Le comte de Chambord, dernier roi de France

avec l’historien Daniel de Montplaisir
Dans sa biographie du comte de Chambord, Daniel de Montplaisir s’appuie sur des sources inédites, récemment retrouvées, pour révéler un prince ancré dans la réalité dont la véritable raison d’être fut bien de se préparer à assumer la charge de la France. Mais pourquoi Henri V n’a-t-il jamais régné ? Ses archives que l’on croyait perdues viennent d’être retrouvées. Ecoutons Daniel de Montplaisir.


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Émission proposée par : Laëtitia de Witt
Référence : HIST535
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Date de mise en ligne : 15 mars 2009

Héritier en exil n’ayant pas régné, le comte de Chambord demeure l’objet de nombreuses passions et incompréhensions. La plus tenace se rapporte à son attachement au drapeau blanc qui ruina toute chance de restauration monarchique en France.

L’enfant du miracle

Le duc de Bordeaux
Le duc de Bordeaux

Duc de Bordeaux, comte de Chambord, Henri V, trois titres pour un même personnage qui connut un destin hors du commun. Tout commence par une naissance extraordinaire. Né en septembre 1820, sept mois après l’assassinat de son père le duc de Berry, il est aussitôt surnommé « l’enfant du miracle ». En fait, officiellement, à sa naissance et jusqu’à l’abdication de son grand-père Charles X, il est titré duc de Bordeaux. Puis, en exil, il prend le titre de courtoisie de comte de Chambord, du nom du château qui lui avait été offert par les royalistes à son baptême.

L’exil

- Le duc de Bordeaux n’a pas encore dix lorsqu’éclate la révolution de 1830. Pourtant, le 2 août, Charles X abdique en sa faveur. Il devient dès lors l’héritier légitime au trône de France sous le nom d’« Henri V ». Pour la première fois, un roi de France contrarie l’ordre de succession - le trône devant aller au fils aîné du roi, le duc d’Angoulême. D’ailleurs, celui-ci, aussi impopulaire que Charles X, dut contresigner l’abdication de son père pour transmettre la couronne à son neveu, non sans avoir hésité pendant une vingtaine de minutes pendant lesquelles il fut « Louis XIX ». Au terme de manœuvres parfois critiquées, c’est finalement le lieutenant-général du royaume, Louis-Philippe, duc d’Orléans qui accède au trône le 7 août. Les Bourbons sont alors condamnés à l’exil. Le jeune comte de Chambord suit d’abord son grand-père en Angleterre avant leur installation en Autriche, à Frohsdorf, où il mourra en 1883. Rappelons en effet que l’exil du comte de Chambord fut un des exils les plus longs du XIXème siècle.
- Charles X meurt en 1836, le duc d’Angoulême en 1844. La maison de France repose désormais sur les seules épaules du comte de Chambord. Il prend sa mission très à cœur et suit de près la politique française. Par des lettres publiques, il n’hésite pas à s’exprimer sur des sujets actuels tels que la décentralisation en novembre 1862 ou encore la condition ouvrière en avril 1865. C’est également pour lui le moyen de soutenir ses partisans, les légitimistes, entrés dans l’opposition sous la Monarchie de juillet puis sous le Second Empire.
- En 1846, le comte de Chambord se marie. Ayant jeté son dévolu sur la princesse Marie-Béatrice de Modène, il finit par épouser sa sœur aînée Marie-Thérèse plus âgée que lui et d’un physique ingrat. Il semble qu’une réelle complicité s’installa dans leur couple néanmoins confronté à une tragique épreuve, l’absence d’enfant.

Vers une troisième Restauration ?

En 1870, le Second Empire s’effondre à la suite de la défaite de Sedan. Un gouvernement provisoire dit de la défense nationale lui succède et décide la poursuite de la guerre contre la Prusse. En janvier 1871, épuisée, la France ouvre des négociations de paix avec Bismarck. Ne voulant traiter qu’avec une assemblée représentante du peuple, il impose des élections législatives en février 1871. Celles-ci se soldent par un triomphe des monarchistes. Dès lors, la question d’une restauration monarchique se pose. Un accord intervient entre les légitimistes et les orléanistes sur la prééminence du comte de Chambord sur le comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe. Le comte de Paris se rend auprès du comte de Chambord à Frohsdorf pour officialiser la réconciliation des deux branches. En 1873, l’accès au trône du comte de Chambord semble inéluctable. Le gouvernement fait réaliser une série de carrosses, encore visibles aujourd’hui au Château de Chambord, pour son entrée à Paris. Il est même prévu que le maréchal de Mac Mahon, président de la République, mène le comte de Chambord à l’Assemblée nationale pour l’y faire reconnaître roi par acclamation. Or, au dernier moment, par une lettre datée du 23 octobre 1873 adressée à Chesnelong, le comte de Chambord fait connaître nettement qu’il ne renoncera jamais au drapeau blanc pour le drapeau tricolore, symbole de la Révolution. Disparaissent alors toutes les chances de restauration monarchique. Fidèle à ses ancêtres et à sa tradition, le comte de Chambord avait été, selon le mot de Charles Maurras « prêtre et pape de la royauté plutôt que roi. »

La mort du comte de Chambord

Le comte de Chambord meurt en 1883 sans descendant et sans laisser d’instructions dynastiques. Aussi, légitimistes et orléanistes reportent-ils leurs espoirs de restauration de la monarchie sur le comte de Paris. Cependant, certains royalistes, surnommés les Blancs d’Espagne, incapables de soutenir un membre de la famille d’Orléans, reconnaissent Jean de Bourbon, comte de Montizon et désormais aîné des Capétiens, comme héritier du trône de France.
- « Henri V » est inhumé à Goritz, maintenant en Slovénie, à l’époque en Autriche-Hongrie.

Présentation de l’éditeur

Pour l’histoire, l’homme reste le " comte de Chambord ". Pour les royalistes, qui l’ovationnèrent comme " duc de Bordeaux " puis le reconnurent comme " Henri V " il fut le " roi ", le dernier roi de France. Il le fut doublement : le 2 août, lorsque son grand-père Charles X abdiqua en sa faveur, et le 24 août 1883, lorsqu’il mourut sans enfant, laissant béante une succession de France qui demeure irrésolue à ce jour. L’alternance de ses silences et de ses prises de position souvent mystérieuses, passionnèrent les historiens. Pourquoi avait-il refusé la couronne que la chute du Second Empire lui offrait sur un plateau ? Son obstination à n’accepter de Restauration qu’avec le drapeau blanc cachait-elle un prétexte pour échapper à son destin ou bien un manque consternant de sens politique ? Faute de réponse, l’histoire oublia le comte de Chambord. Jusqu’à ce que ses archives privées, que l’on croyait perdues, soient récemment retrouvées. Leur exploitation permet de redécouvrir le roi Henri V et sa raison d’être : se préparer à assumer la charge de la France. Elle permet aussi de dépeindre l’homme qui, loin des cercles royalistes qui en firent une icône, mena la vie quotidienne d’un haut personnage. Le présent ouvrage dissipe le mystère politique et humain. Mais l’héritage du dernier monarque continue de planer comme une ombre sur l’histoire de France.

L’auteur

Daniel de Montplaisir, conseiller de l’Assemblée nationale et historien, est notamment l’auteur de La Monarchie (Le Cavalier Bleu, coll. « Idées reçues », 2003).






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