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Qu’y a-t-il Au fondement des sociétés humaines de Maurice Godelier

L’anthropologue, professeur au Collège de France, reçoit le prix Louis Castex de l’Académie française 2008
Dans son dernier livre : Au fondement des sociétés humaines, Maurice Godelier bouscule les idées reçues sur l’anthropologie et s’élève contre quelques grandes figures de la discipline. Canal Académie a rencontré le grand ethnologue à son bureau de l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il nous parle à bâtons rompus d’un monde en perpétuelle métamorphose.


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Référence : PAG534
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Date de mise en ligne : 7 décembre 2008

Maurice Godelier est l’anthropologue français le plus connu à l’étranger après Claude Lévi-Strauss. Il bouscule les idées reçues sur l’anthropologie dans son livre Au fondement des sociétés humaines, publié chez Albin Michel et reçoit pour ce dernier le prix Louis Castex 2008 de l’Académie française.

Ancien maître assistant de Braudel et Lévi-Strauss, médaille d’or 2001 du CNRS, il fait du terrain son lieu de prédilection « il ne faut pas l’abandonner ! » et réalise ses recherches fondatrices en Nouvelle-Guinée. Il étudie au cours de plusieurs voyages un peuple qu’il caractérise comme étant sans classe et sans État : les Baruya.

De cette expérience, fruit de 40 années de travaux, il remet les pendules à l’heure, et il compte bien s’adresser à la jeune génération qu’il souhaite ouverte et les pieds sur terre « en ces temps où le lien social se distend, où la logique communautariste et identitaire semble l’emporter sur ce qui rassemble. »

Maurice Godelier à son bureau de l'EHESS © Emilie Joulia / Canal Académie
Maurice Godelier à son bureau de l’EHESS © Emilie Joulia / Canal Académie

Son parcours marqué par 4 étapes majeures sur le chemin de la compréhension de l’homme, fait l’objet de 4 chapitres, 4 thèses :

- il est des choses que l’on donne, des choses que l’on vend, et d’autres qu’il ne faut ni vendre ni donner mais garder pour les transmettre

- nulle société n’a jamais été fondée sur la famille ou la parenté

- il faut toujours plus qu’un homme et une femme pour faire un enfant

- la sexualité humaine est fondamentalement a-sociale

« Je fais une reconstitution rapide et grotesque de l’histoire de l’anthropologie »

Le livre nous fait progresser dans la compréhension de l’anthropologie depuis son apparition jusqu’à nos jours. Nous traversons les périodes de ruptures et de renaissances emblématiques de l’histoire de la discipline car comme le dit notre intervenant : « elle s’est développée de façon contradictoire. »

© Emilie Joulia / Canal Académie
© Emilie Joulia / Canal Académie
Que choisit Maurice Godelier parmi tous les documents qui l’entourent ? Celui qui concerne la comparaison des masques... Un masque de tribu à gauche, un masque de joueur de hockey à droite

Si « on ne naît pas ethnologue, on le devient... », Maurice Godelier nous explique que la discipline « au fond lutte toujours elle-même contre elle-même… ». Dans une période de « crise anthropologique » l’auteur est agacé, « non ! Le symbolique n’a pas le primat sur l’imaginaire ! » ; « non ! On ne peut pas comprendre l’institution sans se référer à des événements complètement imaginaires car l’imaginaire produit de l’institution » ; « non ! La famille n’est pas le fondement des sociétés comme cela a été dit depuis le tout début avec Aristote. »

Des questions de fond sur la société

La question de fond que pose Maurice Godelier dans son livre, c’est : qu’est-ce qui crée vraiment une société ?, autrement dit : comment des groupes humains établissent-ils une souveraineté sur un territoire ? Si l’on demande au peuple Baruya : comment êtes- vous devenus des baruya ? et qu’il nous répond : « nous, on n’existait pas avant ! », comment donc comprendre les prémices de cette société ?

