Racaille et classe moyenne

Mot pour mot, la rubrique de Jean Pruvost
On a vite fait de livrer à la vindicte la "racaille" dont le lexicologue Jean Pruvost raconte ici l’étymologie nous conseillant de ne pas mal l’utiliser ! Quant à la classe, qu’elle soit moyenne, scolaire ou sous les drapeaux, on ne se lasse pas d’en connaître les nuances...


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Émission proposée par : Jean Pruvost
Référence : MOTS515
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Date de mise en ligne : 22 mars 2009

Racaille, caille ou caillera ?

Chacun sa langue ! Ce que l’un nomme racaille est appelé en verlan par ceux-là même qui sont ainsi désignés à la vindicte publique « caillera », un mot authentifié dans le Dictionnaire du français qui se cause (1998) de P. Merle.

Or, il y est bien précisé que « caillera » et son affectueuse abréviation « caille » se disent couramment pour gosses des cités par les intéressés. Du même coup, conspuer la racaille peut laisser croire aux jeunes des cités, à l’accent caille, qu’ils sont tous concernés. La sémantique est impitoyable : un mot mal utilisé peut faire tout flamber. Et que L. Bloy et M. Barrès aient souvent employé ce vocable, issu du latin rasicare, racler, d’où la raclure et le rebut, n’arrange rien. En définitive, du côté de l’intégration, choisissons le poète Jacques Dor qui définit racaille par « Mannequin publicitaire de banlieue, sur lequel les multinationales de vêtements de sport exposent leur logo », en se souvenant que dans Citadelle (1944), Saint-Exupéry énonce un programme, certes risqué : « Si je veux bâtir une cité, je prends la pègre et la racaille et je l’ennoblis par le pouvoir. Je lui offre d’autres ivresses que l’ivresse médiocre de la rapine, de l’usure ou du viol ».

La classe moyenne, classe à la fin !

« La classe moyenne est arrivée au pouvoir, il faut qu’elle s’y use, comme l’aristocratie s’y est usée. Mais patience, le frottement des temps modernes est rapide et terrible ; il a fallu 800 ans pour épuiser l’aristocratie, un demi-siècle viendra peut-être à bout de la classe moyenne » s’exclame M. de Guérin dans sa correspondance (1834). Son pronostic n’était guère pertinent, parce que ladite classe moyenne se trouve aujourd’hui courtisée par tous les pouvoirs. Certes, en 1834, la formule était récente puisque c’est à Maine de Biran qu’on en devrait la première attestation, dans son Journal de 1815, comme le rappellent nos érudits nancéens du Trésor de la langue française.

Le mot latin classis permettait de distinguer les citoyens romains selon leur fortune et de les classer pour les appeler sous les armes, d’où la formule : faire ses classes. Par analogie, la classe devint l’ensemble des élèves d’un même niveau. La classe ! c’était aussi la quille, la fin du service militaire. C’est ainsi que, dans le Dictionnaire San-Antonio (1993) on trouvera la formule argotique « Classe à la fin ! », synonyme de « ça suffit » ! Classe à la fin…, il était temps d’honorer la classe moyenne !


Jean Pruvost est professeur des Universités à l’Université de Cergy-Pontoise. Il y enseigne la linguistique et notamment la lexicologie et la lexicographie. Il y dirige aussi un laboratoire CNRS/Université de Cergy-Pontoise (Métadif, UMR 8127) consacré aux dictionnaires et à leur histoire.
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