Le gâteau ou la galette des Rois

Des saturnales romaines à l’Epiphanie, par Jean Vitaux
Le gâteau des rois est le gâteau traditionnel que l’on mange le jour de la fête chrétienne de l’Epiphanie qui célébrait, dans les premiers siècles de l’Eglise, la "manifestation" du Christ, c’est à dire sa naissance et sa reconnaissance par les bergers et les mages. Lorsque celle-ci fut fixée le 25 décembre, on célébra le 6 janvier l’adoration de Jésus par les Rois Mages, Melchior, Gaspar et Balthazar, venus d’Orient, guidés par l’étoile brillante qu’ils avaient observée dans le ciel (Matthieu, 2, 1-12). Ils symbolisent le côté universel du message chrétien.


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Émission proposée par : Jean Vitaux
Référence : CHR517
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Date de mise en ligne : 23 décembre 2008


Le gâteau des Rois dans le sud de la France
Le gâteau des Rois dans le sud de la France

Le gâteau des Rois revêt des formes variables selon les traditions régionales : dans le midi de la France, il s’agit d’une brioche ou d’une pâte levée de farine, de beurre, de sucre et d’oeufs parfumée à la fleur d’oranger et souvent additionnée de fruits confits, parfois en forme de couronne que l’on appelle le Royaume, notamment dans les Cévennes. A Paris, c’est une galette de pâte feuilletée légèrement beurrée, de nos jours le plus souvent garnie de frangipane.

A Paris, dès le XVIe siècle, la gâteau des Rois a été l’objet d’une guerre féroce entre les boulangers et les pâtissiers : ces deux corporations voulaient chacune obtenir le monopole de vendre ce gâteau symbolique : les pâtissiers gagnèrent et François Ier leur accorda le monopole de la vente des gâteaux des Rois. Cet arrêt fut confirmé plusieurs fois par le parlement jusqu’au XVIIIe siècle. Mais les boulangers ne s’avouèrent pas vaincus : ils offrirent à leurs clients pour l’Epiphanie des galettes, d’où le nom moderne du gâteau des Rois.

Mais, cette belle tradition a eu aussi ses détracteurs : ainsi dès l’Ancien Régime, les chanoines de Saint-Germain-des-Prés s’élevaient contre cette tradition, cause de superstitions et d’ivrognerie : nous verrons qu’ils n’avaient pas totalement tort car la fête des Rois est peut être la survivance des saturnales romaines. Sous la Révolution, la fête des Rois devint la fête des Sans-Culottes ou fête du bon voisinage. Certains révolutionnaires s’insurgèrent sur le fait que dans le République, on pouvait encore fêter les ombres des tyrans : après avoir songé à interdire la fête, et à poursuivre les pâtissiers délinquants et ceux qui participeraient à de telles orgies, on se décida avec raison à habiller la fête des Rois en fête du bon voisinage, pour ne pas mécontenter les boulangers et les pâtissiers qui jouaient un rôle majeur dans l’approvisionnement et l’alimentation de l’époque.

La tradition du gâteau des Rois s’est maintenue jusqu’à nos jours, mais désormais les boulangers les vendent et ne les donnent plus et, à Paris au moins, les galettes se sont hybridées avec le Pithiviers pour donner des galettes fourrées à la frangipane. Le dernier acte historique concernant la galette des Rois remonte à 1975, date à laquelle la galette des Rois, certes géante (1 mètre de diamètre) entra à L’Elysée, offerte par les boulangers et pâtissiers de France.

Mais il n’y a pas de vraie galette des Rois sans fève. Le premier usage de la fève dans le gâteau des Rois est relaté chez les moines de la ville de Besançon au XIVe siècle. Ces moines élisaient leur chef de chapitre en mettant une pièce d’or dans un gâteau de pain qui fut rapidement, sans doute par péché de gourmandise, remplacé par une couronne de brioche. Cette coutume se répandit rapidement dans les corporations, dans les maisons nobles puis dans toutes les couches de la société. La pièce d’or fut remplacée, peut-être en raison de la rareté des pièces d’or ou par souci d’économie, par une fève, lointain souvenir des Saturnales romaines.

En effet il était d’usage à Rome, selon Tacite, « de tirer au sort la royauté », un esclave qui était le roi d’un jour, mais qui était mis à mort à l’issue de sa royauté. Le roi d’un jour, qui avait tiré la fève, pouvait exaucer tous ses désirs pendant la journée avant d’être mis à mort, ou plus probablement de retourner à sa vie servile à l’issue de celle-ci. C’est un rite d’inversion qui était un emblème des jours néfastes de la fin de l’année ou jours de Saturne, divinité chtonienne à laquelle était dédiée les fêtes dites Saturnales. Une survivance en fut la fête de l’âne au moyen âge où l’on revêtait un âne des habits sacerdotaux pendant une journée.

La fève a été très longtemps seule utilisée. Sous Louis XIII, les grandes dames qui tiraient la fève devenaient reines de France d’un jour et pouvaient demander au roi un vœu dit « grâces et gentillesses ». Louis XIV abolit cette coutume. A la fin du XVIIIe siècle, des fèves en porcelaine apparurent, représentant l’enfant Jésus en porcelaine ; sous la Révolution, on remplaça l’enfant Jésus par un bonnet phrygien et de nos jours, si on trouve toujours de vraies fèves, il existe une multitude de fèves fantaisie en porcelaine ou même en plastique, représentant tout et n’importe quoi jusqu’aux créatures des dessins animés de Walt Disney.

Maintenant que nous avons retracé l’histoire du gâteau des Rois et de la fève, il nous reste à envisager l’usage toujours vivant de tirer les rois. A Rome lors de l’élection du roi d’un jour pendant les saturnales, un enfant se cachait sous la table : cet enfant était nommé Apollon ou Phœbée et désignait les parts, le hasard se chargeant de désigner le roi. Cette tradition est restée inchangée jusqu’à nos jours : l’enfant se cache toujours sous la table et désigne celui à qui la part doit être attribuée. Celui qui découvre la fève dans sa part de gâteau des Rois a le droit de choisir sa reine ou son roi, retrouvant ainsi les anciens usages.

Il est toujours intéressant de rechercher l’origine de nos coutumes : la fin de l’année et le début de l’année suivante sont un exemple extraordinaire de superposition des coutumes : ainsi la naissance du Christ longtemps fixée à peu de distance de Pâques, comme encore de nos jours dans certaines églises orientales, a été superposée à la fête du solstice d’Hiver (dont les bougies de l’arbre de Noël sont la lointaine survivance) et à celle du sol invictus du Dieu Mithra. Et l’Epiphanie a receuilli une part des coutumes des Saturnales romaines, malgré une translation de dates : en sont témoins la fève, le tirage au sort du roi d’un jour, et l’inversion d’un jour. Les Chanoines de Saint-Germain-des-Prés ne s’étaient donc pas trompés.

Mais finalement la gourmandise est plus forte que tout, et la tradition du gâteau ou de la galette des rois s’est maintenue tout au long de l’histoire : elle a résisté aux querelles des corporations, aux idéologies régicides révolutionnaires, aux périodes funestes comme le siège de Paris en 1871, et la République a fini par s’approprier le galette des rois, ... en toute laïcité.






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