et vicissitudes du poème » (Monica Preti-Hamard dans le catalogue de l’exposition).
Ces propos résument parfaitement tout le Roland furieux.

Monica Preti-Hamard et Dominique Cordellier nous retracent avec brio quelques unes des péripéties et les étonnants récits de ce chef d’œuvre littéraire de la Renaissance italienne. La fabuleuse histoire de Roland et Renaud qui se disputent la belle Angélique, de Roger et Bradamante, sans oublier Astolphe volant sur la lune, l’Hippogriffe et tant autres aventures où, comme en une chevauchée fantastique, les héros survolent la terre, le ciel et des mondes imaginaires …

Biagio Pupini, dit Biagio dalle Lame (Bologne, documenté de 1511 à 1551), Roger délivrant Angélique ou Persée délivrant Andromède
Biagio Pupini, dit Biagio dalle Lame (Bologne, documenté de 1511 à 1551), Roger délivrant Angélique ou Persée délivrant Andromède
Plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc, papier beige, musée du Louvre, département des Arts graphiques © Musée du Louvre.

Parcours de l’exposition

Cette foisonnante création autour de l’œuvre de L’Arioste est distribuée en deux salles, l’une consacrée à la Renaissance, l’autre aux visions du XIXe siècle français, avec des œuvres de Delacroix, Ingres, Gustave Moreau ou le sculpteur Barye avec, en figure centrale, Roger et Angélique.

Jean Auguste Dominique Ingres (Montauban, 1780 - Paris, 1867), Roger délivrant Angélique
Jean Auguste Dominique Ingres (Montauban, 1780 - Paris, 1867), Roger délivrant Angélique
1819, huile sur toile, musée du Louvre, département des Peintures © RMN / Gérard Blot

Reliant ces deux périodes, Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) célèbre l’Arioste, d’un crayon alerte et voluptueux. Ici ne sont exposés que quelques dessins sur une totalité d’environ cent quatre vingt que le Roland Furieux a inspiré à l’artiste (très prochainement, vous pourrez écouter l’émission « Fragonard et l’Arioste » avec Marie-Anne Dupuy-Vachey).

Jean-Honoré F r a g o n a r d , L’Arioste dédie son poème à H i p p o l y t e d’Este
Jean-Honoré F r a g o n a r d , L’Arioste dédie son poème à H i p p o l y t e d’Este
© Musée du Louvre, département des Arts graphiques

La création contemporaine de l’Arioste dans la première salle est illustrée par trois thèmes principaux :

- Chevaliers errants, avec des œuvres d’un Antonio Pisanello (1394 ?-vers 1450) par ex.,d’une finesse exceptionnelle mettant la figure du preux chevalier au centre.

Pisanello (dit), Antonio di Puccio di Giovanni (Vérone ou San Vigilio, 1394 ? - ?, 1450/1455), Coque d’un navire portée par un dragon et esquisse d’un dragon
Pisanello (dit), Antonio di Puccio di Giovanni (Vérone ou San Vigilio, 1394 ? - ?, 1450/1455), Coque d’un navire portée par un dragon et esquisse d’un dragon
Navi portate da pesci o da draghi
Plume et encre brune, lavis brun, pierre noire, musée du Louvre, département des Arts graphiques © Musée du Louvre
Jacopo Bellini, <i>Cavalier sur palefroi au harnachement fantastique </i>
Jacopo Bellini, Cavalier sur palefroi au harnachement fantastique

- L’alta Fantasia nous fait découvrir des feuilles étonnantes mettant en lumière des grotesques, grande mode de l’époque de L’Arioste suite à la découverte, à la fin du XVe siècle, de salles souterraines abritant des peintures murales où s’enchevêtrent des motifs figuratifs et des ornements déployant librement leurs gracieuses symétries.

Artiste anonyme italien XVIe siècle
Artiste anonyme italien XVIe siècle
Copie d’après les pilastres I et II des Loges du Vatican

- Troisième volet Figures de femmes témoignant dans cette série de dessins la place prépondérante qu’occupe la femme dans le Roland furieux. La diversité des héroïnes qui l’habitent laisse bien voir l’étendu des sources qui inspirent l’Arioste : victime expiatoire comme Andromède ou guerrière digne des Amazones, la femme décrite par l’Arioste relève d’un imaginaire largement tributaire de l’antique. Il nous transmet le regard du poète sur la cour des Este et ses femmes illustres.

Nicolo dell’Abate – Scène de chevalerie
Nicolo dell’Abate – Scène de chevalerie

Le donne, i cavallier, l’arme, gli amori, Le cortesie, l’audaci imprese io canto (I,1)

C’est vous, dames et chevaliers, amours et armes, Actes de courtoisie, dessins audacieux, Que je chante

Girolamo di Tommaso, dit Girolamo da Treviso (Trévise, 1408 - Boulogne-sur-Mer, 1544), Six femmes marchant vers la gauche, deux tenant un éventail
Girolamo di Tommaso, dit Girolamo da Treviso (Trévise, 1408 - Boulogne-sur-Mer, 1544), Six femmes marchant vers la gauche, deux tenant un éventail
Plume et encre brune, lavis gris-brun, rehauts de blanc, pierre noire, papier lavé de gris, musée du Louvre, département des Arts graphiques © Musée du Louvre

Michel Jeanneret – co-auteur avec Monica Preti-Hamard du catalogue de l’exposition – souligne que les « valeurs du code chevaleresque du Moyen-Age tant chantées par l’Arioste avaient bel et bien disparues à son époque. Et pourtant l’Arioste rêve d’un temps imaginaire où la vaillance militaire inspirait la vertu. L’histoire du Roland s’inscrit dans un monde sans âge où fusionnent plusieurs époques légendaires. Le poème opère comme une machine à remonter vers un âge d’or où la bravoure et l’amour, la grandeur d’âme et la délicatesse du sentiment se conjuguaient ».
Là réside sans doute la principale qualité de ce poème épique et héroïque ayant connu un tel succès durant des siècles.

Orlando Furioso di Messer
Orlando Furioso di Messer

Un plaisir rare pour les bibliophiles :
Plusieurs éditions, notamment la première, l’editio princeps de 1516 du Roland furieux (Paris, Bibliothèque nationale de France, Réserve des livres rares) sont à voir et à goûter avec les yeux dans cette exposition.

Pour en savoir plus :

- Catalogue de l’exposition Imaginaire de l’Arioste – L’Arioste imaginé par Michel Jeanneret et Monica Preti-Hamard aux Editions Louvre, Gourcuff-Gradenigo, en 2009.
- L’Arioste – Orlando Furioso – Roland Furieux
Texte intégral du poème, introduction, traduction et notes d’André Rochon, paru aux éditions Les Belles Lettres, édition bilingue. Trois tomes. (Deuxième tirage)
- Arioste – Roland furieux, Textes choisis et présentés par Italo Calvino, GF Flammarion, 1982