Vivre dans l’ombre de la philosophe Simone Weil

par sa nièce Sylvie Weil
Nous fêtons le 3 février 2009 le centenaire de la naissance de la philosophe française Simone Weil. Virginia Crespeau reçoit à cette occasion sa nièce, Sylvie Weil, pour retracer ensemble le parcours brillant d’une femme de lettres.


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Émission proposée par : Virginia Crespeau
Référence : par510
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Date de mise en ligne : 25 janvier 2009


Née à Paris dans une famille juive non pratiquante, Simone Weil étudie au lycée Henri IV avec le philosophe Alain.
Suivant le modèle de son frère, brillant mathématicien, elle entre à l’Ecole normale supérieure et passe son agrégation de philosophie en 1931. Elle enseigne ensuite au Puy, à Roanne et à Saint-Étienne, où elle se rapproche de la classe ouvrière.

La philosophe Simone Weil (1909-1943)
La philosophe Simone Weil (1909-1943)

Elle écrit ses premiers essais (Oppression et liberté) en confrontant sa conception du marxisme avec la réalité du travail qu’elle expérimente ensuite dans les usines Alsthom et Renault. Toujours en quête d’absolu, Simone Weil rejoint le Front républicain espagnol en 1936 et connaît sa première révélation mystique à l’abbaye de Solesmes, deux ans plus tard. Dès lors, elle veut comprendre la volonté de Dieu et l’articuler intellectuellement avec ses propres expériences religieuses. Elle donne dans Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu une interprétation mystique de la religion chrétienne, pleine de son désir de sacrifice.

En 1942, forcée de se réfugier aux Etats-Unis, Simone Weil refuse de quitter ses compatriotes et revient aider les Forces françaises libres en Angleterre. Atteinte de tuberculose, elle s’éteint à 34 ans dans un sanatorium anglais à Ashford le 24 août 1943.

Le mathématicien André Weil (1906-1998)
Le mathématicien André Weil (1906-1998)

Simone et André Weil, le frère et la sœur, lui, tourné vers les mathématiques du plus haut niveau, elle vers la philosophie et vers un très haut degré d’absolu : oui chez les Weil le génie était bicéphale, et de plus ces deux êtres là se ressemblaient physiquement, Simone ressemblait à André comme une jumelle…

Une troisième voix s’ajoute à celle de Simone et d’André, la voix de Sylvie Weil, fille d’André Weil le mathématicien et nièce de la philosophe Simone Weil, sœur d’André.
Sylvie Weil qui a enseigné la littérature française dans plusieurs universités américaines, et qui par ailleurs a publié plusieurs nouvelles et romans, vient de faire paraître aux Editions Buchet Chastel un livre intitulé Chez les Weil. Elle y évoque son père : André Weil et sa Tante : Simone Weil.

André Weil (1906-1998). Entré à l’Ecole normale supérieure à seize ans, il enseigne en Europe et en Inde jusqu’en 1939. Participe à la fondation du groupe Nicolas Bourbaki qui bouleverse les mathématiques modernes. Professeur à Princeton à partir de 1958.

Simone Weil (1909-1943). Sa sœur cadette. Elève de l’ENS. Agrégée de philosophie en 1931. Syndicaliste révolutionnaire, quitte l’enseignement pour devenir ouvrière chez Renault. Rejoint la colonne Durutti pendant la guerre d’Espagne. Meurt de tuberculose et de désespoir à Londres.

Dans son livre Chez les Weil , Sylvie Weil pose une question vécue :
Comment vivre aux côtés de pareils génies ?

Cet ouvrage est à la fois un exercice d’admiration et un exorcisme nécessaire ; Sylvie Weil s’en explique avec de l’émotion et de l’humour : « Le génie était bicéphale. Mon père avait un double, un double féminin, un double mort, un double fantôme. Car, oui, en plus d’une sainte, ma tante était un double de mon père à qui elle ressemblait comme une jumelle. Un double terrifiant pour moi, puisque je lui ressemblais tant. Je ressemblais au double de mon père ».

Cette ressemblance physique troublante est le départ d’un récit qui mêle des souvenirs, des réflexions personnelles. Il en résulte une forte présence de ces deux figures intimidantes. Inadaptées l’une comme l’autre au monde réel, témoins et victimes de l’Histoire, elles méritaient enfin d’être réunies à égalité dans un livre juste, accessible et chaleureux.
Sylvie Weil est l’invitée de Canal Académie.

Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste
Sonia Wieder-Atherton, violoncelliste
Retrouvez dans l’émission consacrée à Simone Weil, Chants juifs pour violoncelle et piano, de Sonia Wieder-Atherton

Citations extraites de l’œuvre de Simone Weil

MYSTICISME

• « Dieu ne peut être présent dans la création que sous la forme d’absence. » - La Pesanteur et la grâce « La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi, et en ce sens l’athéisme est une purification. - Cahier II
• « La beauté, c’est l’harmonie du hasard et du bien. » - La pesanteur et la grâce
• « La beauté séduit la chair pour obtenir la permission de passer jusqu’à l’âme. » - La pesanteur et la grâce
• « Ce monde est la porte d’entrée. C’est une barrière. Et, en même temps, c’est le passage. » - La pesanteur et la grâce
• « C’est un grand danger d’aimer Dieu comme un joueur aime le jeu. » - La pesanteur et la grâce
• « La création est de la part de Dieu un acte non pas d’expansion de soi, mais de retrait, de renoncement. Dieu et toutes les créatures, cela est moins que Dieu seul. » - Attente de Dieu
• « La nécessité est l’écran mis entre Dieu et nous pour que nous puissions être. C’est à nous de percer l’écran pour cesser d’être. » - La pesanteur et la grâce
• « Dieu ne juge pas : par lui les êtres se jugent. »
• « Le chrétien est un mauvais païen, converti par un mauvais juif. »
• « J’ai eu soudain la certitude que le christianisme est par excellence la religion des esclaves, que les esclaves ne peuvent pas ne pas y adhérer, et moi parmi les autres. » - Carnets
• « Entre deux hommes qui n’ont pas l’expérience de Dieu, celui qui le nie en est peut-être le plus près. » - La Pesanteur et la grâce

MORT
• « J’ai beau mourir, l’univers continue. Cela ne me console pas si je suis autre que l’univers. Mais si l’univers est à mon âme comme un autre corps, ma mort cesse d’avoir pour moi plus d’importance que celle d’un inconnu.

AMOUR

• « Le mal est à l’amour ce que le mystère est à l’intelligence. » « Toute douleur qui ne détache pas est de la douleur perdue. » - La Pesanteur et la grâce « Aimer un être, c’est tout simplement reconnaître qu’il existe autant que vous. » « La plénitude de l’amour du prochain, c’est simplement d’être capable de lui demander : "Quel est ton tourment ?" »
• « L’amour est un signe de notre misère. Dieu ne peut aimer que soi. Nous ne pouvons aimer qu’autre chose. »

HUMANITE

• « Nous ne possédons rien au monde - car le hasard peut tout nous ôter - sinon le pouvoir de dire “je”.
• « Le temps est notre supplice. L’homme ne cherche qu’à y échapper, c’est-à-dire échapper au passé et à l’avenir en s’enfonçant dans le présent, ou se fabriquer un passé ou un avenir à sa guise. » - La Connaissance surnaturelle
• « L’enfer c’est de s’apercevoir qu’on n’existe pas et de ne pas y consentir. » - La connaissance surnaturelle
• « Le triomphe de l’art est de conduire à autre chose que soi. »
• « L’homme voudrait être égoïste et ne peut pas. C’est le caractère le plus frappant de sa misère et la source de sa grandeur. » - La pesanteur et la grâce
• « La vulnérabilité des choses précieuses est belle parce que la vulnérabilité est une marque d’existence. » - La pesanteur et la grâce
• « L’avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien ; c’est nous qui, pour le construire, devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. »
• « Toutes les tragédies que l’on peut imaginer reviennent à une seule et unique tragédie : l’écoulement du temps. » - Leçons de philosophie
• « Le beau est ce qu’on ne peut pas vouloir changer. » - La pesanteur et la grâce
• « La contemplation du temps est la clef de la vie humaine. » - La connaissance surnaturelle
• « Plus le niveau de la technique est élevé, plus les avantages que peuvent apporter des progrès nouveaux diminuent par rapport aux inconvénients. » - Extrait d’Oppression et liberté

POLITIQUE

• « La politique m’apparaît comme une sinistre rigolade. » - Oeuvres
• « Le mot de révolution est un mot pour lequel on tue, pour lequel on meurt, pour lequel on envoie les masses populaires à
• la mort, mais qui n’a aucun contenu. » - Extrait des Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale
• « Un homme qui serait seul dans l’univers n’aurait aucun droit, mais seulement des obligations. » - L’enracinement
• « Les opprimés en révolte n’ont jamais réussi à fonder une société non oppressive. »
• « On pense aujourd’hui à la révolution, non comme à une solution des problèmes posés par l’actualité, mais comme à un miracle dispensant de résoudre les problèmes. » - Oppression et liberté
• « Il n’y a qu’une seule et même raison pour tous les hommes ; ils ne deviennent étrangers et impénétrables les uns aux autres que lorsqu’ils s’en écartent. » - Oppression et liberté
• « On dit souvent que la force est impuissante à dompter la pensée ; mais pour que soit vrai, il faut qu’il y ait pensée. Là où les opinions irraisonnées tiennent lieu d’idées, la force peut tout. » - Extrait des Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale
• « Accepter d’être soumis à la nécessité et n’agir qu’en la maniant. »
• « L’obéissance à un homme dont l’autorité n’est pas illuminée de légitimité, c’est un cauchemar. » - La Pesanteur et la grâce

A écouter aussi :

Notre émission sur le groupe Nicolas Bourbaki et les mathématiciens concernés Henri Cartan et la fondation du groupe Bourbaki

Les livres de Simone Weil






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