Ampère, le mathématicien, philosophe romantique

avec Robert Locqueneux, historien de la physique
Mathématicien et physicien, André Marie Ampère donna son nom à l’unité internationale de courant électrique : l’ampère. Mais cet homme du siècle des Lumières fut bien plus que cela…Ampère était un philosophe, un romantique, botaniste et naturaliste à ses heures, et bien sûr un homme de sciences, ami de François Arago, de Fresnel et de Delambre. Robert Locqueneux nous livre le portrait de ce surdoué toutes catégories.


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Date de mise en ligne : 12 avril 2009
André-Marie Ampère (1775-1836)
André-Marie Ampère (1775-1836)

C’est à Lyon que naît André-Marie Ampère le 20 janvier 1775. Issu d’une famille de négociant en soie, le jeune André-Marie est très tôt déjà un enfant atypique. Il ne va pas à l’école. C’est son père rousseauiste qui se base sur Emile, ou de l’éducation pour lui faire lui-même les leçons.

Très jeune, André-Marie se prête au jeu de la biographie qu’il rédige à la troisième personne.
Ainsi écrit-il :
« Avant de pouvoir lire, le plus grand plaisir du jeune Ampère était d’entendre des morceaux de l’histoire naturelle de Buffon, il demandait sans cesse qu’on lui lût l’histoire des animaux et des oiseaux dont il avait appris depuis longtemps tous les noms en s’amusant en regardant les figures. La liberté qu’on lui laissait de n’étudier que quand il lui plaisait de le faire fut cause que, quoiqu’il sût épeler depuis longtemps, il ne lisait point encore, et s’est en s’exerçant seul à comprendre l’histoire des oiseaux qu’il apprit enfin à lire couramment. » Déjà intéressé par les mathématiques, il réalise sa première communication à l’Académie de Lyon à l’âge de 13 ans ; un événement très anecdotique mais qui déterminera le reste de sa vie de mathématicien.

C’est aussi l’âge des longues promenades dans les chemins à travers champs et bosquets. Il en revient avec un grand panier chargé de plantes et de cailloux, quitte à s’attirer la raillerie des gamins ; d’ailleurs, toujours distrait et rêveur, le jeune Ampère passe pour un illuminé dans tout le village !
Le jeune Ampère lit beaucoup et rien de ce qu’il a lu ne sort de sa mémoire. C’est à cette époque qu’il lut l’Encyclopédie : Sainte-Beuve et Arago affirment tous deux qu’il sut toujours tout ce qu’elle contenait.
Trois ans plus tard, en 1796, son père est guillotiné. Le fils en garde une profonde amertume ; une tristesse redoublée par le décès de sa sœur Antoinette quelques années plus tôt, en 1792, avec qui il entretenait une relation fusionnelle. Son biographe officiel Charles Sainte-Beuve, écrivit que « cette mort plongea Ampère dans l’idiotisme, passant ses journées à faire des petits tas de sable ».

En 1796, c’est aussi la rencontre de Julie, avec qui il se marie en 1799. Pendant leurs quelques années de mariage, Ampère donne des cours de mathématiques à Lyon, avant d’être nommé à l’Ecole centrale de Bourg-en-Bresse. Julie très malade, lui donne un fils avant de décéder en 1803. Ce troisième décès d’un être cher plonge Ampère dans une profonde mélancolie. Il se réfugie dans la religion. Il arriver cependant à publier son essai "Considérations sur la théorie mathématique du jeu", qui lui permet d’obtenir en 1803 la chaire de mathématiques et d’astronomie du nouveau lycée de Lyon, avant de partir un an plus tard pour Paris.

Ampère à Paris

André-Marie Ampère, galerie des bustes à l'Institut de France
André-Marie Ampère, galerie des bustes à l’Institut de France

Les travaux mathématiques d’Ampère ont porté ses fruits et en 1804, Delambre nomme André Marie Ampère répétiteur à l’Ecole polytechnique. Il a 30 ans lorsqu’il commence sa carrière à Paris ; très vite, il se sent seul. Il s’intéresse alors à la métaphysique. En philosophie, il aborde en scientifique la psychologie ou science de l’âme. Comme tout le monde à l époque, il adhère à la thèse sensualiste de Condillac comme en témoigne « Les fragments psychologiques de l’an XII ». Selon cette doctrine, le moi n’est pas, comme le conçoit Descartes, une substance pensante consciente de soi, mais il est en effet de la combinaison des sensations et de l’expression de leurs transformations dans le langage.

En 1806, il se remarie avec Melle Potot mais le mariage est un « naufrage » selon l’expression utilisée par ses amis.

Nommé en 1808 inspecteur général de l’Université, il occupe ce poste à quelques interruptions près jusqu’à sa mort. Il occupe en 1809 la chaire de mécanique de l’École polytechnique.
De 1807 à 1814, Ampère se consacre à des travaux de chimie qui le conduisent à distinguer atomes et molécules et à énoncer ce qui est désormais connu comme la loi d’Avogadro-Ampère.

Il y montre un moyen de connaître le sens de l’action magnétique d’un courant : un homme, traversé par le courant, indique la direction du Nord avec son bras gauche (le bonhomme d’Ampère). Il jette les bases de l’électrodynamique, en introduisant la notion d’identité du magnétisme et de l’électricité ; il propose une explication du magnétisme terrestre et avance l’idée des courants particulaires pour expliquer le magnétisme des aimants.
Enfin, il donne une définition claire du courant électrique. Il rassemble l’essentiel de ses travaux dans un ouvrage intitulé "Théorie des phénomènes électrodynamiques uniquement déduite de l’expérience" en 1826.

André-Marie Ampère est également intéressé par les applications de la science et leurs conséquences pour le développement industriel. S’appuyant sur ses théories, il conçoit et met au point plusieurs appareils comme le solénoïde, l’aiguille astatique, le galvanomètre, le télégraphe électrique et l’électro-aimant.

Élu en 1814 à l’Académie des sciences dans la section de géométrie, il occupa 10 ans plus tard en 1824 la chaire de physique expérimentale au Collège de France. Il enseigna également la philosophie à la faculté des lettres de Paris en 1819 et 1820.

Il mourut le 10 juin 1836 à Marseille lors d’un voyage d’inspection. Son éloge fut prononcé par François Arago le 21 août 1839. Son fils Jean-Jacques, grand homme de lettres, qui fera son entrée en 1847 à l’Académie française, fit graver sur la tombe de son père : « Il fut aussi bon, aussi simple que grand ».

Écoutez les explications de Robert Locqueneux et découvrez Ampère sous un jour nouveau.

Robert Locqueneux
Robert Locqueneux

Robert Locqueneux est physicien, théoricien, historien de la physique, professeur émérite à l’université de Lille 1.

En savoir plus :

- André-Marie Ampère, membre de l’Académie des sciences
- Jean-Jacques Ampère (fils d’André-Marie), immortel de l’Académie française

Consultez nos émissions consacrées à
- François Arago
- Charles Sainte-Beuve
- Jean-Jacques Ampère

Robert Locqueneux, Ampère, encyclopédiste et métaphysicien, éditions EDP sciences, mai 2008






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