Billet de Hong Kong

Par Françoise Thibaut, correspondant de l’Institut
Hong Kong, terriblement européenne et profondément chinoise, une ville paradoxale, affairée et secrète ! Notre correspondante vous livre ses impressions, ses étonnements, ses découvertes, bref sa fascination pour cette cité à double visage où deux mondes, l’Est et l’Ouest, se rejoignent.


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Référence : CHR790
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Date de mise en ligne : 19 avril 2009

Hong Kong, paradoxale, car elle rassemble en elle-même toutes les contradictions possibles : sur la durée d’abord : cette « place » aurait du disparaître… plusieurs fois… au profit de Shanghaï, de Singapour, de Taïpeh, à la fin de l’ère victorienne, après la Seconde Guerre Mondiale, avec le système populaire de Mao, après le départ des Britanniques… et bien non, elle est toujours là ! Plus arrogante que jamais, affairée, besogneuse, compliquée, et secrète ; incroyablement bruyante, mais muette. Muette sur son objet même : à quoi sert Hong Kong ?

Irremplaçable passerelle entre l’Est et l’Ouest, entre un monde interdit et un monde insaisissable, entre l’immobile et le changeant, l’éternel et le fugace, l’interdit permis et l’autorisé inatteignable… Si l’on est pas complètement stupide, on est très vite « happé » par cette ville sans grâce spéciale, où un paysage sublime a totalement été saccagé, ravagé par l’homme ; ce dernier, toujours stupidement pressé a transformé le sous sol en gruyère pour faire se rejoindre île et continent, a bati des ponts pour enjamber la baie, des plate formes de béton pour réduire la mer à une congrue portion de paysage. Dieu doit être bien mécontent : l’homme est si bête avec son béton : Il avait donné une baie parfumée, il reste un monstre enfumé …

- L’ile, Koolong et leurs faubourgs sont très européens : ceux qui débarquent à Hong Kong en veine d’exotisme seront déçus : c’est une ville ancienne, modelée depuis près de deux siècles par la présence des Britanniques, dotée d’un climat proche de celui de la Côte d’Azur, d’immeubles victoriens très laids, de buildings modernes serrés les uns contre les autres, qui rendent certains quartiers ombreux, entretiennent la stagnation du mauvais air de la circulation automobile ; Nathan Road est, à certaines heures, irrespirable, tout comme l’arrière du front des buildings de l’ile. Souvent noyée dans la brume, la baie tarde à se découvrir ; la ville est souvent laide, sale, mal tenue ; rien à voir avec la singapourienne manie du balayage et du lavage à grande eau ! Pourtant un progrès notable a été accompli. Dans les centres les plus anciens beaucoup d’immeubles à demi ruinés, désaffectés, sur les toits desquels les plus pauvres ont encore bati des cahutes en tôle et en chiffons, où ils s’entassent. Les Anglais, sachant qu’ils allaient forcement partir un jour ou l’autre, ont tout laissé aller, dans leur notoire sens de l’économie… Quand on connaît la légendaire pingrerie écossaise, la peur de manquer irlandaise, les histoires de Dickens et le plat porte monnaie de Madame Thatcher, on n’est qu’à peine étonné.

- Ville profondément chinoise, Hong Kong se méprise elle-même d’être aussi européenne ! Dès que l’on est sorti de l’extrême centre, les manières chinoises reprennent le dessus : on parle chinois, tout est écrit dans cette langue ; les marchés, les commerces, les manières appartiennent à l’Empire du Milieu. Malgré les buildings d’habitation hideux, plantés dans le sol comme des cigarettes, ces manières frappent bien plus qu’à Singapour ou Shanghaï par un saisissant effet de contraste : la langue, les échopes, la nourriture, les temples les autels partout, et cet accueil très réservé, amusé et distant, devant tout ce qui s’apparente au conquérant occidental.

Les Hongkongais sont les plus gros mangeurs d’oranges du monde ; peut-être pour compenser le gris et la brume ; l’ensemble de la ville connaît une des plus fortes densités urbaines jamais chiffrée ; bientôt, lorsque la banlieue de Shenzhen aura rejoint les Territoires du nord, l’ensemble formera la plus vaste conurbation mondiale, et la plus peuplée. Parfois, on est atteint de crainte devant ce goût pour le monstrueux et le gigantesque ; mais il existe aussi de vrais petits bonheurs timides à Hong Kong, dont on se délecte, au milieu de la presse et du bruit, telle une séance de Taï Chi inavouable, à l’orientale : la joie dans la torture !

D’abord la nourriture ! Cette ville est sans doute l’endroit où l’on mange le mieux de toute la planète asiatique : toutes les cuisines sont représentées, des violents ragoûts du Sechuan, aux raffinements impériaux, tout est là, à portée de porte monnaie, dans une abondance rassurante. Pour un peu on deviendrait chinois, on mangerait toute la journée ! S’habiller de neuf est aussi une joie illimitée : l’art de la coupe, tous les tissus du monde, le raffinement des créations, la rapidité de l’exécution, la foultitude des petits créateurs indépendants dont l’imagination est sans borne : la mode se crée là, dans des arrières boutiques dotées d’une Singer d’avant guerre, et aussi chez le rassurant Hue Wah, sorte de Bon Marché à la chinoise, où l’on trouve « tout » dans un infernal désordre …

Il y a les promenades, dans les banlieues encore rêveuses, Stanley, Aberdeen, le peak et ses abruptes pentes herbues où l’on rencontre singes et écureuils, l’Ocean Park offrant des paysages merveilleux, l’île de Lantau son calme et son bouddha, où malgré la proximité de l’hérétique aéroport on continue d’amener les petits enfants, pour qu’ils apprennent à prier… tout comme au monastère de Shah Tin où l’on peut s’envoler en fumée la conscience tranquille dans de petits fours rouillés disposés en plein air autour de la pagode, et où à l’heure du déjeuner, les employés de banque, les vendeuses de magasins et les conducteurs de bus viennent honorer leurs morts fruits et fleurs à la main…

Hong Kong est un excellent exercice de compréhension du monde : Rudyard Kipling dans un poème bien connu « Ni Est ni Ouest » avait écrit en son temps que les deux mondes ne se rejoignaient jamais. C’est encore vrai… sauf à Hong Kong .

Françoise Thibaut.






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