Raymond Boudon, lauréat du Prix Tocqueville 2008

remis par le Président Valéry Giscard d’Estaing, de l’Académie française
Le président Valéry Giscard d’Estaing a remis à Raymond Boudon le prix Tocqueville 2008, le lundi 9 février 2009, dans les salons de l’Institut de France, en présence de nombreux académiciens. Dans cette émission, vous entendrez successivement le Chancelier Gabriel de Broglie, le discours du Président Giscard d’Estaing, de l’Académie française, président du jury du prix Tocqueville et la réponse du sociologue Raymond Boudon, de l’Académie des sciences morales et politiques.


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Date de mise en ligne : 15 février 2009

Le prix Tocqueville a été créé en 1979 pour rendre hommage et faire rayonner la pensée d’Alexis de Tocqueville (lequel avait été élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1838 puis à l’Académie française en 1841). Tocqueville, on le sait, est l’auteur d’un ouvrage fondamental en sociologie et pour la réflexion politique : De la démocratie en Amérique, paru entre 1835 et 1840, ouvrage qui lui valut une immense notoriété.

Valéry Giscard d'Estaing
Valéry Giscard d’Estaing

Le président Giscard d’Estaing, lui-même membre de l’Académie française, à la suite d’Alain Peyrefitte, préside aujourd’hui le jury du prix Tocqueville, un jury dont le tout premier lauréat fut Raymond Aron. Et pour l’année 2008, c’est le sociologue Raymond Boudon, de l’Académie des sciences morales et politiques, qui en a été le lauréat. La remise de ce prix se fait généralement dans le département de la Manche, département dont Tocqueville était député et président du conseil général, et quelquefois au château de Tocqueville dont le bureau de l’écrivain est resté intact. Mais après avoir été déclaré à Saint-Lo durant l’automne 2008, le prix a exceptionnellement été remis en février 2009 dans les salons de l’Institut de France.

Ces discours invitent à une réflexion profonde sur le libéralisme et la démocratie, thèmes chers tant à Tocqueville qu’à Boudon.

Dans cette émission, vous entendrez donc successivement
- le Chancelier Gabriel de Broglie, prononcer quelques mots de bienvenue
- puis le discours du président Giscard d’Estaing
- et enfin, la réponse de Raymond Boudon.

Gabriel de Broglie après avoir salué les nombreuses personnalités présentes a rappelé que Raymond Boudon est le 13 ème lauréat de ce prix prestigieux.

Le Chancelier de l'Institut de france, Gabriel de Broglie
Le Chancelier de l’Institut de france, Gabriel de Broglie

Parmi les lauréats, on peut nommer Octavio Paz, François Furet, Michel Crozier (également membre de l’Académie des sciences morales et politiques). Il a souligné le haut niveau d’excellence de ce prix ainsi que l’importance de la récompense attribuée (15.000 euros).

Le président Giscard d’Estaing s’est d’abord interrogé sur la pertinence d’un prix Tocqueville à notre époque, en soulignant combien les travaux et les recherches de Raymond Boudon, qui font l’objet de plusieurs publications, offrent de nombreux thèmes et sujets sur lesquels Tocqueville s’était penché. Lors de ses voyages en Amérique, Tocqueville (qui était parti pour examiner le système pénitentiaire) a identifié les causes d’un phénomène très surprenant, "l’agitation qui secoue régulièrement notre pays" précise le président Giscard d’Estaing, à savoir "le pouvoir de la rue", expression intraduisible en anglais ou en allemand, et pour cause : ces pays-là n’en auraient pas l’usage !

Puis le président Giscard d’Estaing expose une réflexion sur la centralisation, qui a traversé toutes les époques de l’histoire de France, qui génère les grandes manifestations attestées par le pouvoir de la rue, qui balaie les organisations locales. C’est pourquoi les contestataires se tournent vers le sommet du pouvoir, revendiquent leur volonté de l’affaiblir et paralysent l’exécutif. Et le président de souligner l’importance des travaux de Raymond Boudon qui a brillamment étudié ces conflits, rappelant que Tocqueville avait examiné attentivement la centralisation aux Etats Unis : elle existe au niveau gouvernemental, pas au niveau administratif.

