Lévi-Strauss, L’homme derrière l’œuvre

Damien Le Guay a lu cet ouvrage et le présente dans cette chronique
Dans le livre Lévi-Strauss, l’homme derrière l’oeuvre, ouvrage publié par Emilie Joulia aux éditions Lattès, plusieurs familiers, et non des moindres, de la pensée et de l’oeuvre de l’anthropologue s’expriment. Damien Le Guay revient sur cette lecture qui réveille pour lui d’autres souvenirs, notamment avec André Comte-Sponville et autour de la querelle Lévi-Strauss-Roger Caillois, tous deux membres de l’Académie française.


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Émission proposée par : Damien Le Guay
Référence : chr520
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Date de mise en ligne : 8 février 2009

Il est différentes manières de rendre hommage à une œuvre : faire de la paraphrase ou donner la parole à ceux qui la connaissent. Cette seconde manière de faire, loin de ceux qui font le savant ou redisent autrement ce que l’auteur a exprimé si clairement, est l’optique prise par Emilie Joulia. Elle a été rendre visite aux familiers de Claude Lévi-Strauss et de son œuvre. Les deux sont liés. Derrière l’une se cache l’autre et inversement. Entretiens avec Claudine Herrman, Vincent Debaene, Jean-José Marchand, Françoise Héritier, Philippe Descola.

Damien Le Guay, philosophe, s’appuyant sur ce livre, met l’accent sur certaines confrontations : l’une, récente et complice, avec André Comte-Sponville, l’autre, plus ancienne et violente, avec Roger Caillois. La même Emilie Joulia avait eu, en juin 2008, un entretien, disponible sur le site de Canal Académie Lévi-Strauss, l’ethnologue-philosophe selon André Comte-Sponville , avec André Comte-Sponville pour mieux comprendre ce qu’il devait ou admirait de l’œuvre de Claude Lévi-Strauss qui était de formation philosophique. Le cadet partage avec son aîné un même matérialisme matinée d’une « éthique du désespoir » et d’une même critique des « illusions du sujet ». Le moi serait « l’ensemble des illusions qu’il se fait sur lui-même ». Ils partagent aussi un même dédain pour l’art contemporain.

La confrontation avec Roger Caillois (qui occupe la moitié du livre d’Emilie Joulia) est violente. Elle trouva son point d’orgue avec la réception de Claude Lévi-Strauss, le 27 juin 1974, à l’Académie francaise. Roger Caillois fut chargé de recevoir le nouvel académicien. Et plutôt que de le couvrir d’éloges, comme cela est d’usage sous la Coupole, il repris ses griefs contre l’anthropologie – griefs qui avaient été indiqués, en décembre 1954, dans un article mémorable intitulé : « Illusions à rebours ». Ce premier article avait occasionné une réponse sèche, presque méchante, de l’intéressé. Second acte de cette querelle, vingt ans plus tard, dans le cadre plus feutré de l’Academie française. Là, Caillois, qualifié de « dilettante génial » par son ami Jean d’Ormesson, critique tout à la fois le paradoxe de l’anthropologue, le mythe du « bon sauvage » - croyance rousseauiste reprise par Lévi-Strauss.

Est-ce à dire que Roger Caillois, pour n’avoir pas été pris au sérieux, avait tort ? Pour mieux comprendre les illusions qu’il dénonça, Damien Le Guay élargit le propos et reprend les critiques formulées aujourd’hui par Alain Finkielkraut. Ce dernier s’en prend, lui aussi, au fameux texte de Lévi-Strauss, « Race et histoire », publié en 1952, conférence faite à l’UNESCO, et qui dénonçait, dans l’air du temps, l’ethnocentrisme et l’évolutionnisme des européens. Nous étions alors en pleine période de décolonisation. Dénonciation de l’idée de « civilisation ». Alain Finkielkraut fait de Claude Lévi-Strauss le père du multiculturalisme, pour avoir alimenté une mauvaise conscience européenne qui conduit aujourd’hui l’Occident à ne pas s’aimer, à mal juger son passé, à le refuser même et à accepter toutes les autres cultures venues d’ailleurs sur le même plan d’égalité que la sienne.

Pour finir, Damien Le Guay met en évidence la position un peu paradoxale de Claude Lévi-Strauss d’être un classique chez les sauvages. Ses goûts, ses lectures, son écriture sont classiques. Pour autant il a montré les cohérences réelles ou construites d’une « pensée sauvage » sans établir de hiérarchies entre les cultures. Jusqu’à quel point (telle est la conclusion de Damien le Guay) Claude Lévi-Strauss a-t-il pensé contre lui-même ?

- L’émission sur Lévi-Strauss par André Comte-Sponville
- Claude Lévi-Strauss de l’Académie française
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