Objet d’art : un somptueux cabinet pour des grands de Bourgogne

Par Bertrand Galimard Flavigny
Qu’est-ce qu’un cabinet ? A quoi servait-il ? Venu du mot gabinetto né à la fin du quinzième siècle en Italie, de bois peint ou sculpté, il pouvait être recouvert de cuir ou garni d’incrustations de pierres précieuses... Bertrand Galimard Flavigny nous présente ses origines et nous décrit l’un des plus somptueux cabinets du XVIIe siècle.


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Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
Référence : CARR545
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Date de mise en ligne : 1er mars 2009

En Italie, à la fin du quinzième siècle, on appelait une petite chambre, la gabinetto. Un mot qui dût séduire, au cours de leur séjour dans les principautés de la Péninsule, les compagnons du roi de France, Charles VIII. C’est amusant à dire gabinetto, mieux encore de transformer le mot en supprimant le « o » final qui sentait par trop son napolitain et de jouer en lançant du gabinetto qui finalement deviendra cabinet, aux nombreuses interprétations, pourvu qu’il désigne une pièce fermée. D’autant plus que ces compagnons revinrent d’Italie avec de beaux meubles, sorte de coffres, qui, contrairement à ceux à qui s’ouvraient en soulevant le couvercle, livraient leur intérieur grâce à des battants installés sur le devant.

Ces curieux coffres montraient des compartiments et des tiroirs. Dans quelques uns, un système permettait d’accéder à des caches secrètes. On y gardait bijoux, objets rares et papiers précieux. On songea que tout cela faisait penser à une petite chambre, en fait à un cabinet. On se mit à le décorer de manière de plus en plus luxueuse à l’aide de belles matières.

De bois peint ou sculpté, il pouvait être recouvert de cuir ou garni d’incrustations de pierres précieuses. L’intérieur pouvait être aussi luxueux que l’extérieur : garniture d’écaille ou de nacre, parfois de bronze doré. Au XVIe siècle, le cabinet avait sa place dans les plus somptueuses demeures. Souvent le décor sculpté miniaturisait les façades des édifices de l’époque. Le cabinet n’était pas qu’italien, les Portugais les aimaient laqués par les Chinois, les Flamands les appréciaient très chargés d’ornementations florales. Au XVIIe siècle, du moins au début, les Français apprécièrent le style des pays du Nord. Nous en avons un exemple avec un cabinet sur piètement (postérieur) en placage d’ébène ouvrant à deux grands vantaux et deux tiroirs dans la frise, bâti en peuplier et résineux (H.207 cm L.173 cm P.58 cm) fait vers 1642-50, à Paris. Il a été adjugé 32.219 €, à Drouot, le mercredi 26 novembre 2008, par Piasa.

Les panneaux des portes, de ce cabinet au décor sculpté en bas-relief, gravé, guilloché et marqueté, sont ornés d’un médaillon circulaire représentant chacun une scène des Métamorphoses d’Ovide : à gauche, Junon surprenant Jupiter auprès de Io transformée en génisse ; à droite, Callisto est transformée en ourse. Ces deux scènes sont inscrites dans des bordures guillochées interrompues par des mascarons à draperies et à enroulements. Tout autour apparaît un décor compartimenté à thème floral et la frise est ornée de branches fleuries. Les deux vantaux découvrent un cabinet, donc la petite chambre, ouvrant lui-même à deux portes et douze tiroirs en simulant dix-huit. Les façades des tiroirs, petites portes et revers des grands vantaux sont à décor gravé de fleurs, tulipes, oeillets, lys, pivoines, anémones et d’arbres dans des paysages avec des maisons et des animaux. Les côtés sont également ornés de fleurs.

Ces deux petites portes s’ouvrent sur un théâtre central à perspectives en marqueterie d’acajou, ébène, palissandre, amarante, citronnier, amourette, ivoire gravé, os teinté vert, avec miroirs. De nombreux tiroirs et panneau du fond coulissant, permettant d’accéder à d’autres tiroirs cachés. Une tirette surgit à la partie inférieure avec un décor en marqueterie d’une étoile des vents dans un entourage compartimenté. Des armoiries sont gravées au revers de chaque petite porte avec écu surmonté d’un cimier empanaché : à gauche, d’azur à une fasce ondée d’or accompagné en chef de trois grillots de même et en pointe d’un croissant d’argent et à droite, parti, à dextre, idem, à senestre, d’or à la fasce de sinople accompagnée en chef de trois aigles de sable mises en fasce et en pointe de trois chicots d’or. Il s’agit des armoiries de François de Bretagne (1618-1668) et de son épouse Anne-Denise de la Plume dont le mariage eut lieu le 1er juillet 1642 à Missery dans l’actuelle Côte d’or.

Les Bretagne, contrairement à l’apparence de leur nom, appartiennent à une famille dijonnaise et le grand-père du propriétaire, Claude, avait été conseiller au Parlement de Bourgogne à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle.

Les la Plume sont également une ancienne famille du duché de Bourgogne. Ce cabinet a donc été commandé par des membres de la bonne société bourguignonne, vraisemblablement à l’occasion d’un mariage. François, lieutenant général au baillage d’Auxois, devait être amené à faire de fréquents aller et retour entre la capitale et sa province. Un livre de raison fait, en effet, état d’une visite qu’il effectua à Paris en 1650, à l’occasion de l’instruction d’un procès. Il nous reste maintenant à savoir ce que recélaient les tiroirs secrets. Ce sera pour une autre fois !






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