Raymond Boudon a combattu les idéologies dominantes, en particulier le relativisme, la tyrannie de l’égalitarisme, la pensée unique, toutes ces dérives de notre temps : "j’admire beaucoup ses recherches" a affirmé le président Giscard d’Estaing.

Enfin, posant quelques questions au lauréat, il se livre à une réflexion sociologique, reprenant les idées fondamentales de Max Weber s’interrogeant sur le meilleur modèle démocratique et invite le lauréat à poursuivre ses recherches précieuses pour la démocratie.

Raymond Boudon, prenant la parole à son tour, a avoué que Tocqueville était l’un des trois maîtres, avec Durkheim et Weber, qui l’ont accompagné tout au long de sa vie professionnelle. Il a rappelé que Tocqueville avait livré deux combats, l’un contre l’esclavage, l’autre pour le suffrage universel (tout en perçevant les défauts). Il a différencié le court, le moyen et le long terme, en insistant sur l’absence de déterminisme historique, ce qui confère tout son sens à l’action politique. Les idées seules, et non les intérêts, guident les hommes.

Raymond Boudon, de l'Académie des sciences morales et politiques
Raymond Boudon, de l’Académie des sciences morales et politiques

Quant au relativisme, il a rappelé que ses travaux l’avaient conduit à prouver que seules les élites de notre pays y étaient perméables, le public, lui, osait encore avoir des sentiments moraux, de justice, des normes et des valeurs.

Et l’on ne s’étonnera pas que Raymond Boudon termine son discours en insistant sur l’utilité des sciences sociales parce qu’elles contribuent à comprendre les mécanismes de la vie démocratique et à la servir, à condition de se comporter comme une vraie discipline scientifique. Elles sont vraiment "le troisième pilier de la culture générale", dit-il.

Valéry Giscard d'Estaing et Raymond Boudon
Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Boudon
Le discours de Valéry Giscard d’Estaing
Le discours de Valéry Giscard d’Estaing

A lire aussi via La bibliothèque numérique Les Classiques des sciences sociales  :

(Bibliothèque francophone entièrement réalisée par des bénévoles en coopération avec l’Université du Québec à Chicoutimi et avec le soutien du Cégep de Chicoutimi et de Ville de Saguenay)

- Alexis de Tocqueville, L’Ancien régime et la Révolution (1856) Paris : !
- Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique I (1835). Paris
- Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique II (1840). Paris
- Alexis de Tocqueville, Deuxième lettre sur l’Algérie (1837)
- Alexis de Tocqueville, Travail sur l’Algérie (1841)
- Alexis de Tocqueville, Rapport sur l’Algérie (1847). Extraits du premier rapport des travaux parlementaires de 1847 sur l’Algérie.

Éditions numériques téléchargeables réalisées par Jean-Louis Benoît, bénévole, philosophe, professeur agrégé de l’Université, Docteur ès lettres, Maître de conférences, spécialiste de Tocqueville :

- Alexis de Tocqueville, “Mémoire sur le paupérisme”. Mémoire présenté à la Société académique cherbourgeoise et publié en 1835 par celle-ci dans les Mémoires de la Société académique de Cherbourg, 1835, pp. 293-344.

- Alexis de Tocqueville, “Second mémoire sur le paupérisme”. Mémoire écrit en 1837 au moment où l’auteur allait se présenter, pour la première fois, aux législatives dans la circonscription de Valognes. Mémoire inachevé et non publié.

- Alexis de Tocqueville, Textes économiques. Anthologie critique. Par Jean-Louis Benoît et Éric Keslassy. Édition numérique des Classiques des sciences sociales, mai 2009, 399 pp.

- Alexis de Tocqueville, Tocqueville au Bas-Canada (écrits datant de 1831 à 1857) Écrits datant de son voyage en Amérique (1831-1831) et d’après son retour en Europe (1832-1859). Textes présentés par Jacques Vallée. Montréal : Éditions du Jour, 1973, 185 pages. Collection : Bibliothèque québécoise.

Édition numérique téléchargeable réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l’École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi :

- Alexis de Tocqueville, Notes sur le Coran et autres textes sur les religions. Présentation et notes de Jean-Louis Benoît. Paris : Les Éditions Bayard, 2007, 175 pp.

Tous ces textes sont téléchargeables ici



Le discours de Raymond Boudon




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