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François Rabelais : la langue au service de la gastronomie

La chronique "Histoire et gastronomie" de Jean Vitaux

François Rabelais inventa sinon le mot de gastronomie, que l’on doit à Berchoux en 1801, du moins le concept : il nous parle d’une curieuse peuplade : les Gastrolâtres qui avaient coutume de ne rien faire, de ne point travailler... Savourez avec nous la merveilleuse langue rabelaisienne ! A consommer sans modération.


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François Rabelais fut un grand humaniste de la Renaissance, et un des plus grands prosateurs de notre langue. Né en 1483 au manoir de la Devinière, près de Chinon, qui est toujours debout, il fut successivement moine, médecin, professeur d'anatomie et écrivain. Il parlait plusieurs langues européennes et anciennes, le latin, le grec et même l'hébreu. Sa liberté d'esprit lui valut d'être suspecté d'hérésie et d'affinités pour le protestantisme, sans preuves certaines cependant. Sa langue reste superbe, quatre siècles et demi plus tard, et son inventivité remarquable : il inventa de nombreux néologismes dont certains seulement eurent une postérité, mais toujours savoureux.

François Rabelais inventa sinon le mot de Gastronomie, que l'on doit à Berchoux en 1801, du moins le concept : il nous parle d'une curieuse peuplade : les Gastrolâtres qui avaient coutume de ne rien faire, de ne point travailler, « craignans le ventre offenser et emmaigrir ». Ces gastrolâtres « tenoient Gaster pour leur grand Dieu, (...) et le servoient, aymoient sur toutes choses, honoroient comme leur Dieu ». Ils sacrifiaient à Gaster leur Dieu ventripotent représenté par une statue grotesque appelé Manduce, une liste de produits et de plats apprêtés spécialement -dont la liste tient sur plusieurs pages !-, qu'ils lui enfournaient par la bouche. C'est un véritable catalogue de tout ce qui pouvait se manger à l'époque : si l'on y trouve des plats traditionnels comme les carbonnades (de six sortes), les hochepots, les boudins, les fricandeaux, les andouillettes caparaçonnées de moutarde, on trouve toute une liste de gibiers, certains classiques comme les hures de sangliers, les faisans, les ortolans, d'autres qui nous prouvent que l'on mangeait tout ce qui pouvait être consommé comme les porcs-épics, et tous les oiseaux qui peuplent nos régions du butor à l'aigrette, en passant par les tadornes, les courlis, les pluviers, les flamants,etc...

Une liste bien appêtissante !

Comme la langue n'était pas encore fixée et intermédiaire entre le médiéval et le classique, Rabelais nous parle de « lappins et de lappereaux », mais aussi de « Connilzs », vieux mot médiéval pour le lapin qui ne disparut qu'au XVII° siècle sous l'effet de la pudibonderie. Suit une liste non moins copieuse de la nourriture que les gastrolâtres « sacrifient à leur dieu Ventripotent ès jours maigres entrelardés » : parmi tous les poisons de mer et de(...)


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