Ramon, un livre de Dominique Fernandez de l’Académie française

Rencontre avec l’auteur qui évoque la figure de son père
Dominique Fernandez a publié en 2009, Ramon, une enquête biographique sur son père l’écrivain et critique littéraire Ramon Fernandez, mort d’une embolie le 2 août 1944, à Paris. Considéré comme un intellectuel parmi les plus brillants de son temps, Ramon Fernandez, dans un premier temps socialiste, suivit le Parti Populaire de Jacques Doriot et la politique collaborationniste de Vichy. Dominique Fernandez s’est heurté au mystère de ce parcours, à ses yeux, insoutenable : "Où fut la vérité de cet homme qui est mon père ? Admiré d’abord, à juste titre, puis méprisé et honni, de manière non moins légitime..."


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : PAG575
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Date de mise en ligne : 7 mars 2009


Dominique Fernandez de l'Académie française, le 19 février 2009
Dominique Fernandez de l’Académie française, le 19 février 2009
© Canal Académie

En 2006, Dominique Fernandez revient par l’écriture sur cette énigme qu’il avait en partie abordée dans deux de ses romans, L’école du sud (1991) et Porfirio et Constance (1992). Entre histoire, mémoire et émotion d’une part, rigueur et dimension romanesque d’autre part, les 800 pages du Ramon de Dominique Fernandez effacent la distance qui pourrait séparer un père et un fils qui se sont peu connus. Elles disent certes, beaucoup de la filiation entre le père et le fils et tant de la proximité entre écrivains. Dominique Fernandez avait quinze ans à la mort de son père dont il avait vécu pratiquement séparé à la suite du naufrage du couple de ses parents.

L’intimité des vies évoquées, l’humour de certains portraits familiaux, la mère de Ramon, mondaine, journaliste, baptisée par l’auteur genitrix sont abordées par Dominique Fernandez avec la même intensité que les années nettement moins drôles de la collaboration « passive » et « active » de cet homme aimé du Paris mondain et littéraire pour son intelligence et son esprit.

Ramon Fernandez
Ramon Fernandez

Entre les ouvrages de son père, l’exploration de la vie littéraire de l’époque, les notes des carnets de sa mère Liliane, des photographies, des manuscrits retrouvés, Dominique Fernandez reconstitue le portrait de son père et celui de ses ancêtres qui conduisent le lecteur du Mexique à Paris, en passant par l’Auvergne, les salons mondains, Lipp et la rue Saint-Benoît.
Dominique Fernandez explique le parcours politique de son père, dans un engagement qui ballota l’écrivain du socialisme au communisme, du communisme au fascisme, du fascisme à la collaboration, par le naufrage de son mariage. Parfaitement conscient de s’être fourvoyé politiquement, Ramon Fernandez s’est abîmé dans l’alcool jusqu’au suicide.

Par la publication de son livre Proust en 1943, Ramon Fernandez montrait qu’en dépit de son engagement dans la collaboration, il ne pactisait pas avec l’idéologie nazie. Comme l’écrit son fils Dominique : « C’est l’un des mystères de cet homme, qu’il se conduisît d’une certaine façon et continuât à penser d’une autre. » Une contradiction qui explose dans ce Proust, auteur honni des nazis comme de Vichy, publié quand la défaite allemande commençait à poindre et en hommage à la longue amitié qui l’avait lié à Proust, mort à cette date depuis 20 ans. Ramon Fernandez, tout jeune, en avait fait la connaissance en 1918 et fit partie du cercle des intimes du grand écrivain. Il contribua à forger l’icône de l’écrivain en qui, il avait su tout de suite déceler le génie, « ce qu’il avait d’unique et ce qui le reliait à une longue tradition intellectuelle et spirituelle ».
Le regard de Dominique Fernandez sur l’histoire de sa famille : Une admirable distance avec un passé qui fait mal sans décompte, sans "chichi" : à cœur ouvert au fil d’un questionnement acharné, sans concession.

Pour en savoir plus

- Dominique Fernandez de l’Académie française

Dominique Fernandez est né à Paris en 1929, normalien, agrégé d’italien. Il a soutenu sa thèse sur L’échec de Pavese. Universitaire, auteur, critique littéraire d’abord à la Quinzaine Littéraire, et à L’Express, puis au Nouvel Observateur, il a obtenu le prix Médicis en 1974 pour Porporino ou les mystères de Naples. En 1982, il remporta le prix Goncourt pour son livre Dans la main de l’Ange. Il a écrit des romans, un opéra, de récits de voyages, de essais et des traductions. En 2007, l’année de son élection à l’Académie française, il a publié L’Art de raconter où il défend l’art romanesque comme une jubilation de l’écrivain à couler ses émotions et le courant de sa vie intérieure, dans l’identité des personnages qu’il crée. En 2008, son Dictionnaire amoureux de l’Italie s’ajoute à son Dictionnaire amoureux de la Russie publié en 2004. Récemment, en 2009, outre la réédition d’ouvrages de son père et la biographie qu’il lui consacre chez Grasset, il publie chez Actes sud Imaginaire des ruines avec le photographe Ferrante Ferranti et le sculpteur Patrice Alexandre où les trois hommes confrontent leurs univers créatifs en hommage à Piranèse.

- Dominique Fernandez, Ramon, Grasset, 2009

- Ramon Fernandez, Messages, Cahiers rouges Grasset, 2009 ; Gallimard 1926
- Ramon Fernandez, Molière ou l’essence du génie comique, Cahiers rouges Grasset, 2000 ; La vie de Molière, Gallimard, 1929
- Ramon Fernandez, André Gide, Corréa, 1931 ; Klincksieck, 1985
- Ramon Fernandez, Moralisme et littérature ( en collaboration avec Jacques Rivière), Corréa, 1932
- Ramon Fernandez, Le pari, Gallimard, 1932, prix Fémina
- Ramon Fernandez, Les violents, Gallimard, 1935
- Ramon Fernandez, L’homme est-il humain, Gallimard, 1936
- Ramon Fernandez, Balzac ou l’envers de la création romanesque, Grasset ; Stock, 1943
- Ramon Fernandez, Proust, Grasset 2009 ; Proust, éditions de la Nouvelle Revue Critique, 1943






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