Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Un objet d’art : Le bureau plat du sieur Dassy

par Bertrand Galimard Flavigny
Nouvelle rubrique consacrée aux objets d’art. Pour l’inaugurer, voici le bureau du sieur Dassy qui a traversé le temps sans trop de dommages. Il est facile d’en suivre la trace car il était inscrit dans l’inventaire après le décès en 1848, de sa femme, née Marie-Rose Turquet. Grâce à Bertrand Galimard Flavigny qui se présente, pour la circonstance, comme "l’amator", vous allez suivre cet objet d’art à la trace !


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références émission afficher
Émission proposée par : Bertrand Galimard Flavigny
Référence : CARR513
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/carr513.mp3
Adresse de cet article : https://www.canalacademie.com/ida3805-Un-objet-d-art-Le-bureau-plat-du-sieur-Dassy.html
Date de mise en ligne : 30 novembre 2008


Pour cette nouvelle rubrique consacrée aux meubles et objets d’art, nous avons cherché un qualificatif. L’objectologue nous a amusés, mais n’est guère conforme à l’étymologie et à la grammaire. Le terme objet est apparu en français au XIVe siècle, sous la forme « object », emprunté au latin médiéval objectum, qui signifie « ce qui est placé, jeté devant ». Quant au mot « œuvre », il surgit au XIIe siècle et prit ses lettres de noblesse en 1694, au moment de son entrée dans le Dictionnaire de l’Académie française, avec cette définition : « Ce qui est fait, ce qui est produit par quelque agent, et qui subsiste après l’action. »
En réfléchissant, nous avons considéré que l’objet d’art est d’abord un produit de l’esthétique, c’est-à-dire ce qui suscite l’aesthesis, autrement dit la perception et la connaissance par les sens. Voilà qui est séduisant, mais se présenter comme un aesthesitologue ou aesthesitophile n’est guère… esthétique ! Alors, si vous le voulez bien je serais l’amator, l’amateur, celui qui aime et raconte des histoires d’objets… d’art bien sûr.

L’homme est assis dans un fauteuil, les jambes croisées tenant une liasse de feuilles dans une main, à côté d’un bureau plat surchargé, en dessous duquel un large pot en porcelaine, sans doute de Delft, déborde de papiers froissés. Ce portrait est celui d’un certain René-Gaspard Dassy que les habitants de Meaux, dans la Brie, connaissaient car il y fut négociant durant la seconde moitié du dix-huitième siècle et la première du dix-neuvième. Ce n’est pas tant le peintre Charlemagne Oscar Guet (1801-1971) pour lequel il posa qui nous intéresse que le bureau que l’on ne distingue pas bien d’ailleurs.

Ce meuble figurait dans l’inventaire dressé après son décès en 1837, et nous en avons aujourd’hui une description complète. Il vient en effet d’être vendu 115 000 euros par la société de ventes volontaires Coutau-Bégarie, en collaboration avec Beaussant, Lefèvre, assistées par Jaques Bacot et Hugues de Lencquesaing. Ce bureau plat est d’époque Louis XV. Il mesure 81 cm de hauteur, 163,5 cm de largeur et 83 cm de profondeur. Il est en placage de bois de rose et panneaux de laque de Chine. Il ouvre à trois tiroirs, repose sur des pieds cambrés et possède une belle ornementation de bronze ciselé et doré à décor de feuillages et rocailles. Il est, comme l’on dit en terme de métier, dans son jus, c’est-à-dire non restauré, ni vernis, ni raccommodé. Ce type de meubles a conservé sa superstructure plaquée en bois de rose et non badigeonnée de vernis Martin noir, selon une pratique encore bien courante dans le second quart du XVIIIe siècle.

Un vernis pour concurrencer la laque de Chine

Arrêtons-nous un instant sur le vernis Martin mis au point en 1730 par les quatre frères du même nom, dont Guillaume qui vécut de 1689 à 1749. Leur procédé était destiné à concurrencer les laques de Chine et du Japon qui étaient en vogue à l’époque. Pas question pour eux de réaliser des laques, ce qui aurait été coûteux, mais de trouver un succédané qui ferait illusion. Pour commencer, ils collèrent des feuilles de papier sur des pièces de meubles qu’ils passaient au four pour les durcir. Ensuite, ils les peignaient selon des motifs choisis, puis les vernissaient à l’aide d’une résine, le copal, et enfin les glaçaient à la gomme arabique. L’imitation eut un grand succès et cette matière que l’on appelait aussi « le vernis de Paris » ou « parisien » décora bon nombre de meubles, surtout ceux qui avaient de grandes surfaces car les laques ne sont pas extensibles. Mieux encore, on appliqua ce vernis Martin pour ajuster des décors de laque et rendre homogène l’apparence des meubles. Ce procédé fut encore utilisé au XIXe siècle pour la réalisation des meubles de styles. Mais toute invention géniale a son revers, le « vernis Martin » est fragile et ne résiste guère à l’eau.

Inventaires et héritages

Toujours est-il que le bureau du sieur Dassy a traversé le temps sans trop de dommages. Il est facile d’en suivre la trace, car il était inscrit dans l’inventaire après décès en 1848, de sa femme, née Marie-Rose Turquet. Un inventaire qui nécessita plus d’un mois pour en venir à bout. Leur premier fils, Claude-Joseph Dassy (1786-1848), constitua une collection de monnaies anciennes. Le testament rédigé en 1865 par sa veuve, née Julie Dubosq, léguait à son neveu Amédée Dassy, fils de Jean-Baptiste, le second fils de Claude-René-Gaspard. Amédée avait un frère Charles dont il recueillit les biens après sa mort, notamment le bureau plat en laque. À son tour, il instituera comme légataire universel l’un de ses neveux, le vicomte Robert de L..., qui hérita à son tour du mobilier dont le bureau. Après un accident de voiture en 1911 et la mort de sa femme l’année suivante, le mobilier fut partagé entre leurs trois enfants et sera conservé dans leur descendance.

Tout ce mobilier aurait pu disparaître durant la guerre, car les L… durent laisser leur maison de Meaux aux occupants allemands et transporter leur mobilier dans les communs. Un témoin se souvient d’avoir vu deux riches cabinets Renaissance, des boiseries sculptées de bouquets de fleurs sur fond or, et notamment un « superbe bureau Louis XV ». Puis la maison fut vendue en 1954 et le mobilier répartis entre les héritiers et… des antiquaires et brocanteurs. Pour la petite histoire, l’un d’eux trouva sous l’escalier des carreaux de faïence dont personne n’avait voulu et qui furent préemptés à Drouot le 24 octobre1979, par un musée de la Renaissance. Ces carreaux sortaient des fours de Masséo Abaquesne, célèbre faïencier de Rouen du XVIe siècle. Mais ceci est un autre récit.






© Canal Académie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires