Emile Durkheim et Friedrich Ratzel : frontières disciplinaires

par Bernard Valade
Friedrich Ratzel fut un géographe allemand dont le sociologue Bernard Valade résume ici les principales idées lors d’un colloque pour célébrer Durkheim organisé en novembre 2008 par l’Académie des sciences morales et politiques. Ratzel fut l’un des fondateurs d’une nouvelle géographie, une géo-politique, et Ratzel, en sa discipline, fut tout aussi fondateur que Durkheim dans la sienne, la sociologie.


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Les revues scientifiques offrent à leurs contributeurs l’opportunité d’exercer une pratique passionnée qui vient satisfaire un penchant acide : la recension d’ouvrages. C’est la raison pour laquelle Bernard Valade nous invite à comprendre la fraîche relation entre le thuriféraire de la sociologie française, Émile Durkheim, et le ténor de la géographie et de l’anthropologie allemande de son époque, Friedrich Ratzel.

Faut-il le dire d’emblée ? Le terrain, c’est-à-dire le champ d’observation pour les Sciences Humaines et Sociales, est fondamental et l’était déjà à l’époque du géographe et ethnologue allemand Friedrich Ratzel (1844-1904). Correspondant de presse aux États-Unis en 1873 pour le Kölnische Zeitung, le quotidien de Cologne, il a loisir d’y observer « le déplacement du tracé et l’évolution de la frontière », ainsi que d’ « examiner comment se fait l’occupation d’un espace ».

Emile Durkheim
Emile Durkheim

L’importance du facteur sol

Après des études de zoologie, de biologie « et surtout de pharmacie », la lecture de L’Origine des espèces (1859) de Charles Darwin permet à notre savant de fonder une « nouvelle géographie, une géopolitique » pour ainsi dire. Il poursuit ses recherches en 1876 sur l’émigration chinoise qui sera, avec sa première expérience de terrain, le ferment de son ouvrage Anthropogéographie, publié en 1882. L’auteur y développe l’idée selon laquelle les populations sont le fruit d’un « mixage » et donc, par conséquent, qu’aucune ne reste immobile. Le mélange entre trappeurs européens et peuples amérindiens aurait ainsi rendu possible l’exploitation de la baie d’Hudson. En découle l’importance du « facteur sol », grand oublié des sociologues, qui se révèlera être au centre de son grand ouvrage de 1897 intitulé Géopolitique. Mais il reste à savoir ce qu’en ont retenu et ce qu’en ont voulu comprendre ses contemporains français, et tout particulièrement Émile Durkheim, avant que d’installer un contre-feux : la notion d’ « espace vital », que notre auteur a introduit, avait fini par ternir la réputation de ce touche-à-tout rigoureux...

C’est donc à une double tâche que se charge Bernard Valade, professeur de sociologie à l’université Paris V Sorbonne : la présentation de l’auteur allemand, d’abord, et l’analyse des critiques formulées à son égard par les « champions » des sciences humaines et sociales françaises, ensuite. Dans ces conditions, on peut d’ores et déjà affirmer qu’à côté de la causticité des chercheurs, la recherche suscite aussi parfois des passions plus amères : la relecture d’œuvres passées qui ont été mal perçues.

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