L’auteur ne remet pourtant pas en question la grandeur et l’apport des premières recherches. « L’anthropologie en tant que discipline des sciences sociales n’apparaît que dans la seconde moitié du XIXème siècle avec l’oeuvre de Morgan et de Taylor et elle se constitue par décentrement et comparaison. Morgan faisait la description de la façon de vivre des gens mais sans comparer les structures de parenté. Il est le premier homme à avoir reçu sur sa table les témoignages de la diversité mondiale des systèmes de parenté. »

L’analyse du monde selon Godelier : « elle doit mobiliser les sciences sociales, c’est à dire les hommes, autant ou sinon plus que les technologies ».

A travers sa discipline et les dates clés de l’histoire, Maurice Godelier se lance dans l’analyse du monde. Il tente de trouver des solutions à nos conflits actuels. « Un anthropologue est aussi un politologue ». Mais alors, pourquoi est-il un de seuls à parler géopolitique ? « je ne veux pas parler dans le désert ! », et puis « beaucoup de chercheurs ne savent pas se faire entendre et ne se font pas comprendre. » Vindicatif à l’égard de ses collègues ? « Je suis peut-être orgueilleux mais je ne me bats pas pour me faire valoir. » Que cherche-t-il au fond ? « Je veux aider à comprendre quelle incidence la reconfiguration du monde global a sur l’espace dans lequel les anthropologues exercent leur métier. »

Arguant que depuis 1989 le monde est de plus en plus globalisé sur le plan économique et qu’en revanche sur le plan politique on assiste au mouvement inverse avec la multiplication de nouveaux états nations issus de la disparition des empires coloniaux puis de la désintégration de l’empire soviétique, l’auteur nous offre quelques clés d’analyse :

- La globalisation du monde est caractérisée par l’intégration mais aussi par la segmentation « qui est essentiellement politique et culturelle ». « Je veux mettre en valeur un paradoxe : plus les pays sont intégrés dans l’économie capitaliste, plus ils ont la capacité de résister à l’occidentalisation de leurs modes de vie et donc à revendiquer la défense de leur culture. C’est le cas par exemple de l’Inde ou de la Chine. »

- Aujourd’hui, pour exister sur le plan international (recevoir des aides etc. ), il faut devenir un Etat (même pour l’Ossétie du sud). On ne peut pas progresser sans être un Etat, donc il faut le créer. Pour cela, il faut s’inscrire dans le politique. Le politique fait parti du sacré d’un certain point de vue, donc c’est du religieux ! Il en déduit que les rapports sociaux comptent moins que le politico-religieux.

- « Les conflits que nous vivons et que nous allons vivre mobilisent les sciences sociales autant que toutes les technologies et mobilisent la connaissance des hommes sur le terrain. »

Le réel social, c’est l’unité combiné de 3 choses : l’imaginaire, le symbolique et l’institutionnel

Changements socio-culturels, politico-religieux prédominant, contexte mondial en perpétuelle métamorphose... mais vers où va l’être humain, l’homo sapiens ? « L’anthropologie est en train de se recomposer sous la pression du nouveau contexte mondial… » Mais comment décrire alors le social ? « le réel social c’est l’unité combiné des 3 choses : l’imaginaire, le symbolique et l’institutionnel. »

Rêveurs, nous arpenterons l’avenir de l’anthropologie à petits pas prudents mais non sans grande envie de nous plonger dans la lecture de cette passionnante énigme humaine qui a pour titre Au fondement des sociétés humaines.

© Emilie Joulia / Canal Académie
© Emilie Joulia / Canal Académie

Entré premier à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, Maurice Godelier est agrégé de philosophie, licencié en psychologie et licencié en lettres modernes. Il entre à l’École pratique des hautes études en qualité de chef de travaux auprès de Fernand Braudel, puis devient maître-assistant de Claude Lévi-Strauss, alors titulaire de la chaire d’anthropologie au Collège de France. En 1975, il est nommé directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales. En 1981, Jean-Pierre Chevènement alors ministre de la Recherche, l’appelle pour contribuer à la réforme de la recherche en sciences humaines et sociales au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il reçoit la médaille d’or du CNRS pour l’ensemble de son œuvre en 2001.






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